Adrien R. 11/02/2021

Emploi : un jeune, une solution ? Pas avec un bac + 5

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Avec la Covid-19, impossible de trouver mon premier emploi. Jeune diplômé d'un bac +5, je ne rentre dans aucune case pour obtenir une aide, alors je fais quoi ?

Un jeune, une solution, vous dites ? Comme un nombre grandissant de jeunes diplômés de niveau bac +4/+5, je me trouve depuis déjà plusieurs mois dans l’impossibilité de trouver un premier emploi. Après avoir contacté mes élus locaux cet automne, sans réponse, après quatre entretiens téléphoniques de trois minutes avec Pôle Emploi, après avoir épuisé les ressources disponibles afin de trouver un travail, même de subsistance, je décide d’écrire cette lettre ouverte.

J’ai reçu le précieux papier au mois d’août 2020, après avoir rendu mon mémoire et quitté l’université. Avec une licence en économie et gestion, puis un master en études de développement, spécialisé en développement durable et participation citoyenne des jeunes, je pensais pouvoir contribuer à la société, créer un monde meilleur. Je pensais encore que demain serait mieux qu’aujourd’hui.

La concurrence était déjà forte avant la crise

Au moment précis où tous mes projets devaient commencer à voir le jour, malgré l’envoi de plus de 150 candidatures, je n’ai obtenu que 50 réponses. Toutes négatives. J’ai décroché un entretien, mais la concurrence était rude, je n’ai pas eu le poste.

On me dit, comme à beaucoup d’autres diplômés de ma promo, que je n’ai pas assez d’expérience pour un CDI dans mon domaine. Au sein de ma promo, certains ont choisi de poursuivre vers un doctorat, d’autres ont réussi à trouver un emploi leur assurant une source de revenus, mais beaucoup ont dû retourner chez leurs parents.

Dans le milieu du développement et de la coopération internationale, j’ai le sentiment que tous les postes sont accessibles à partir de trois ans d’expérience minimum. Et le manque de financement et de visibilité dans ce secteur pousse les employeurs à limiter le nombre d’offres rémunérées au profit de stages bénévoles pour les jeunes sortant d’école. La concurrence était déjà forte dans ce domaine avant la crise sanitaire mais, depuis un an, la diminution du nombre d’offres rend encore plus difficile l’accès à l’emploi pour les jeunes diplômés.

Comment cumuler cette expérience si on ne nous laisse pas une chance ? Les petits jobs étudiants, eux, ne comptent pas.

Avant, j’étais indépendant, mais maintenant…

Pour un CDD ou de l’intérim me permettant de boucler la fin du mois, on me dit cette fois que je suis trop qualifié. Je ne peux pas faire de stage car je ne suis plus conventionné. Et oui, mon diplôme je l’ai déjà.

Le service civique m’apporterait 570 euros, ajoutés à un peu plus de 250 euros d’APL (aide personnalisée au logement). Pas de RSA car j’ai moins de 25 ans, pas de soutien alimentaire au Crous non plus car je ne suis plus considéré comme un étudiant. Le RSA jeune et le chômage, je ne les touche pas non plus car mes études, stages et séjours à l’étranger ne m’ont pas permis de remplir les « cases ». Le bénévolat ? J’y ai pensé, mais il ne me permettrait pas de vivre.

Depuis le début de la crise sanitaire, les universités s’adaptent pour garantir la tenue des cours et des examens. Mais une question se pose : que vaudront les diplômes obtenus en cette période de pandémie sur le marché du travail ? Un épisode de Binge signé Programme B.

La banque, elle, n’oublie pas les échéances. J’ai emprunté 25 000 euros il y a quelques années pour financer mes études. Mon agence immobilière n’oublie pas non plus mon loyer, et mon fournisseur d’énergie n’oublie pas la facture. Alors, aujourd’hui, j’ai fait le choix de suivre mon copain qui, lui, a réussi à trouver du travail. J’ai fait ce choix pour garder un semblant de stabilité dans ma vie, mais je ne veux pas qu’il assume financièrement le coût d’une vie à deux avec un seul salaire. Mes parents, retraités tous les deux, continuent de m’aider en m’envoyant un peu d’argent. Heureusement qu’ils sont là car hormis les 250 euros d’APL que je touche mensuellement, ils sont ma seule source de revenus.

Avant, je cumulais petits emplois et amphithéâtres, j’étais indépendant. Mes parents se chargeaient de mes frais de scolarité et moi je payais mon loyer, mes factures, mes charges et mes sorties par moi-même et grâce à l’emprunt que j’avais contracté auprès de la banque. Mais maintenant, à 24 ans, je suis seul chez moi toute la journée à éplucher des sites de petites annonces en espérant trouver une source de revenus.

En septembre 2021, une nouvelle promotion sera diplômée et s’ajoutera au grand nombre de jeunes qui n’ont pas trouvé d’emploi cette année. Quelles options me reste-t-il ? Quel espoir nous reste-t-il ?

