Zidan B. 08/04/2026

SDF dans une cabane à chèvres

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Zidan a vécu plusieurs semaines dans une cabane au milieu des champs. Une histoire de « potes », de chèvres agressives et de « crise de moteur » dont il se souvient entre deux maisons pour mineurs où il vit désormais.

Entre janvier et février 2022, j’ai été sans domicile.

J’étais en sixième, mais déscolarisé. Des problèmes familiaux ont fait que je me suis retrouvé à la rue avec ma famille. SDF.

Il ne nous est resté que notre voiture et un peu d’affaires. Grâce à mon beau-père et à une de ses connaissances, on a eu un endroit où nous abriter.

Mais ce n’était pas une maison. C’était une veille cabane en bois humide, très isolée avec seulement deux, trois maisons et des champs autour. Ce n’était pas mouillé, mais il y avait des trous dans les planches et certaines étaient bancales. La cabane faisait la taille d’une chambre pour une personne : plutôt petit pour ma mère, mon beau-père, ma petite sœur de 9 ans et moi. Il y avait des meubles, un vieux lit – ou plutôt un matelas sur des planches et des briques – et une veille lampe sur une veille table de nuit. On a mis nos affaires, la nourriture et nos quelques vêtements dans les meubles qu’on avait nettoyés avant.

On dormait tous dans le même lit : moi et mon beau-père d’un côté, et ma sœur et ma mère de l’autre. Nous devions également nous laver avec des bidons d’eau car nous n’avions pas de douche. Et faire nos besoins dans des toilettes en bois. Il fallait vider le seau à merde quand il était rempli et le nettoyer, vu qu’il n’y avait pas de chasse d’eau.

Entre des chèvres et une crise de moteur

Pendant environ un mois, on a vécu dans cette cabane avec de la compagnie animale : les chèvres du pote à mon beau-père. Toutes différentes, et agressives pour la plupart. Elles avaient un vieil enclos fait de bois ramolli et de briques, mais pouvaient aussi être en extérieur autour de la cabane, dans un jardin.

En temps normal, le pote de mon beau-père leur rendait souvent visite pour leur donner de la nourriture, de l’eau et pour les voir. Mais durant le temps où on était dans cette cabane, il nous a délégué ces tâches et c’est nous qui nous sommes occupés de ses chèvres. Je me souviens que l’une d’entre elles s’appelait Oreo. Avec ma sœur, on jouait avec les chèvres qui nous rentraient dedans avec leur cornes quand elles étaient énervées.

Mon beau-père aidait des voisins du coin pour gagner de l’argent, et ma mère restait avec moi et ma petite sœur pour nous surveiller. Nous allions parfois au magasin mais mon beau-père et ma mère se disputaient, car c’était difficile pour l’argent et la nourriture.

Et puis la Peugeot nous a lâchés. Mon beau-père était très en colère : sa voiture lui faisait une crise de moteur au moment où on n’avait pas vraiment l’argent pour la réparer. À partir de là, on a dû faire tout le chemin à pied jusqu’au magasin pour faire les courses. C’était long. Parfois, un pote que mon beau-père s’était fait à côté de notre cabane nous déposait avec sa fourgonnette.

Un mal pour un bien

Mais un jour, mon beau-père a voulu réparer la voiture. Alors qu’il s’était mis au travail tout seul, il s’est brûlé les mains. Ma mère a pris des bandages, mais ça ne suffisait pas. On a dû appeler les ambulances qui sont arrivées 30 minutes et ont amené mon beau-père à l’hôpital. On stressait.

Quelque part, cet accident a été un mal pour un bien : le pote du pote de mon beau-père, qui avait vu les secours, a eu pitié de notre famille et nous a aidés. Notre voiture a été réparée et quand mon beau-père est revenu, nous avons décidé qu’il fallait trouver une maison. Nous avons mis toutes nos affaires dans la voiture puis nous sommes partis de la cabane. Nous partions enfin, nous étions presque heureux. Nous avons trouvé un appartement dans un village.

Je n’ai pas revu cette cabane et je n’en n’ai plus entendu parler. Cette phase est finie, elle n’a rien changé à ma vie, mais ce sont plutôt des mauvais souvenirs.

Au moment où j’écris cette histoire, je suis dans une maison pour mineur, suite à de nouveaux problèmes de famille. Mais je vais déménager dans une autre maison pour mineur plus adaptée pour mon caractère et mon âge. J’y retrouverai même un ancien pote du centre où je suis actuellement.

Bref, je vais pas me plaindre, car c’est toujours mieux que de vivre dans une cabane.

Par Zidan, 16 ans, collégien, Corrèze

Crédit Unsplash

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