Rémi A. 20/11/2017

Contrôle au faciès : encore une nuit au poste !

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Je suis jeune, noir, avec des dreadlocks. Régulièrement, je me fais contrôler (pour pas grand chose) dans les transports. Ce jour-là, je n'avais pas de ticket... et ça a fini au poste. 24h avec la police !

Un midi, je vais au lycée avec mon hoverboard. En sortant du tromé, je roule avec dans les allées de la gare. Quatre agents de sûreté RATP me font signe. Ils me disent qu’il est interdit de circuler avec, ce dont je me doute un peu. Ils m’ordonnent de descendre et de présenter mon ticket de transport. Le contrôle commence !

J’ai l’impression encore une fois que ma tête de « dreadlockssé » ne leur revient pas ! J’ai trop l’habitude, c’est la routine pour eux et pour moi. Devant tout le monde, j’ai quand même honte. J’ai grave chaud de voir quelqu’un que je connais : je regarde à droite à gauche. Par chance, je ne vois personne.

Comme je n’ai pas de ticket, ils me demandent un justificatif d’identité, que je n’ai pas non plus. Je leur lance quelques piques : « Vous galérez un peu de faire des trucs comme ça, c’est parce que vous vous ennuyez ! »

Ils commencent à s’énerver, à m’encercler et l’un deux me plaque contre le mur. Je ne veux pas faire le fou donc j’arrête. Ils me disent que je dois sortir de la gare sauf qu’avec mon gros hoverboard, je ne vais pas très vite. Ils me suivent et me poussent pour que j’accélère.

L’impression d’être Pablo Escobar !

L’un d’eux croit que je veux me taper avec eux et me fait direct une clé de bras. Mais mon premier réflexe est d’enlever mon autre bras. Vlan ! Je tape en plein dans son arcade. Elle s’est pétée et pisse le sang. Les quatre m’immobilisent ventre contre le sol. Ils mettent des clefs de bras, un genou sur mon dos et me menottent.

Ils me menacent : « Tu vas finir ta nuit au poste, ça va mal se passer, on va appeler les policiers ! » Je les insulte de tous les noms. Ils me disent juste : « Ferme ta gueule ! »

Ah les contrôles dans les transports ! Marie a raconté sur la ZEP comment elle a été témoin, dans le tram de Brest, de ce que l’on appelle du “racisme ordinaire”.

Même pas 10 minutes après, trois condés arrivent. Ils demandent aux agents RATP ce qu’il se passe. Ils expliquent que j’ai frappé l’un d’entre eux. Je m’étais juste défendu ! Ils m’embarquent avec les menottes. J’ai eu les marques trop longtemps tellement elles serraient grave mes poignets.

Je suis transporté en voiture jusqu’au commissariat, assis avec un policier sur la banquette arrière à côté de moi. Ils ont mis les gyro tout le trajet. J’ai l’impression que je suis Pablo Escobar, un narcotrafiquant haut de gamme, alors que j’ai juste pas mon ticket ! Ca me fout grave le seum.

C’est parti pour la garde à vue

Au commissariat, ils me calent dans une petite salle pour me déshabiller jusqu’au calbar. Ils me fouillent, me palpent pour voir si j’ai quelque chose sur moi. Heureusement, cette fois, j’ai rien !

Je dois enlever ma paire de chaussures car je n’ai pas droit aux lacets. Ceux de mes Jordan Future sont trop compliqués à enlever et à remettre !

Ils me mettent dans une cellule trente minutes, une heure sans me dire un mot. Comme je sais que je vais être en garde à vue, je ne demande rien, même pas de l’eau.

Dans ce commissariat, je vais voir un premier OPJ (officier de police judiciaire) à qui je raconte ma version des faits. Il est froid, ni cool ni méchant. Puis je suis remis dans la cellule. Encore trente minutes et ils me transfèrent à Châtelet. Toujours en voiture avec le gyro !

Retour en cellule pendant quatre, cinq heures puis embarqué dans une petite salle avec un policier. Il me prend mes empreintes et plusieurs photos, comme un prisonnier. Dix minutes à tout casser.

Retour en cellule jusqu’à la fermeture, car le commissariat de Châtelet ne peut pas accueillir des gens la nuit.

De cellule en cellule…

Encore un transfert en voiture avec gyro à Marcadet-Poissonniers. Retour en cellule avec cette fois un matelas et une couverture. Direct je vois un pote à moi dans la cellule ! Je suis refait car je vais pas passer la nuit seul. Mais pas surpris car c’est un mec qui passe sa vie là-bas. On se raconte nos histoires : lui, il s’est vraiment battu avec un policier.

Un autre pote arrive juste après pour un vol à l’arraché. Une heure après mon arrivée, un deuxième OPJ me demande de raconter à nouveau. Mais cette fois avec des sous-entendus. Je crois qu’il veut m’enfoncer pour que j’aie tort dans l’affaire !

Retour en cellule. On passe la nuit à discuter de foot, de rap, de femmes. Pas que de prison, car je suis pas un taulard !

Le matin, retour à Châtelet, seul en cellule. Et là ils me donnent ma brique de jus et mes gâteaux. Après quelques heures en cellule, je sors et ils me disent de reprendre mes affaires et que la garde à vue est terminée car l’affaire est classée sans suite. Ils me donnent un papier comme quoi je ne dois pas faire de conneries pendant un an.

Je suis trop fatigué et je rentre direct chez moi en métro. Sans ticket. J’ai juste envie de prendre une bonne douche-café.

 

Rémi, 20 ans, stagiaire à l’E2C (École de la 2e Chance), Clichy

Crédit GIF Jail // Giphy

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