Maxime W. 14/09/2021

25 ans, premier job, premier burn-out

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Maxime était fier de son travail dans l'associatif. Sauf que les missions étaient floues son rythme de travail intenable. Le burn-out s'est vite invité.

Au début, c’était de la fatigue, puis des migraines de plus en plus importantes… Ça faisait deux ans que je n’avais pas vu mon médecin, mais en quelques mois je suis devenu un patient fidèle : ordonnances, arrêts de travail, on ne m’arrêtait plus. Aujourd’hui, ça fait plus de deux ans que je n’ai pas travaillé suite à mon burn-out. Deux années de souffrance et de remise en question.

Avant de commencer ce job, j’avais trois idéaux : former, accompagner, animer. Je me les récitais un peu comme un mantra et, après des mois de recherche, je suis tombé sur le poste parfait ! Accompagner des jeunes en insertion, les former sur les outils informatiques et animer des ateliers de sensibilisation : le rêve. Pourtant, au bout de deux mois, j’ai déchanté.

Dans l’associatif, je devais attendre les financements pour lancer le projet. En attendant, il fallait que je récupère un poste administratif en contrat aidé pour financer mon propre contrat. C’était censé être temporaire, je me suis dit : « Pourquoi pas ! » Même si la personne qui occupait ce poste avant moi était en arrêt maladie.

« T’es vraiment un fonctionnaire hein. À 17 h 25, ton ordinateur est déjà éteint »

Au bout de deux mois, j’ai demandé un rendez-vous avec ma hiérarchie afin de clarifier les choses, mais c’est une collègue qui a pris le relais et fait un point sur mes interrogations : on m’a redonné ma fiche de poste. Je me suis vite rendu compte que rien n’était organisé. Les anciens documents créés par mes prédécesseurs avaient été perdus et les missions jamais remises à plat. Les interlocuteurs avec qui je travaillais ne répondaient pas à mes mails… J’étais obligé de chercher des réponses seul, avec très peu de contacts et aucune connaissance du milieu. Tout est devenu de plus en plus confus, et toujours aucune réponse de ma hiérarchie…

Ma collègue en a profité pour prendre une place beaucoup trop importante sur le volet hiérarchique et l’a utilisée contre moi : son harcèlement constant sur les procédures et les horaires à respecter, l’attitude à avoir, le rangement des archives… Je ne devais pas non plus aller sur certains sites internet car « ça donnait une mauvaise vision de moi à mes collègues ». Se rajoutait des réflexions : « Tu es vraiment un fonctionnaire hein. À 17 h 25, ton ordinateur est déjà éteint » ; « Il faut que tu arrêtes d’être en arrêt maladie, ça me rajoute du travail », et j’en oublie…

C’est là que j’ai fait mon burn-out.

« Vous êtes malade monsieur, vous nous faites un début de burn-out »

Ma hiérarchie, me sentant fatigué, m’a écarté de l’organisation d’un évènement important. On m’a demandé de faire le minimum en attendant que mes migraines passent, et de voir la médecine du travail pour un aménagement de poste. Durant cette période, j’étais très fatigué, et j’ai commencé à m’isoler, à arrêter mes passions (la lecture, les sorties…) pour me consacrer à mon rétablissement. Il fallait que je sois opérationnel pour le travail.

Le rendez-vous avec la médecine du travail m’a permis de me poser des questions, parce que, justement, le médecin m’en a posées : « Comment se passe la relation avec vos collègues ? Votre hiérarchie ? Je n’ai pas bien compris les missions de votre poste ? Avec qui devez-vous travailler ? » Toutes ses questions m’ont envahi et je me mis à pleurer… Réponse du médecin : « Mais, vous êtes malade monsieur, vous nous faites un début de burn-out. » Quelques jours d’arrêt. Quand je suis revenu, le regard noir de mon chef. Il avait reçu le papier de la médecine du travail : « Revoir l’accompagnement managérial. »

Secteur associatif, médical… Les personnes exerçant des métiers d’utilité publique sont celles qui ont le plus de mal à décrocher du travail. Et à identifier les burn-out. The Conversation donne quelques outils de compréhension d’un phénomène accentué par la pandémie.

