Jean A. 07/01/2026

Une routine chronomètre en main

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Trajet, lycée, coucher. Contrôles, concerts, compètes. À 15 ans, Jean a la pression et l'emploi du temps d'un ministre, alors pas le droit à l'erreur : c'est avec une régularité mécanique qu'il exécute les activités de sa journée.

Trois heures du matin, je tourne la tête et j’aperçois mon réveil. Encore une insomnie. Je stresse. Est-ce que je suis prêt ? Est-ce que j’ai assez révisé ? Est-ce que j’ai assez répété ? Est-ce que je me suis assez entraîné ? Seul le temps me le dira.

Sept heures, mon réveil sonne. Contrairement à moi, j’ai l’impression qu’il a bien dormi, vu le bruit qu’il fait dès le matin. Je me lève, je m’habille, je mange, je me lave les dents puis je vais à l’arrêt de bus. La routine.

Sept heures et demie. Sur le trajet, je me rappelle que je dois m’entraîner une dernière fois pour ma compétition d’échecs. Alors je sors mon téléphone, je lance chess.com et je commence à jouer. Pas le temps d’être tranquille.

Huit heures, contrôle de technologie. Le temps passe : plus que 45 minutes. Est-ce que j’aurai le temps de finir ?

Huit heures quarante-cinq, je rends ma copie. Je crois que ça a été. Enfin j’espère, mais bon, pas le temps d’y penser. J’ai encore beaucoup à faire.

Neuf heures, contrôle d’espagnol.

Dix heures, enfin un cours sans contrôle ! Mais après cinq minutes, la prof d’anglais nous demande de sortir une feuille. Je retire ce que j’ai dit.

Onze heures, contrôle de français. Je vais finir par avoir l’habitude.

Midi, dans le bus, je me dis que la matinée s’est bien passée. Et aussi que je n’ai pas le temps d’y penser, car il faut que je m’entraîne aux échecs. Alors je me connecte à chess.com.

Midi et demi, ma mère a préparé le repas. Parfait, un truc de moins à faire.

Treize heures, on passe aux devoirs. Heureusement que je m’étais bien avancé le week-end dernier.

Quatorze heures trente, la salle de concert se remplit. Je prends mon saxophone. Les autres musiciens arrivent, le stress monte. Aujourd’hui, c’est « On ira », de Jean-Jacques Goldman.

Dix-sept heures, aucune fausse note à déplorer. Je rentre, je prends ma douche, je goûte en jouant aux échecs. Puis je vais m’asseoir à mon bureau, j’allume mon PC et je continue à m’entraîner.

Dix-huit heures quinze, la compétition commence. Je n’ai pas le droit à l’erreur, parce que je veux me classer pour les championnats d’Île-de-France. Le stress est à son comble, je tremble comme jamais, mais je m’en fiche : personne ne me verra dans ma chambre.

Dix-huit heures trente, victoire par échecs et mat. Pas le temps de se féliciter : on enchaîne avec la deuxième, la troisième, la quatrième…

Vingt heures trente, je suis classé deuxième sur neuf. Quand j’annonce à ma mère les résultats, elle prépare mon plat préféré.

Vingt-et-une heures, je suis fier de moi. Pour me détendre, je lis un livre sur les échecs.

Vingt-deux heures, je m’écrase lamentablement sur mon lit et je m’endors en dix minutes.

Cette fois, pas d’insomnie.

Jean, 15 ans, collégien, Forges-les-Bains

Crédit Pexels

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