Lou S. 14/01/2022

Mon couple, ma sexualité : tout est fluide

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La sexualité et les relations de Lou échappent aux normes. Elle s'épanouit dans un couple libre, qu'elle construit sur mesure avec sa copine.

La première personne avec qui j’ai eu une relation a été un garçon. Alors, lorsque je me suis mise en couple avec une fille, on a dit de moi que j’avais fait « mon coming-out ». Mais je n’ai jamais perçu cela de cette manière. J’avais, au début de cette transition, la constante impression de n’être jamais exactement à ma place (même si je n’ai jamais subi de discrimination, c’était plutôt intérieur). Si je ne suis ni hétéro, ni pan, bi, ou lesbienne, je suis quoi ? Cela a longtemps été une réflexion un peu anxiogène.

Me trouver une place

Je n’ai jamais particulièrement cherché de partenaire. Mais, étant soucieuse de trouver un terme adapté à ma situation (car voulant absolument me ranger dans la communauté LGBTQIA+ de manière « normale »), je me suis penchée sur les différents termes existants. J’ai d’abord répondu à la question : « Qu’est-ce que tu es ? » En bref, que j’étais bisexuelle, ce qui peut sembler la chose la plus adaptée. Mais quelque chose ne collait pas.

Je n’étais pas forcément attirée par les filles et les garçons au même moment, ni pour les mêmes choses. Tout cela variait en fonction de ma mentalité et des périodes. J’ai également constaté que le genre m’importait peu. Que je pouvais être attirée par les personnes indépendamment de leurs sexes et genres. Le mot bisexuelle ne me ressemblait plus. Il me paraissait trop restreint.

Je me suis alors identifiée à la communauté pansexuelle, qui me paraissait plus large et plus en accord avec mon ressenti. À la fin de la troisième, je suis tombée amoureuse d’une fille lesbienne. Et j’ai commencé à ne ressentir de l’attirance que pour les filles, sans pour autant me sentir lesbienne, ce qui est très délicat à expliquer. Tous ces mots, qui m’ont servie à m’identifier, je les piochais à droite à gauche, en me reconnaissant dans des amis, des personnalités. Ce n’est que très tard que j’ai réellement fait des « recherches » pour les comprendre et les situer. Le fait de trouver un terme existant me préoccupait plus que son sens précis. Je voulais juste me trouver une place.

Ma sexualité change d’un jour à l’autre

Depuis quelques mois, j’utilise le terme « fluide ». J’ai le sentiment que ma sexualité change d’un jour à l’autre, selon mon vécu et de nouvelles idéologies. Elle varie également selon mon attirance sexuelle et romantique. Ce qui pourrait potentiellement poser problème, car les deux sont dissociables. Depuis quelques mois, je décide de ne plus me ranger dans aucune case, de peur de trouver un « mais » dans mon affirmation. Je me considère comme « fluide », sans plus de précisions. Je me sens tout de même inclue dans la communauté LGBTQIA+. Et je milite pour cette cause, même s’il est parfois délicat de trouver sa réelle place et de se sentir intégrée à ce groupe.

Ma communauté est à 99 % super tolérante, mais il y a eu certaines remarques. On m’a déjà dit que j’étais simplement une hétéro qui se cherchait. Que je voulais me rendre intéressante en rentrant dans ce groupe. Que je ne connaissais juste pas les bons termes. Lorsque je dis que je suis « fluide », on me répond parfois « ah oui, bi quoi », ce qui n’est au fond pas méchant. Juste maladroit.

Je ne me sens pas rejetée, même si je crois que la vision des pairs est plus blessante que celle de personnes hors de sa propre communauté. Je pense que ma sexualité peut recevoir le même genre de commentaires et de jugements que les personnes asexuelles et pansexuelles. Qui sont des sexualités malheureusement assez méconnues et vite mises de côté. Il m’arrive encore actuellement de parler de moi en tant que lesbienne, pour éviter un trouble chez la personne en face.