 

Par la suite, le projet pour lequel j’avais été embauché a enfin commencé ! Je suis passé d’assistant administratif à conseiller en insertion, mais ma promotion a tardé à arriver sur le papier : « Ton augmentation, ça sera le mois prochain, tu n’es pas un homme d’argent ! » La jalousie des collègues s’est rajoutée : « Il faudra que tu me dises comment tu fais pour avoir une promotion aussi vite ! » J’ai travaillé moi, malgré tout ça. J’avais envie de produire un travail parfait.

J’ai donc cumulé mon poste administratif et mon poste de futur conseiller. J’essayais de m’autoformer et de bosser sur mes nouvelles missions. Tout se passait « bien » jusqu’au moment où mon chef fut débauché. La seule personne qui avait assez de pouvoir au sein de la structure pour que notre projet soit accepté et complet nous lâchait.

J’ai demandé à rentrer chez moi et je ne suis jamais retourné au travail

Cet électrochoc m’a permis de développer des ateliers, recréer des contenus de formation, des outils collaboratifs. Je ne voulais pas que tout s’arrête si près du but ! Mais au bout d’un an, à l’heure du bilan, « nous » étions déficitaire de 40 000 euros. Ma direction a menacé de ne pas verser de prime à l’ensemble du personnel. Nous n’avons pas été officiellement pointés du doigt, mais les regards accusateurs de mes collègues m’ont fait comprendre qu’ils me pensaient fautif. J’ai perdu un quart de mon travail et j’ai dû dire au revoir à la moitié des jeunes que j’accompagnais. Le lendemain, à midi, je ne tenais plus. J’ai demandé à rentrer chez moi et je ne suis jamais retourné au travail.

On me dira : « As-tu prévenu ta direction de ton mal-être ? » Et, oui, je l’ai fait. Pas forcément en ces termes car c’est quand même compliqué de dire « je me sens mal ». Quand on se place en tant que victime, la hiérarchie n’aime pas ça. Je rusais, je disais que j’étais trop stressé… Réponse : « Oh bah, il ne faut pas ! C’est juste que tu ne sais pas gérer ton temps. » C’est sûr que c’est facile de gérer une création de poste, des missions variables, des objectifs obscurs, tout en cherchant à faire beau auprès des financeurs…

Mon année de césure version « Assurance maladie »

J’ai tenu pendant un an et demi et j’ai mis deux ans à m’en remettre. Sur sept ans de travail, le ratio est énorme. C’est comme ça qu’a commencé mon année de césure version « Assurance maladie ». Pas de vacances dans un pays lointain. Juste toi, seul dans ton appartement à faire des aller-retour de ton canapé à ton lit en alternant Uber Eats et larmes… Un sentiment de mal-être profond, à te demander de quoi sera fait le lendemain.

Pourtant, les premiers jours d’arrêt ont été bénéfiques. Un sentiment léger, un sommeil réparateur… Mais très vite s’est posée la question de la durée : il FAUT que je retravaille. Je ne pouvais pas laisser mes collègues comme ça, ni les personnes que j’accompagnais. Puis, qu’est-ce qui va se dire dans mon dos ? Qu’est-ce que je dis à mes amis ? Mon médecin va-t-il vouloir prolonger mon arrêt ?

Travailler moins pour vivre mieux ? C’est ce que prônent les défenseur·euse·s de la semaine de quatre jours. Camille a essayé cette nouvelle formule après un burn-out et s’en porte beaucoup mieux !

Alors, je me suis fait accompagner. Je suis allé voir un psy, puis un psy du travail, j’ai fait de l’hypnose, un traitement antidépresseur, puis une cure thermale. La vie est redevenue moins fade et j’ai sorti la tête de l’eau. De nouveau, une question : mais qu’est-ce que je vais faire ? Et une voix intérieure qui se fait de plus en plus entendre : je ne veux pas revivre ça.

 

Maxime, 27 ans, en reconversion, Lyon

Crédit photo Unsplash // CC Luis Villasmil

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1 réaction

  1. yur the best bro <3

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