ZEP 24/09/2021

Ma famille voudra-t-elle fréquenter un taulard ?

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Ils appréhendent leur sortie de prison et les retrouvailles avec leurs proches. Après des années, quelle sera leur réaction ?

« J’ai broyé du noir quand je suis rentré en prison. Ces barreaux, ces grilles, ces portes… Enfermé dans une petite cellule avec un lit, j’ai tout de suite déprimé. J’avais des envies de suicide. J’ai perdu mes quatre enfants, je n’avais plus personne, à part ma mère et ma sœur. »

« Pour préparer une sortie, il faut des personnes qui puissent nous aider à l’intérieur comme à l’extérieur. J’ai peur que ça se sache que j’ai fait de la prison. Dans la famille, ça se sait déjà que je suis emprisonné, mais le motif n’est pas forcément connu et j’aimerais éviter que ça se développe. Il va falloir que je fasse avec. »

« C’est moi qui ai écrit le premier à ma sœur. J’étais dans le désespoir. J’ai expliqué que j’étais en prison, et ma sœur m’a répondu. Elle a essayé de tout faire pour que je reprenne confiance en moi. » 

Quelle va être la réaction de ma mère quand je vais rentrer ?

« Ce premier parloir, ça a été bizarre et fantastique à la fois. On ne s’était pas vus depuis 20 ans, depuis la mort de mon père. Quand j’ai vu ma sœur pour la première fois, c’est comme si je la redécouvrais. On ne s’est rien dit et puis, d’un seul coup, on s’est serré dans les bras pendant un bon moment. Et là je lui ai dit : “Bonjour petite sœur.”  J’avais les larmes aux yeux et le cœur hyper gros. »

« Ma mère m’aide pour les papiers, à gérer l’appartement, elle voit avec mon avocat, elle m’apporte des vêtements… Tout un tas de petites attentions qui font chaud au cœur. Tous les ans, par exemple, elle m’apporte cinq kilos de nourriture qui viennent de l’extérieur, c’est le colis de Noël. C’est un beau cadeau. »

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« Quand on est à l’extérieur, on n’a pas envie de connaître un taulard. C’est un message à connotation négative. »

« Je ne sais pas quelle réaction ma mère va avoir quand je vais rentrer. Quand je vais frapper à la porte, ce sera sûrement mon frère qui va ouvrir… Je vais me présenter parce qu’il ne va sûrement pas me reconnaître. Et puis après je vais aller voir ma mère et là… je ne sais pas comment je vais réagir. Si ça se trouve, je vais me mettre à pleurer ou avoir des angoisses de la voir. J’ai encore l’image de ma mère quand je l’ai quittée. »

 

Julien et Abdelkader, 45 et 54 ans, en détention, Île-de-France

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya) // Musique Kiala Ogawa

Journalistes : Elliot Clarke et Nathalie Hof

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