Léna T. 01/06/2022

Comment j’ai posé des mots sur ma transidentité

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Léna sait depuis longtemps que son genre ne correspond pas à celui qui lui a été assigné à la naissance. C’est grâce à internet qu’elle a pu en apprendre plus et démarrer sa transition.

Enfant, je ne savais rien sur l’identité de genre. À cette époque où l’on est encore insouciant, je ne pensais à rien d’autre qu’à m’amuser avec mes ami·es. J’étais comme dans une bulle de laquelle je n’arrivais pas à sortir. Les premiers signes de mon identité sont apparus lors de mon entrée en CM2. Mais je ne me posais aucune question. Du moins, pas les bonnes.

L’année de cinquième a marqué un tournant dans ma vie, puisque c’est cette année que j’ai commencé à en découvrir davantage sur mon identité. Au milieu de l’année, j’ai fini par bien comprendre que j’étais attirée par les garçons, et j’ai décidé de n’en parler à personne, même pas à mon meilleur ami ou à ma famille.

Insupportable de voir mon corps changer

À ce moment-là, je ne connaissais pas bien la transidentité, je mélangeais tous les termes, pensant que « travesti » voulait dire « transgenre », et ainsi de suite. J’ai compris que les deux termes n’avaient rien à voir en découvrant à la télévision le témoignage d’une femme transgenre.

Je savais, au fond de moi, que je n’étais pas un garçon : en regardant films et séries, je m’identifiais toujours aux personnages féminins et jamais aux masculins, pas même quand il s’agissait du thème de l’homosexualité. J’avais du mal à m’imaginer garçon dans le futur.

Mon identité a évolué au fur et à mesure que mon corps évoluait. Je n’ai jamais eu de barbe, et j’ai toujours pris ça comme un avantage (je pense que c’en est un, très clairement !), mais ça ne changeait pas le fait que mon corps devenait celui d’un homme, tout simplement. Et j’ai rapidement remarqué que ce n’était pas moi.

Quand ma famille a commencé à se réjouir de mon évolution physique, ça me mettait au plus mal. Il était pour moi hors de question de devenir trop grande, d’avoir un pénis (que je cachais désormais), hors de question de me mettre torse nu face aux autres. Je ne voulais pas qu’on me voit ainsi. Évidemment, ce que disait mon entourage résonnait pour lui comme des compliments, mais j’en ai rapidement eu marre et je leur ai bien fait comprendre que ça ne me plaisait pas. Mais, je ne me sentais pas encore tout à fait « piégée dans le mauvais genre ».

Je me demandais : « Mais qu’est-ce que je fous là ? »

À l’école, être dans les vestiaires des garçons était insupportable, au point que j’ai fini par me changer avant le cours. J’étais mal à l’aise, je me demandais : « Mais qu’est-ce que je fous là ? »

Au lycée, j’ai commencé à sortir avec mes ami·es, à faire la fête, et avec ça les premières maladresses que beaucoup d’adolescents font… à savoir les gueules de bois. C’était une période cruciale de ma vie, où la question de mon identité est devenue encore plus importante. C’est en sortant, en m’ouvrant au monde, que je suis parvenue à me trouver.

D’abord, je me souviens d’avoir découvert sur internet le terme de « non-binarité ». C’est-à-dire de ne s’identifier ni au masculin, ni au féminin, ou se sentir entre les deux. Voilà comment je voyais les choses : « J’ai l’apparence d’un homme, mais au fond, je suis une fille. » La définition même de la transidentité. À cette époque, je pensais qu’il était mieux pour moi de ne pas me considérer comme transgenre. Plutôt comme un mélange des deux genres. J’avais peur de la réaction de mes parents et, surtout, je ne savais pas comment se déroulait une transition.

Heureuse de m’être enfin trouvée

Quelques mois plus tard, durant l’été 2020, après m’être prise en photo avec un filtre donnant une apparence féminine, j’ai décidé d’assumer qui j’étais véritablement : une fille, mais coincée dans un corps de garçon. J’étais heureuse de m’être enfin trouvée.

