Maélissa P. 15/04/2026

Mon île disparaît

tags :

Maélissa vit sur l'île d'Ouvéa, en Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Au fil du temps qui passe, un constat s'impose : les eaux montent et menacent de faire disparaître le lieu qui l'a vue grandir.

Deux fois par an, je vais au cimetière de Mouly avec ma tante pour déposer des fleurs sur la tombe du frère de son papa. C’est au sud d’Ouvéa, après le pont de Mouly.

L’année dernière, j’ai vu que l’océan rentrait dans le cimetière. La mer va bientôt toucher les tombes, ça va de plus en plus vite. C’est pareil devant sa case : elle habite à la tribu de Heo dans le nord de l’île. Avant, on pouvait mettre une table devant chez elle. Maintenant, la mer a pris la place. Même en face de chez moi, à Wadrilla, on voit la mer qui avance.

Quand j’ai passé les vacances avec elle, le temps n’était pas très beau. La mer était très agitée et elle montait jusqu’au faré. Ma tante nous a dit de monter dans la voiture, car l’alarme tsunami avait retenti et il fallait qu’on quitte vite le lieu. Nous sommes tous montés dans la voiture pour nous réfugier loin de la mer.

Une semaine après, l’eau est redevenue tout calme, mais il y avait plein de déchets sur la plage. Il y avait même des tricots rayés échoués et quelques petits poissons morts. Le mari de ma tante nous a dit : « Vous voyez le nombre de déchets sur la plage ? Eh bien dans le lagon, il y en a plus que ça ». Je suis de plus en plus inquiète.

Un jour, j’ai remarqué une affiche qui traînait chez moi. Elle donnait des informations sur la montée des eaux et des interdictions. En la lisant, je me suis rendu compte que j’avais déjà fait des choses interdites, comme ramasser les coquillages (« belai », dans notre langue). Le belai, il permet de bloquer les vagues et d’empêcher l’eau de monter.

Où est-ce que tout le monde ira quand elle disparaîtra ?

Je vis avec un grand-père qui est très curieux sur la montée des eaux, l’agriculture et les animaux en voie de disparition. Il est le président de L’ASBO, l’Association de Sauvegarde de la Biodiversité d’Ouvéa. Un jour, il est parti travailler avec son association. À son retour, je lui ai demandé sur quoi et il m’a répondu : « la montée des eaux ».

Il m’a expliqué qu’avec des scientifiques de France, ils ont pu faire des photos 3D et voir ce que va devenir l’île dans quelques années. Je lui ai demandé avec précipitation : « Et c’est quoi le résultat ? » Il m’a répondu que, bientôt, notre île disparaîtrait. Je m’inquiète beaucoup.

Je veux mettre beaucoup d’affiches sur des lieux publics pour arrêter toutes ces choses… Mais je pense que ça ne marchera pas. La population n’écoute pas. Tout le monde est toujours là à ramasser le belai.

L’année prochaine, il faudra que je quitte Ouvéa, où j’ai prononcé mes premières paroles, pour aller au lycée de Lifou.

J’ai cette peur de revenir et de chercher partout où sont partis mon île et ses habitants. Où est-ce que tout le monde ira quand elle disparaîtra ? Si je reviens et qu’il n’y a plus personne, je déciderai d’aller vivre ailleurs.

Maélissa, 14 ans, collégienne, Ouvéa

Crédit DR

À lire aussi…

« On dirait que tu vis sur une île », par Anaëlle, 18 ans. En janvier 2025, la tempête Eowyn, suivie des dépressions Herminia et Ivo, a provoqué des crues historiques en Ille-et-Vilaine. En quelques heures, certains habitants de la commune où vit Anaëlle se sont retrouvés les pieds dans l’eau.

Partager

Commenter