Les courses : opération contrebande
Le jour des courses, c’est un jour spécial mais imprévisible. Ma mère décide toujours d’aller au supermarché sur un coup de tête. Quand elle voit qu’il n’y a plus rien pour cuisiner elle lance « l’alerte générale » – c’est son expression !
Si tu rates le jour des courses, c’est simple, tu vas passer tes pires semaines culinairement parlant : t’auras pas tes gâteaux préférés, pas ta glace phare. Rien. J’ai raté plusieurs fois ce jour et j’ai vraiment regretté.
Comme mes parents en ont marre des bêtises qu’on achète, ils ont mis en place une élection de la bouffe. Mais, entre le petit frère qui veut ses céréales Miel Pops et moi qui veut les Trésor, on ne s’en sort pas. Personne ne veut lâcher. Élection ou pas, c’est match nul !
La méthode des parents n’a donc pas marché. Alors, moi et mes frères, on a élaboré une stratégie bien à nous : tout mettre au fond du caddie.
Avec cette technique, il faut attendre que ma mère ait déjà un peu rempli le chariot. Une fois que c’est fait, un de nous se sacrifie pour l’éloigner. C’est tout le temps des trucs bateau du genre : « Maman, viens ! J’ai trouvé une promo sur les bouteilles d’eau ! »
Pendant ce temps, les deux autres mettent ce qu’ils veulent dans le caddie, sans oublier la nourriture de celui qui fait diversion. Pas besoin de liste, on sait ce que chacun aime. Il ne faut pas se trahir, parce que sinon notre stratégie ne marchera plus.
Alors on dissimule dans la précipitation notre arnaque sous les paquets de pâtes, le lait et les aliments réglementaires. Quand ma mère revient, rien ne laisse paraître qu’il y a autre chose que ce qu’elle avait choisi.
On peut se faire plaisir sans ruiner notre mère
En allant vers la caisse, c’est toujours devant le rayon poissonnerie qu’on se tape un fou rire avec mes frères. On se fait un signe, genre « mission accomplie », et on rigole entre nous.
Ma mère, elle, analyse de loin la caisse qu’on prendra pour aller le plus vite possible. Spoiler Alert : ça ne marche jamais…
Après ces péripéties, l’étape cruciale vient : ne pas se faire prendre. Pour ça, il faut que ma mère passe la première. Ensuite, on dépose les courses sur le tapis, mais pas nos cachotteries : moi et mon grand frère, on commence à ranger les courses « déclarées ». Alors qu’on cache la caisse à ma mère, mon petit frère, lui, sort les courses illégales.
Le caissier les fait passer, on les cache dans les sacs, et… le tour est joué.
Parfois, elle ne se rend même pas compte en payant, tellement on sait bien doser.
Chacun son petit extra : Nutella Biscuit pour moi, bonbons pour mon petit frère et barre Milka pour le grand, avec parfois une glace en supplément.
Bon. Bien sûr, on s’est fait griller par ma mère, la technique n’a pas marché longtemps. Mais ça lui a permis de voir qu’on peut acheter ce qu’on veut sans la ruiner.
Céline, 16 ans, lycéenne, Dugny
Crédit Pexels
À lire aussi…
« Même les bonbons ont doublé de prix », par Vincent, 13 ans. L’adolescent entend moins parler de l’inflation dans les médias. Pourtant il continue d’en ressentir les effets dans son quotidien.