Alizée D. 09/09/2021

3/5 Sexualisée à l’école depuis mes 11 ans

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Perçue comme un objet sexuel, Alizée a subi des agressions au collège. Sa confiance en soi et dans les autres a dégringolé au fil des années.

En sixième, on a inscrit mon nom sur une liste qui est très vite devenue une case et une prison : « la liste des meufs les plus bonnes des sixièmes ». Ou, comme je l’appelle : « la liste de l’angoisse ». Chaque année, elle revenait. Ils ajoutaient des noms et des critères : celle qui a le plus de formes, la plus « facile »…

Depuis que j’ai 11 ans, j’essuie constamment des remarques sur mon physique. Je n’étais pas prête à les encaisser. À cet âge-là, on joue aux cartes Pokémon et au loup. On ne pense pas que son corps sera sexualisé.

Tu finis par penser que tu ne vaux rien d’autre

Pour certaines filles, être sur cette liste était une réussite. Je me souviens de cette amie, elle aussi dessus, qui m’avait dit que je devrais être fière. Fière de quoi ? D’être vue qu’à travers mes formes ? Sa réaction m’a blessée, car j’en avais marre. Marre qu’on ne voit que mon corps et rien d’autre. Quand on te répète des choses dessus à longueur de journée, tu finis par penser que tu ne vaux rien d’autre, que tu es nulle. J’avais l’impression d’être une tâche, une ratée.

Cette liste montre bien que nous nous comparons sans cesse aux autres filles. Pas seulement aux filles sur les réseaux, mais aussi entre nous. On se jalouse car on n’a pas forcément confiance en soi au collège. On peut être très dures. Tu peux te sentir bien dans une tenue, une autre va te faire une réflexion et tu vas perdre cette confiance que tu avais dedans. Parfois, je me demande pourquoi on fait ça. À part nous faire du mal, ça ne change rien.

Je suis devenue une cible facile

Être objectivée, c’est recevoir des réflexions en permanence. En cours de sport, j’ai bien vu que, quand je portais un legging, une tenue tout à fait normale pour faire du sport, j’attirais le regard des garçons de la classe. Quand on courait, il y avait toujours un groupe de trois à cinq garçons qui me suivaient et me lançaient des remarques comme « cours moins vite salope ». Ou alors quand on allait aux vestiaires, ils me disaient des trucs comme « t’es mignonne toi ! » ou « tu ne nous attends pas ? ».

Le mouvement du 14 septembre 2020, #TenueRepublicaine, avait pour but de critiquer les injonctions vestimentaires subies par les filles en milieu scolaire. La polémique a remis sur le tapis l’éternel débat autour des uniformes à l’école. Le média The Conversation retrace l’historique de cette lubie politique.

Tout au long de la sixième et de la cinquième, je retrouvais ce genre de réflexions sur des mots glissés dans ma trousse ou écrits sur ma table. Les filles qui n’étaient pas encore pubères n’étaient pas trop remarquées, mes amies n’étaient pas embêtées. J’ai eu ma puberté avant la plupart d’entre elles. Ça a commencé en CM2, j’avais 9 ans. Avoir ses règles à l’école primaire, ce n’est pas trop commun. Je n’ai pas trop assumé de commencer à avoir une petite poitrine, alors que les autres filles n’en avaient pas. Surtout que les autres me faisaient remarquer que mon corps changeait. J’ai développé des techniques pour le cacher, mais au collège, ce n’était pas la même chose. Plus de personnes, plus de jugements.

J’ai cru qu’en m’effaçant derrière des vêtements toujours plus larges et qu’en me faisant discrète, je serais moins regardée. Je voulais être oubliée et me faire la plus petite possible. Mais ça n’a pas changé grand chose. Au contraire, je suis devenue une cible facile.

Je n’arrivais pas à parler à la psychologue

Personne n’a remarqué ce qui m’arrivait. Je n’en parlais à personne, sauf à quelques amies proches, mais elles ne comprenaient pas, elles n’étaient pas confrontées à ça. Elles me disaient que ce n’était pas si grave, que finalement personne ne m’avait touchée ou violée. Alors oui, on ne m’a pas fait mal physiquement, mais j’ai perdu toute confiance en moi. Je ne voulais pas admettre que ça pouvait être grave et surtout que j’avais besoin d’aide. J’ai mis un masque toujours plus faux, celui de la fille qui va bien, qui ne prend pas les réflexions au sérieux.

En quatrième, j’ai commencé à en parler à ma mère. Mais quand j’ai vu sa réaction, je me suis braquée. Elle m’a dit que j’étais une belle fille et que je valais plus que ça, tout ce qu’une mère peut dire à sa fille quand elle voit qu’elle ne va pas bien. Elle a essayé de me remonter le moral. Elle me disait que si ça continuait, elle allait prendre rendez-vous avec mon prof principal, mais comme je n’avais aucune preuve, je savais que ça n’allait rien faire.

Elle est prof de français dans le même collège que moi et je ne voulais pas qu’elle fasse quelque chose, j’avais peur que ça empire. Les remarques ont continué, toujours plus dures. Certains matins ou soirs, je m’effondrais. Elle a bien vu que je ne lui disais plus rien, mais que ça n’allait pas. Au début de la troisième, elle m’a même emmenée chez la psychologue, mais je n’arrivais pas à lui parler. Rien ne sortait. J’avais honte, honte de devoir demander de l’aide et de devoir faire subir ça à mes parents. Je me suis fait du mal.

Ils envoyaient des photos dénudées

Maintenant au lycée, je ne reçois plus de remarques déplacées. Mais en dehors de l’école, les remarques continuent. Des sifflements, des coups de klaxon, surtout quand on est en groupe, qui viennent d’hommes qui pourraient être mon père, ce que je trouve aberrant. Pendant le premier confinement, quand on ne pouvait pas sortir, c’était sur les réseaux, le plus souvent sur Snapchat. Je recevais des messages de personnes qui avaient un pseudo. Ils envoyaient des photos dénudées, ou alors ils m’en demandaient. Au bout de trois personnes bloquées, j’ai décidé d’arrêter Snapchat.

4/5 – Imane aime la mode et le maquillage mais refuse d’être perçue comme une personne superficielle. Refusant d’être cantonnée à cette image et d’être sexualisée, elle s’est engagée.

Aujourd’hui, je sais que c’est grave de subir ça dès le collège, au moment où tu te construis. Je recommence à prendre confiance, le sport m’aide beaucoup. Mais je n’arrive pas à m’ouvrir, à être moi-même, à accorder ma confiance à quelqu’un. J’ai l’impression que personne ne veut vraiment me connaître. Que personne n’a d’estime pour moi.

 

Alizée, 15 ans, lycéenne, Vitré

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

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