En couple, j’ai appris à mépriser ces remarques

Même mon couple est difficile à « classer ». Je suis dans une relation amoureuse avec ma copine. Cette relation romantique est exclusive. La différence par rapport à un couple « classique » étant que chacune de nous peut se trouver un ou des plans culs. Du moment qu’elle tient l’autre au courant, et que cela reste dans nos accords.

Pour énormément de personnes, une relation comme ça est inconcevable, et nous avons droit à de nombreuses remarques souvent très irrespectueuses. Pour ces gens, nous autorisons l’autre à nous tromper. Nous sommes des nymphos. Des accros au sexe. Nous ne nous aimons pas vraiment, car notre sexualité n’est pas exclusive et notre couple ne tiendra donc pas, nous faisons semblant d’être heureuses ou sommes frustrées dans notre relation, etc.

J’ai appris à mépriser ces remarques après plusieurs mois de relation très positive : quand j’ai compris que, comme je le pensais, je pouvais être heureuse en étant en couple libre. Que c’était un choix et non une faiblesse, ce qui n’excuse en rien ces personnes, qui sont souvent les mêmes que celles qui demandent qui fait la fille et qui fait le garçon dans notre relation. Des personnes qui nous considèrent comme excitantes simplement parce que nous sommes deux femmes ensemble. Des personnes qui sexualisent toute notre relation.

Mon couple « sur-mesure »

Il n’a pas été simple de trouver un équilibre entre le respect de l’autre et la liberté accordée. Les règles changent selon nos ressentis, nos envies, la distance entre nous, la régularité de nos rencontres, etc. Par exemple, ma copine passe en prépa l’année prochaine. Nous nous verrons donc moins, et cela change nos accords, dans la mesure où notre relation doit primer sur les potentielles autres relations. Également, ma copine est poly : elle peut être amoureuse de plusieurs personnes, moi non. Nous avions tout d’abord ouvert notre couple au niveau sexuel et romantique, ce qui a causé des problèmes. Ni elle ni moi ne supportions et ne parvenions à gérer d’autres relations amoureuses, et nous avons donc remédié à ça. Notre couple libre l’est maintenant uniquement du point de vue sexuel.

La vision du couple et de l’amour peut changer d’une personne à l’autre, au gré des différentes expériences. Ewen, Armèle, Perle et Zayane ont chacun·e vécu le confinement en couple et ont vu leur vie amoureuse mise à l’épreuve.

Bien sûr, ce couple demande énormément de confiance. Et une certaine ouverture, qui n’est pas concevable dans certains couples, et c’est normal. Nous communiquons énormément, en faisant des points sur nos ressentis, en changeant ce qui ne va pas. Je crois que le fait d’être dans une relation libre me rapproche encore plus de la personne, parce que la confiance entre nous est très solide. Et qu’il faut obligatoirement être attentive à l’autre, tout en ne s’étouffant pas. Avec le moins de frustrations et de secrets possibles.

Malgré une mise en place plus longue et « délicate », ce couple très « sur-mesure » est une source d’épanouissement génial. Et ça me rend énormément heureuse chaque jour. Je ne regrette absolument rien. Je pense que je suis tombée amoureuse de la bonne personne. Et que ce ne sera pas toujours le cas, au vu de cette situation très précise, et pas forcément facile.

Lou, 16 ans, lycéenne, Lyon

Crédit photo Pexels // CC cottonbro

 

Petit lexique du témoignage de Lou

Le couple libre

C’est un couple amoureux non-monogame. Les partenaires peuvent avoir des relations sexuelles avec d’autres personnes. Dans le couple libre, tout est une question d’accord.

Le polyamour

C’est le fait de pouvoir entretenir des relations romantiques avec plusieurs personnes, avec le consentement de chacun·e.

La pansexualité

C’est une orientation sexuelle. Une personne pansexuelle est attirée romantiquement et/ou sexuellement par d’autres personnes, sans prendre en compte le genre de son ou sa partenaire.

L’asexualité

C’est une orientation sexuelle. Une personne asexuelle n’éprouve pas d’attirance sexuelle, ce qui ne l’empêche pas pour autant d’être amoureux·se.

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