Emilie G. 14/06/2022

2/2 Traitée comme un morceau de viande

tags :

Émilie et Rachel sont confrontées au sexisme dans leur travail. Emilie est serveuse dans un bar. Elle encaisse les remarques en silence pour garder son travail. Rachel, elle, voit constamment ses compétences d'entraîneuse de natation remises en question.

Comme beaucoup de femmes, je fais face à du sexisme au quotidien. Des remarques, des gestes qui me mettent mal à l’aise. Mais l’endroit où je les subis le plus, c’est au travail.

Au départ, je ne m’en suis pas rendu compte. C’est en parlant à mes amies, ma famille, et en faisant des recherches sur internet sur le sexisme que j’en ai vraiment pris conscience.

Je travaille en tant que serveuse dans un bar certains week-ends. Je suis étudiante, ce job me permet de gagner de l’argent afin de financer mes sorties et mettre de côté pour m’acheter un appartement.

« Regarde comme elle est mignonne »

Récemment, il y a une soirée qui m’a beaucoup marquée : j’ai servi des clients lors d’une prestation cocktail dans une salle privatisée, debout avec des plateaux. Tout a commencé par quelques remarques sexistes qui venaient de différents groupes d’hommes. « Tu as de jolis yeux » « Regarde comme elle est mignonne » « Enlève donc ton masque pour voir ton joli sourire. » Ces remarques se sont répétées et m’ont mise de plus en plus mal à l’aise. On me demandait mon prénom, puis on m’appelait à plusieurs reprises alors que je servais d’autres clients. Mon collègue m’a même dit qu’un groupe d’hommes demandait à ce que je les serve à sa place.

Un client s’est permis de mettre son bras autour de mon épaule. Gênée, j’ai directement reculé et je suis partie dans les vestiaires. Durant la soirée, je n’ai pas cessé d’entendre des remarques sur mon physique. Je ne comprenais pas leur comportement. Même les femmes qui accompagnaient ces hommes ne réagissaient pas à leur sexisme. J’étais très frustrée, et après coup très en colère. Si cela arrivait à l’un de leurs proches, réagiraient-ils de la même façon ?

Mais je pense que la phrase de trop a été la suivante. Un autre homme s’est mis à regarder ma poitrine et a dit : « Dis donc, la pointe de ce gâteau me fait penser à quelque chose. » Puis, les personnes qui l’accompagnaient se sont mises à rire. Mais, moi, ça ne m’a pas fait rire du tout, au contraire je leur ai tourné le dos et je suis partie. Je me sentais impuissante, vulnérable comme un morceau de viande.

Supporter le sexisme ou perdre mon boulot

En rentrant chez moi, j’ai décidé d’en parler à ma mère et, au fur et à mesure, j’ai réalisé ce qui s’était passé. J’ai éclaté en sanglots car je n’avais pas été capable de réagir ni d’en parler sur le moment. Je n’avais rien dit. Durant toute la soirée, je m’étais empêchée de dire quoi que ce soit, je m’étais seulement contentée de sourire. Je n’avais rien fait, par peur de perdre mon travail.

Pourquoi je n’ai pas signalé ces comportements, me direz-vous ? Parce que je ne me sens pas en confiance avec mes propres collègues. Un autre soir, où j’étais seulement derrière le bar, ce sont mes collègues, des hommes, qui m’ont fait des remarques déplacées. Cette situation était d’autant plus inconfortable qu’il est important de pouvoir compter sur ses collègues, s’entraider. En parlant de ce sujet avec l’une de mes collègues plus âgée, elle a été plutôt étonnée car elle n’avait jamais vraiment été dans ce genre de situation. Je n’ai jamais vraiment les mêmes collègues, je n’ai pas de points de repère, ce qui est encore plus difficile pour se sentir en confiance.

Je n’ai pas non plus osé en parler à mon patron car sa réaction me fait peur. C’est quelqu’un de froid, très souvent sur les nerfs, qui me rend nerveuse, même s’il n’a jamais eu de comportements sexistes avec moi.

Du harcèlement, un point c’est tout

Évidemment, tous mes collègues et tous les clients ne se comportent pas ainsi, c’est seulement quelques-uns. Mais que ce soit un ou plusieurs hommes, à répétition, cela reste du sexisme et du harcèlement.

Il m’est arrivé de me demander si je ne prenais pas un peu trop la chose à cœur. Mais, au fond de moi, je sais que peu importe la fréquence de ces comportements, qu’ils se répètent une, deux, ou quarante fois, cela reste inadmissible. Aucune femme ne devrait subir cette humiliation.

Emilie, 18 ans, étudiante, Rennes 

Crédit photo Unsplash // CC Alexander Popov

 

Le sexisme au travail

 

Plus diplômées mais moins payées

– Les femmes sont plus diplômées que les hommes et, pourtant, ils sont plus nombreux à occuper les postes qualifiés (57 % des cadres). Au niveau de la rémunération, les femmes gagnent en moyenne 429 euros par mois de moins que les hommes, pour un temps de travail équivalent. 

 

Une atmosphère lourde…

Six femmes sur dix ont déjà été confrontées à des violences sexistes ou sexuelles au cours de leur carrière professionnelle. 

– En 2019, 40 % des Européennes ont fait l’objet d’attitudes grossières au travail (sifflements, clins d’œil, regards libidineux, commentaires, gestes grossiers…).  

 

… jusqu’aux agressions sexuelles 

– 18 % ont subi au moins une agression sexuelle lors de leur carrière via des attouchements sur une zone génitale ou érogène (par exemple, main aux fesses).

– 9 % d’entre elles ont déjà subi au moins une fois des pressions afin d’obtenir de leur part un acte de nature sexuelle (en échange par exemple d’une embauche ou d’une promotion).

 

 

Partager

Commenter