Cassandra R. 07/07/2023

2/5 C’est ça un cours d’éducation sexuelle ?

tags :

Le cours donné par l’infirmière du collège n’a pas permis à Cassandra d’avoir des réponses précises à ses questions, et le consentement n’a jamais été abordé.

Notre prof nous a divisés par sexe dans deux salles différentes. On allait recevoir les infirmières du collège, chaque groupe pendant 30 minutes. Il nous a dit que ça allait être un cours sur l’éducation sexuelle. C’était un mardi après-midi, vers 16 heures. Vu que c’était à la place du français, on était contents, mais on s’en fichait un peu.

J’étais en troisième. Les cours d’éducation sexuelle, je ne savais pas trop ce que c’était. Mes copines qui en avaient déjà eu m’avaient expliqué vite fait. Une association était venue dans leur classe pour leur expliquer comment se passait la première fois, quelle contraception utiliser pour se protéger des maladies et d’une potentielle grossesse. L’association avait ramené des capotes et des plaquettes de pilule. Ils avaient dû ouvrir des préservatifs et mettre leurs mains à l’intérieur pour sentir la texture.

Je pensais que ça allait être similaire. Sauf qu’on était seulement avec l’infirmière du collège. Je me suis dit que c’était injuste, parce qu’elle est moins spécialisée que les intervenants extérieurs.

Une formalité pour l’infirmière

Dans la classe des filles, l’infirmière a distribué une feuille avec un stylo à chacune. On a dû écrire toutes les questions qu’on se posait. C’était anonyme. Perso, j’ai demandé : « Est-ce que c’est normal des règles irrégulières ? » Et mes copines : « Est-ce qu’il y a un âge pour faire sa première fois ? » ; « Quel est le meilleur moyen de contraception ? » Ensuite, elle a dépouillé les papiers les uns après les autres, a commencé à lire les questions et à y répondre vaguement.

On aurait dit qu’elle nous répondait juste pour s’en débarrasser. Quand elle a lu la mienne, elle m’a dit que « oui c’est normal » et elle est passée à une autre. Elle a aussi dit qu’il n’y a pas d’âge pour faire sa première fois, que c’est quand on se sent prête.

À la fin, on a rejoint les garçons en classe entière. On se regardait tous en mode : « Wesh, qu’est-ce qu’on fait là ? » Ça nous faisait rigoler de nervosité. En groupe mixte, c’est devenu super gênant ! On a dû rigoler pendant dix minutes au moins.

Finalement, je n’ai rien appris. On en a plus parlé entre nous, les filles, à la fin de l’heure. On a essayé de se donner les meilleurs conseils. Genre, il y en a une qui disait qu’elle avait des règles hyper douloureuses, on lui a conseillé de mettre une bouillotte ou de prendre de l’Advil.

Le consentement, on en parle quand ?

Je ne pense pas que ce cours ait été hyper utile. J’aurais plutôt aimé qu’on parle de consentement, parce que je trouve que les garçons ne sont pas assez calés sur cette question. Que ce soit ceux dans la rue ou de notre classe, ils ne connaissent pas le « non », ils croient que c’est un « non pas trop non ». J’aurais aimé aussi qu’on parle de harcèlement, notamment celui de rue, qui est beaucoup trop banalisé à mon goût.

Dès le plus jeune âge, il faudrait mettre des cours sur le consentement. Ça pourrait permettre d’éviter de réels traumatismes, des blessures physiques ou encore des suicides.

SÉRIE 3/5 – Questions intrusives, propositions insistantes et chantage : le premier copain de Julie lui en demandait beaucoup. Trop. Elle, elle ne savait pas comment dire non.

Illustration en couleurs d'une partie d'une salle de classe, seule une adolescente est assise au premier rang, son téléphone est posé sur sa table et affiche plusieurs messages successifs de Thibault qui disent : "Allez viens on le fait wesh ! Si tu m'aimes, t'as pas besoin de réfléchir. Stp... Réponds."

Moi, j’ai la chance d’avoir des parents hyper ouverts d’esprit. Pour eux, ce ne sont pas des sujets tabous, mais moi ça me gêne d’avoir ce genre de discussions avec eux. Ma mère me dit qu’elle me fait confiance et qu’il faut que je dise non si je n’ai pas envie, qu’il ne faut pas que je me laisse faire.

Je m’informe aussi grâce aux réseaux sociaux. Sur TikTok, il y a des vidéos hyper calées sur le sujet. Après, quand j’ai des questions ou besoin de conseils, j’en parle avec mes copines. Mais on n’a pas forcément toutes des amies avec qui en parler. Donc ce serait quand même important qu’on ait des cours sur l’éducation sexuelle et les relations affectives dès le plus jeune âge. Ça aiderait pour les rapports filles-garçons à l’école, au collège, au lycée, dans la rue, dans le couple, partout.

Cassandra, 16 ans, lycéenne, Paris

Illustration © Léa Ciesco (@oscael_)

Partager

Commenter