C’est toute une génération qui se bat pour (sur)vivre sans qu’on l’écoute

Le président de la République a affirmé à plusieurs reprises la volonté du gouvernement de vouloir apporter son soutien à l’emploi des jeunes. Cependant, ces mesures ne sont applicables que dans de rares cas aux jeunes diplômés d’un bac +4/+5. Moi, je ne suis pas le plus à plaindre, j’ai un toit au-dessus de ma tête, je dors au chaud, j’ai ce qu’il faut dans mon assiette. Mais ce n’est pas le cas de tous les jeunes dans ma situation. Et ça, ça m’affecte beaucoup. En plus du poids psychologique et social de la situation que je vis, qu’on vit tous, j’ai du mal à accepter de voir toute une génération se battre pour (sur)vivre sans qu’on l’écoute.

La crise sanitaire impacte les jeunes diplômés mais aussi celles et ceux qui veulent se former. Benoit doit trouver une entreprise pour continuer son bac pro en alternance. Il n’a toujours rien trouvé, après 180 mails…

Le gouvernement doit donner une voie aux jeunes qui ne demandent qu’à faire leurs preuves et, malgré la crise sanitaire, à participer à ce projet. Notre projet. Pour lequel, ne l’oublions pas, ils ont majoritairement déposé leurs bulletins de vote en 2017.

Les dernières semaines m’ont redonné espoir. Les étudiants se font entendre et l’exécutif prend enfin note des revendications de ces jeunes qui étudient dans des conditions difficiles, et qui parfois en viennent au pire sous le poids psychologique, financier, sanitaire de la période. Je suis conscient qu’il n’y a pas de remède miracle, et je ne doute pas de la difficulté de fournir une réponse à la fois globale et individuelle à cette crise. Mais là, il y a urgence.

 

Adrien, 24 ans, en recherche d’emploi, Annemasse

Crédit photo Unsplash // CC United Nations Covid-19 Response

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4 réactions

  1. […] billet provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un dispositif média d’accompagnement à l’expression des […]

  2. Adrien, en tant que jeune diplômé tu fais partie des publics cadres. Ton domaine de compétences semble très pointu, c’est sans doute un marché de niche, et caché, qui comporte peu d’offres visibles car elles se pourvoient rapidement. Reste à voir quelle est ta mobilité, sur ce type de poste c’est essentiel. La solution pour susciter la confiance pourrait aussi consister en un démarchage d’entreprises pour y faire des immersions professionnelles et ainsi susciter leur intérêt et leur confiance (PMSMP, Période de Mise en Situation en Milieu Professionnel). Enfin, tu pourrais voir avec les applications d’Emploi Store comme La Bonne Boîte, qui repère la probabilité de recrutement des entreprises dans les 6 prochains mois.
    Si ce n’est déjà fait, contacte à nouveau par mail ton conseiller Pôle emploi pour demander à être suivi par l’APEC, qui est spécialisé dans l’accompagnement des cadres; ils ont une prestation spécifique “Objectif premier emploi” pour les jeunes.
    Courage!! j’espère que tu vas vite trouver une issue heureuse à cette période si difficile.

  3. Pareil, bac+5 dans une filière bouchée (journalisme), on me reproche l’expérience, évidemment. J’essaye d’être mobile : je postule partout en France mais guess what ? On me répond “vous habitez à 300km, comment vous allez faire pour venir ?” euh… à dos de T-rex ? Je peux déployer mon deltaplane tous les matins, aussi, puisque je suis en zone côtière y a du vent, ce sera écolo en plus… Nan, sans dec’… On va nous dire d’être mobile mais quand on l’est ça va pas non plus…
    Ma région a mis en place un dispositif (des espèces de stages pour les diplômés) mais c’est pas avec des stages que je vais pouvoir quitter l’appart’ de mes parents ! Puis ça encourage pas les entreprises à nous recruter… C’est vraiment tendu !

  4. Adrien, ton histoire m’a touchée et je ne peux que compatir, car je m’y retrouve. Pour ma part, je suis issue d’un domaine qui cumule les tares, offrant initialement assez peu de débouchés, habituellement peu considéré par les dernières politiques et d’autant plus mis à mal par la crise du COVID-19. La culture est un domaine maudit en ce moment.

    Spécialisée dans le patrimoine culturel, je me bats depuis plus de deux ans pour me faire une place du côté des musées. Candidatures, passages de concours de la fonction publique, PMSMP, CDD, tout y passe, quand je ne me retranche pas sur des jobs purement alimentaires. Évidemment, les places sont peu nombreuses et la concurrence est rude. Je me vois refuser bon nombre d’entretiens alors même que mon profil correspond à l’offre. À se demander ce qu’ils veulent, au juste…

    Je ne perds pas courage. Je n’irai pas traverser la rue, comme dirait l’autre, car ce ne sont pas les petits bonhommes rouges et verts des feux de signalisation qui sont en mesure de me filer du taf. Et parce que mon domaine me tient à cœur, on ne renonce pas comme ça à cinq ans d’études.

    Gardez courage et moral, toi et tous ceux qui connaissent la même situation.

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