Les mois qui ont suivi ont été les plus importants de ma vie. Je me suis éloignée de certaines personnes, la plupart des ami·es de soirée. J’ai fait mon coming-out à ma famille, qui l’a bien pris, même si le début a été assez compliqué : ma mère a beaucoup pleuré, s’est remise en question sur l’éducation qu’elle m’avait donnée, mais a fini par admettre qu’elle s’en était toujours doutée, depuis mon enfance.

Mon frère, de son côté, m’a dit : « Fais ce que tu veux mais, pour moi, tu resteras au fond un garçon. » Une phrase qui m’a profondément blessée et que j’ai décidé de donner comme titre à un journal intime que j’écrivais sur la plateforme littéraire en ligne Wattpad, où je partageais mon quotidien. L’écriture m’a beaucoup réconfortée, elle a toujours été un moyen d’évasion pour moi.

Mon objectif : démarrer ma transition

Vers la fin de l’année 2020, j’étais dans une classe remplie de personnes fermées d’esprit. J’étais trop occupée à me renseigner sur la transidentité, à regarder des vidéos de différentes chaînes sur YouTube (j’ai même fini par envoyer un message à Miss Trans 2020). Ma moyenne a chuté à 9, et c’était l’année du bac. Il fallait clairement que je me ressaisisse.

Et je l’ai fait. Tout d’abord, lors de stages où je travaillais en magasin. Malgré le fait que l’on m’appelait toujours  « monsieur » ou « jeune homme », j’ai décidé de faire face. Je me suis dit que, bientôt, on me verrait comme la personne que je suis vraiment, mais que je devais d’abord me concentrer sur le bac (c’est ce que m’avait dit Miss Trans 2020 lors d’un rapide échange). À la fin du premier semestre, ma moyenne est remontée à 12,5… puis à 15 lors du deuxième. Une évolution qui a largement été félicitée par certains de mes professeurs.

À côté de ça, je continuais de me renseigner. Mais j’avais trouvé un équilibre entre ça et mes révisions pour le bac. Mon objectif était clair : passer le bac, entrer en BTS, et démarrer ma transition.

J’ai enfin l’impression d’avancer dans ma vie

Après avoir obtenu mon bac avec mention, je suis arrivée en BTS dans un nouvel établissement. J’ai rencontré de nouvelles personnes, dont un garçon transgenre. C’était une coïncidence, mais c’était comme si une petite voix me forçait à enfin entamer les démarches pour ma transition. J’ai écouté cette petite voix. Après avoir suivi les recommandations de cette connaissance, ne sachant pas vers qui ni où me diriger, je suis allée à une association que l’on m’avait recommandée.

Grâce à internet, Julien a compris qu’il était trans. À l’école et partout ailleurs, il voudrait que les questions de genre soient plus souvent abordées.

Photo de l'article «J'ai mis du temps avant de me définir garçon»

J’ai pu y discuter avec une conseillère (c’était la première fois que j’en parlais aussi ouvertement avec une personne que je ne connaissais pas !). Elle m’a accueillie très chaleureusement, appelée par mon futur prénom et au féminin, puis donné des adresses d’associations LGBTQ+ et de médecins généralistes. Mais, le plus important, c’est qu’elle m’a mise en liste d’attente pour l’hormonothérapie, sous ma future identité, l’identité qui aurait toujours dû être la mienne. Malgré un délai d’attente assez long (allant jusqu’à six mois) justifié par la présence d’une vingtaine de personnes, ça vaut le coup d’attendre.

J’ai déjà beaucoup attendu, et maintenant j’ai l’impression d’enfin avancer dans ma vie. Avec le soutien de la plupart de mon entourage, ce qui n’est malheureusement pas donné à tout le monde. Maintenant, il ne me reste plus qu’à faire mon coming-out à TOUTE ma classe et à mes professeurs, et à être enfin vue comme j’aurais dû être vue depuis le début.

Léna, 19 ans, étudiante, Liffré

Crédit photo © La ZEP

 

Le savais-tu ?

La France a été le premier pays du monde à retirer la transidentité de sa liste des maladies mentales, en 2010. Au niveau mondial, ce n’est qu’en 2019 que l’ONU a décidé de faire la même chose. La transidentité est toujours officiellement punie dans treize pays du monde. En réalité, beaucoup plus d’États criminalisent la transidentité sans l’avoir formellement inscrit dans une loi.

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