Jamais sans mon Coca
Dans ma famille, on a la maladie de la boisson.
À chaque fin de repas, il doit toujours y avoir une boisson gazeuse avec nous. L’eau, c’est le second choix.
Un jour, on a voulu essayer le Coca Original. Et puis on s’est mis à en boire constamment, on ne s’arrêtait plus. Je me sentais obligée d’en prendre tous les jours : le matin, l’après-midi et le soir, à n’importe quelle heure, avant et après manger. Ça fait maintenant deux ou trois ans qu’on en boit, au point où c’en est devenu une drogue.
Je peux vider quatre à cinq canettes par jour. Chez moi, même quand on est malade, notre seul médicament, c’est le Coca-Cola.
Dès que j’entends le gaz et que je sens sa fraîcheur dans ma bouche, je ressens de la satisfaction. Une sensation de soulagement. La couleur, le goût caramélisé, les bulles, le sucre, ça me monte au crâne.
Le Coca, c’est un sujet de dispute à la maison. Quand ma sœur a su que j’avais bu sa bouteille, elle a décidé de ne pas me parler pendant un mois.
Ça nous arrive même de nous battre. Un jour, je rentrais chez moi après avoir fini les cours et la veille, j’avais laissé une canette pas encore ouverte dans le frigo. Mais de retour à la maison, elle avait carrément disparu ! J’ai directement su que c’était mon petit frère. Dès que je l’ai vu, je lui ai sauté dessus et on s’est battus. Alors ma mère nous a donné de l’argent pour qu’on aille s’acheter une autre bouteille.
Tant que j’en ai bu, je me sens bien
En fait, si j’ai pas de Coca, que j’en ai pas bu de la journée ou qu’il n’y en a plus chez moi, je peux limite pleurer de nerfs. Je peux même en boire en me cachant pour ne pas le partager avec ma famille.
Malgré les conséquences que ça pourra causer sur ma santé, je ne me soucie pas du fait que je puisse tomber malade. Pire, je ne m’en inquiète pas. Je m’en tape de tout le sucre et le gaz qu’il peut y avoir à l’intérieur. Tant que j’en ai bu, je me sens bien.
Je sais que je vais continuer à dépenser mon argent pour en acheter.
Ma sœur, c’est une personne qui fume et qui ne se voit pas arrêter de fumer. C’est pareil pour moi avec le Coca : c’est mon médicament de tous les jours. Je ne fais pas un jour sans mon médicament.
Madané, 16 ans, lycéenne, Aubervilliers
Crédit Unsplash
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