Laura C. 19/01/2022

1/2 Parcoursup : chaque note compte

tags :

Lycéennes, Laura et Rania ont la sensation de sceller leur avenir sur Parcoursup. Obsédée par ses notes, Laura redoute que ses premiers vœux soient rejetés à cause de la compétition générée par la plateforme. Rania, elle, est débordée par la masse de travail et d’activités qu’elle doit assumer pour avoir le meilleur dossier possible.

L’année de terminale est la dernière année avant le bac, avant les études supérieures, avant la majorité. J’ai l’impression d’atteindre la fin, alors que ce n’est que le début de ma vie. « Toutes vos notes comptent pour le bac. Mais n’oubliez pas que votre classement est également primordial pour vos admissions. » Depuis, cette phrase résonne en moi.

Dans ma classe, nous sommes 36. 36 à presque tous vouloir la même chose : les meilleures écoles. Et pour ça, il faut les meilleures prépas. Pour y entrer, ils analysent tous les bulletins des deux années précédentes : les notes, les appréciations, le classement, les moyennes, les matières où on excelle, celles où c’est moins le cas, les absences, les retards… Selon les spécialités scientifiques, on ne retrouve que 50 à 85 places dans la prépa du lycée Pascal, 90 à 140 places pour Stanislas, 50 à 90 places au lycée Hoche, 45 à 90 places pour Henri IV, 48 à 140 places au lycée Louis-le-Grand. Ce sont les cinq meilleures. Vous me direz : « Peut-être qu’il faut viser moins haut. » Mais ce sont celles qu’on nous dit de viser. Et ce nombre de places si limité est terrifiant.

« Plus que huit mois avant le bac ! »

Mon lycée est un bon lycée. La plupart des élèves étaient les meilleurs de leur classe au collège. Le jour de l’inscription au lycée, mon père a pointé du doigt une fille de l’âge de ma sœur en me disant : « Regarde, le collège c’était facile, maintenant tu vas te retrouver avec des élèves qui ont peut-être sauté plusieurs classes, ça va pas être la même facilité ! » Il avait exagéré sur ce point, mais il avait raison sur la difficulté.

Les professeurs aiment aussi nous rappeler les enjeux. Tout au long de l’année, ils répètent ce qu’on sait déjà, mais qu’on aimerait se cacher. « Coefficient 16 pour le bac, soyez attentifs, c’est une matière très importante » ; « Plus que huit mois avant le bac ! » Je sais que chaque note compte. Pour le bac, pour les dossiers, pour le bulletin, pour tout. Je sais à quel point il faut que je travaille, que je donne le meilleur de moi-même, à chaque fois. Les meilleurs s’assurent les meilleures chances de réussir. Pourtant, quand on réussit mais qu’on en voit d’autres qui réussissent mieux, on pense ne pas être assez.

Je consulte mes notes comme un actionnaire

Un esprit de compétition pèse sur cette classe sans que personne n’en parle vraiment. Il existe malgré tout une entraide, mais assez hypocrite. On aidera, mais sans vouloir que les autres fassent mieux que nous. On ne peut compter que sur ses amis. Quand je me compare à la moyenne générale de la classe, je suis un peu au-dessus. Mais ce n’est pas suffisant. Je ne suis que dans la moyenne. Pas dans les meilleurs, pas non plus dans l’excellence. Je consulte l’évolution de mes notes comme un actionnaire vérifie les actions de la bourse, pour savoir de quoi sera fait demain. Une seule erreur peut être fatale puisque tout compte, à la fois pour Parcoursup et pour le bac.

Inconsciemment, j’ai évité de dire ce mot. Parcoursup. Il fait peur. Même au collège, quand je ne savais pas réellement ce que c’était, je l’avais associé à quelque chose de négatif. Dès que je prononce ce mot avec des amis, s’ensuit une angoisse ambulante auprès de tous. Je pense qu’aujourd’hui, on est tous angoissés par notre futur, c’est évident. Et lorsqu’on entend parler toujours des pires cas, ça ne rassure pas ! J’ai réellement réalisé ce qui m’attendait lorsqu’en juin 2021, les résultats des anciens élèves de terminale sont tombés. Des personnes de mon lycée, de mon niveau, qui ont dû baisser leurs exigences pour atteindre leurs rêves.

Obligée d’exceller

L’école que je vise implique une bonne classe préparatoire. Je ne sais pas ce que je ferai si je n’ai pas ce que je veux. Je n’ai que 16 ans et, pourtant, ce que je choisis aujourd’hui déterminera les quarante prochaines années de ma vie. quarante ans quand même ! Je ne sais même pas si je serais encore de ce monde d’ici là. Qui sait, peut-être qu’aujourd’hui est mon dernier jour à vivre. J’aurais alors passé ma vie à me prendre la tête pour des études que je ne ferais jamais.

C’est pour ça que j’essaie de prendre du temps pour moi. De m’échapper de tout ça. La danse est mon meilleur outil. Bien que je ne sois pas parfaite dedans, réaliser que je progresse de jour en jour me motive. Je m’en suis rendu compte pendant le confinement. Les deux mois enfermés dans ma chambre suivis des trois mois de vacances où il n’y avait pas de cours m’ont permis de réaliser à quel point ça me manquait. C’est mon échappatoire. C’est ma parenthèse dans la semaine où je ne pense plus à tout ce qui est scolaire. Ma crainte de l’échec est si forte que je n’arrive plus à travailler. Plus aussi bien qu’avant. L’échec. Ce mot me terrifie. J’y pense souvent. Réussir toutes ces années avant le bac pour rater la plus importante, vous imaginez ? Tout ça pour rien.

Laura, 16 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo Pexels // CC Yan Krukov

 

Dans le dédale de Parcoursup

Critères à géométrie variable 

Les établissements évaluent les dossiers selon leurs propres critères : excellence des notes, appréciations des enseignant·e·s, projet professionnel, activités extrascolaires… Cette sélection explique la pression que ressentent les étudiant·e·s : pour avoir plus de chances d’être retenu·e·s dans une formation, ils et elles doivent donner leur maximum dans tous les domaines.

Parcoursup, une plateforme jugée « stressante » et « injuste »

Selon un sondage Ipsos publié en septembre dernier,  61 % des lycéen·e·s jugent la plateforme injuste et estiment qu’elle ne traite pas tous les candidat·e·s de la même manière. 82 % d’entre elles et elles jugent également la plateforme « stressante », et 30 % se disent insatisfaits des réponses obtenues de la part des formations via Parcoursup.

SOS Inscription

L’année dernière, suite à la phase d’admission principale, 91 000 candidat·e·s n’avaient pas d’offre d’affectation sur Parcoursup. Face aux difficultés d’accès à l’enseignement supérieur, le dispositif SOS Inscription, créé notamment par le syndicat étudiant UNEF (Union nationale des étudiants de France, permet à ces jeunes d’être accompagné·e·s dans leurs démarches. Si vous souhaitez être conseillé·e, il est possible de les contacter sur leurs réseaux.

 

Partager

Commenter