Contrats courts, problèmes de taille
J’ai 23 ans et je mesure 2m05. J’ai un syndrome qui provoque une plus forte croissance que la normale.
Être aussi grand, ça a des conséquences : je suis plus fatigué que la moyenne. À la fois parce que ça demande beaucoup d’énergie d’être grand, et parce que je dois faire attention à ma présence dans l’espace. Rien qu’hier, je me suis tapé les genoux sur le range-clavier de ma table.
Le problème, c’est que même si je ne supporte pas le très physique, j’aime bien les métiers où ça bouge : je n’aime pas rester assis toute la journée.
Alors mes boulots, c’était pas fameux-fameux. Des galères.
Ma première galère, c’était quand j’étais préparateur de commande dans un entrepôt Amazon. Au début, c’était facile. On me disait d’effectuer le travail à mon rythme. Mais rapidement, j’ai commencé à avoir des maux de dos, à force de me baisser pour récupérer des colis. Il y avait des postes où je devais souvent me mettre à genoux.
J’ai assisté à des ateliers de prévention : des vidéos de 5-6 minutes qui nous conseillaient des positions moins douloureuses. Ce n’était pas très utile. J’ai demandé à avoir des genouillères, mais les boss avaient l’air de n’en avoir rien à foutre. Ils nous disaient « je vais voir ce que je peux faire », pour dire « oui, une autre fois ». Pour faire genre.
Finalement, je suis parti.
Alors je suis devenu éboueur/ripeur, ma deuxième galère. J’étais sur la tournée des poubelles jaunes. J’y mettais toute mon âme, j’adorais ce petit boulot. Je commençais à 10h pour finir à 14h-15h : la belle vie.
C’était physique, mais je pouvais tenir la cadence.
Je craignais que l’on me vire si je me plaignais
Mais à l’arrivée de l’hiver, on m’a mis sur la tournée des poubelles marrons, beaucoup plus lourdes que les jaunes. C’étaient des journées plus longues, beaucoup plus dures.
Les poubelles étaient trop petites pour moi, alors leur prise en main était difficile : je me penchais plus que les autres et avec mes jambes, je tapais dans la poubelle. Plus les poubelles étaient petites, pire c’était.
Mes vêtements non plus n’étaient pas à ma taille. Je fais du XXL – il n’y a pas de taille spécifique pour les grands – et moi, on me donnait du XL. On pourrait dire qu’une taille de différence, ce n’est pas grand-chose, mais si : au lieu d’un pantalon, ça me faisait un pantacourt, et je ne pouvais pas plier les coudes sans que mon manteau me serre le dos.
À la fin de la journée, j’avais du mal à marcher, alors que les collègues avaient l’air encore en forme. Mais cette fois-ci, je ne me suis pas plaint : je craignais que l’on me vire pour ça, ou que l’on ignore ma douleur comme à ma première galère.
Finalement, le chef a appris que je rencontrais des difficultés à travailler, un autre ripeur lui en a parlé. Alors je lui ai tout dit sur mes douleurs et ma fatigabilité. Sachant tout ça, il a préféré ne pas renouveler le CDD.
Bref, j’ai compris que j’avais mal jugé les difficultés des postes et mes propres difficultés. Aujourd’hui, je suis à l’EPNAK. On me l’a conseillé parce que j’avais du mal à trouver ma voie.
Si je pouvais ne rien faire et être quand même payé, je le ferais… Mais il n’y a pas de métier comme ça. À part chômeur, mais bien sûr, on ne peut pas l’être éternellement.
De toute façon, mieux vaut travailler que ne rien faire.
Hugo, 23 ans, en formation, Boussy-Saint-Antoine
Crédit Unsplash
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J’ai été le larbin d’un hôtel de luxe, par Anatole, 19 ans. Son job d’été, c’est débarrasser les tables des gens riches, obéir et se faire insulter. Tout ça pour gagner un Smic.