Kyle G. 09/06/2021

Transidentité : pour les autres, je ne « passe » pas pour un mec

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Kyle fait sa transition pour se sentir mieux dans son corps, dans sa tête, et dans l'espace public. Se faire mégenrer en allant faire du shopping, être agressé en allant prendre son train... être perçu comme femme est pour lui un danger.

Le passing, c’est être reconnu au premier coup d’œil dans le genre auquel on s’identifie. Le passing, je l’aurai quand on arrêtera de me dire : « Désolé, mais ici ce sont les toilettes des hommes. »

Assigné femme à la naissance, vingt ans plus tard je le suis toujours au regard des autres. Avec mes joues bien rondes, mon 1 m 50, mes hanches apparentes, mes bras fins et – malgré les injections de testostérone – ma voix encore assez douce et claire. Le passing, j’en ai besoin pour me sentir mieux dans mon corps et dans ma tête. Et pour pouvoir dire haut et fort qui je suis, en ayant moins peur, et pour que le miroir ne soit plus mon pire ennemi.

J’ai commencé les hormones à 19 ans, mais des épreuves plus complexes encore m’attendent, notamment la mammectomie, l’ablation de la poitrine. Je fais de mon mieux en portant des jeans regular, des sweats amples. Je me suis coupé les cheveux courts, je laisse pousser mes trois poils de barbe pour pouvoir dire « si, regarde, ça pousse ! », j’essaie de rendre ma voix encore plus grave qu’elle ne l’est, d’avoir des poses ou une démarche masculine pour m’aider.

Ça finit toujours en « mademoiselle »

Pour l’instant, quand les gens ne savent pas quoi dire, au lieu de demander, ça finit en « mademoiselle » ou en « elle ». Un jour, j’accompagnais ma chérie dans un magasin de lingerie et la vendeuse s’est tournée vers nous en commençant les salutations et s’est arrêtée net, figée comme une statue devant nous pendant un dixième de seconde, sondant mon être de haut en bas. Je suppose que ma voix claire lui disant « bonjour » a fini par lui faire conclure que j’étais une femme.

Morgan Noam est psychopraticien et formateur sur les questions de genre, de sexualité et de relation. Dans ce post Instagram, il explique ce qu’est la cisnormativité et pourquoi elle est l’une des sources de la transphobie.

 

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Je ne cherche pas à être à 100 % comme un homme cisgenre. Être un homme transgenre, c’est avoir connu les règles, pour certains l’avortement ou la grossesse, les agressions, les attouchements, le viol. Jamais je n’oublierai mon vécu, c’est ce qui fait l’homme transgenre pour moi ; un homme qui sait et comprend les galères de la misogynie, qui l’a vécue et qui jamais ne fera de même.

Parfois, répondre c’est mettre ma vie en jeu

Quand on me mégenre, je souris timidement en disant : « Par contre, c’est il. » Parfois, cela peut mettre ma vie en jeu de prononcer ces quelques mots. À la gare de Rennes, j’ai repris deux hommes qui me demandaient une cigarette et parlaient de moi au féminin. Ça les a fait rire. Voyant que j’étais sérieux, l’un d’eux s’est mis à genoux pour voir le « paquet » pendant que l’autre s’est collé à moi, à mon oreille, pour me dire qu’ils allaient me suivre, me baiser comme la catin que je suis et m’égorger comme un porc.

Liam nous a raconté comment il a peu à peu affirmé sa transidentité, entre changement de prénom et peur du coming-out.

Je ne suis même pas considéré comme une vraie personne transgenre par des gens de la communauté parce que je ne fais pas assez « mec ». Un côté extrémiste de la communauté veut que les hommes transgenres soient comme le « mâle alpha » stéréotypé : grand, fort, musclé, qui braille sur les femmes dans la rue. Il y a six mois, j’ai posté sur les réseaux une photo de moi en débardeur et en jean. Beaucoup de membres de cette communauté sont venus en message privé ou sous la photo pour me dire que je ne pouvais pas me revendiquer homme trans si j’avais toujours mes seins. Mais parmi cette vague de haine où je me sentais seul, j’ai pu apercevoir quelques commentaires me soutenant ou me disant que j’étais courageux.

 

Kyle, 20 ans, en formation, Brest

Crédit photo Unsplash // CC Vika Aleksandrova

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