Léa T. 09/04/2024

La crainte d’hériter de la violence

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Un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents. Le 15 février 2024, députés et sénateurs ont trouvé un accord sur une version finale d'une proposition de loi visant à mieux protéger les enfants victimes de parents violents. Léa raconte les confidences de sa meilleure amie sur les violences que celle-ci a subies.

Ma meilleure amie s’appelle Johanna. Et rien ne va chez elle. Je ne parle pas de chamailleries qui se règlent en quelques minutes mais de grosses disputes. Je la vois souvent avec des bleus. À la longue, je ne les compte plus. Parfois, c’est sa sœur. Parfois, c’est son père.

S’il fallait le décrire en un mot celui-là, ce serait « violent ». Il s’énerve très vite. Un jour, elle m’a appelée. Il venait de la taper. Elle m’a raconté le sang qui coulait sur son visage, qui s’était répandu par terre. Elle avait dû passer la serpillière après. L’eau du seau était devenue rouge.

Elle me raconte aussi beaucoup les cris et les insultes. Les choses qui la blessent le plus, c’est quand il la sexualise indirectement. Du genre : « Vas te changer, tu sors pas comme ça ! » ; « Démaquille-toi ! » D’un air condescendant. Même si pour l’instant, il ne lui dit pas, c’est comme s’il la voyait comme une pute.

Heureusement, il est souvent absent pour son travail. Je pense qu’il bosse dans un truc illégal mais c’est un autre sujet. Tous les mois, il voyage. C’est ce qu’elle préfère. Elle se sent plus libre.

« Un jour, elle va littéralement exploser »

Elle dit que « ce n’est que le mauvais côté ». Elle parle de ces bons moments, les quelques rires partagés, les soirées film, mais ça ne dure jamais. Ils peuvent bien essayer d’être « gentils », ça ne suffit pas à lui faire oublier. Et elle ne trouve pas de réconfort auprès de ses frères et sœurs. C’est comme s’ils s’étaient transmis la violence. Sa grande sœur, elle est méchante. Elle l’insulte et la frappe lorsqu’elle ne va pas dans son sens. Johanna, elle a peur d’être comme eux. C’est sa plus grande peur. Quand je vois comment elle peut parler à ses petits frères et sœurs, moi aussi ça me fait peur.

C’est vrai qu’elle peut s’énerver, mais elle ne le montre pas souvent. Elle enfouit profondément en elle toute la frustration et la colère qu’elle a accumulées. Je pense que ce n’est pas bon pour elle. Un jour, elle va littéralement exploser. Elle prend trop sur elle. Elle serre les poings, littéralement. Parfois, elle les serre tellement fort que ses ongles s’enfoncent dans la chair. Ça lui fait mal pendant des heures après.

Clémence a grandi en encaissant les coups de sa mère. Elle a alerté les services sociaux, qui n’ont rien fait. Elle a préféré partir.

Capture d'écran de l'article "Ma mère violente a terrorisé notre famille", illustré par une image où l'on voit deux enfants de dos, postés à une fenêtre. À gauche, la petite sœur tient le bras de son grand frère, qui se pose en protecteur sur la droite.

Une fois, je lui ai demandé si elle voulait des enfants. Elle m’a dit que non. Ça m’a surprise. Je sais qu’elle adore les enfants. Elle m’a répondu tout naturellement qu’elle ne voulait pas devenir une mauvaise mère et faire vivre à ses enfants ce qu’elle a vécu.

Heureusement, ses parents ont perdu sa garde. Elle vit chez ses grands-parents. Elle a toujours des séquelles, mais au moins ce cauchemar est à moitié fini. Ce qui reste, ce sont les traumas.

Léa, 14 ans, collégienne, Marseille

Crédit photo Pexels // CC MART PRODUCTION

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1 réaction

  1. Ça me fait penser à ma propre histoire.
    J’ai été aussi une enfant maltraitée dans ma famille. Ça m’a détruit, je n’ai pas pu grandir comme il faut.
    Aujourd’hui je suis maman de deux enfants et inconsciement je leur fais subir des violences.
    Heureusement que j’ai été vite voir un psychologue. Il a pu m’expliquer pourquoi je faisais ça (c’est une sorte d’héritage, comme vous dites). On ne fait pas exprès.
    Maintenant, j’ai dit à mes enfants « si je change de comportement et que je deviens violente, il faut vite crier au secours », car moi-même je ne me rends pas compte de ces états.
    Dieu merci, tout va en s’arrangeant, j’apprends à contrôler mes émotions. Je m’étais même offert deux mois de vacances (de thérapie en réalité) pour pouvoir me concentrer sur la guérison.
    Quand on frappe un enfant, c’est toute l’humanité qu’on met en danger car cet enfant peut devenir très dangereux plus tard. Un jour, je Les emmènerai voir un spécialiste pour parler de ce que j’ai fait.

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