Leo M. 01/10/2021

À Paris, je vis au milieu du crack

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De jour comme de nuit, les consommateurs et consommatrices de crack arpentent les rues de Stalingrad. Leo vit au milieu des bagarres, des vols et de la drogue.

Le jour, c’est un quartier vivant avec beaucoup de monde qui passe. Il y a des toxicos, mais ils sont plus posés dans leur coin, place Stalingrad. C’est une place avec un pont, et il y a des marches où ils se posent dessus. Avant, il y a deux–trois ans, il y avait des jeux, même un laser game ! Mais maintenant, ils ne les font plus. Je pense que c’est parce que, maintenant, il y a les toxicos. Il y a des seringues par terre sur la place, et un peu partout en vrai.

Depuis mes 6 ans, j’habite dans le 19e, à Jaurès. Une partie est collée à Stalingrad et longe un bout du canal. L’autre partie, un peu plus haut, se situe vers le quartier de Belleville. Il n’y a que des immeubles, des HLM. C’est familial.

Les gens passent moins vers là où sont les toxicos mais moi je suis obligé de passer devant pour aller à l’école. J’essaie de les éviter. Ils viennent souvent me parler quand je passe près d’eux, pour me demander de l’argent ou me raconter leurs vies. Ils disent des trucs bizarres, ils sortent des mots qui ne veulent rien dire ! Alors j’avance tout droit, je ne les calcule pas.

Tombée dans le crack à cause de son mari

Quand tu regardes leur attitude, tu comprends direct. Ils ont des doigts gonflés tu ne sais pas pourquoi. Ils ont aussi une démarche fatiguée, ça se voit qu’ils ne dorment pas. On dirait qu’ils n’ont pas d’âme. Ils crachent sur les gens, ils leur crient dessus… Une fois, un monsieur criait dans l’allée. Il s’est levé et a craché sur une fille. Après, deux–trois jeunes l’ont poursuivi et il est parti. Il y a souvent des trucs comme ça !

Il y en a qui tapent la discute normal, une fois une dame m’a raconté son histoire. Elle m’a dit qu’elle était tombée dans la consommation de crack à cause de son mari. Il l’avait virée de chez elle et il ne la laissait pas voir ses enfants. Alors elle a fait des mauvaises rencontres et elle est tombée dedans.

Dimanche dernier, la construction du « mur de la honte » entre Paris et Pantin pour empêcher le déplacement des consommateurs de crack a marqué un nouvel échec dans la gestion de la question du crack. Alors quelles solutions ? Les invité·e·s de Mediapart en débattent dans l’émission « À l’air libre » :

La nuit, l’ambiance change. Ça devient moins joyeux. Il y a moins de bruits de voiture, et plus de cris et de bouteilles qui se cassent. Je les vois se piquer, car ils font plus ça le soir. Il y a beaucoup plus de toxicos, ils deviennent plus agressifs. Comme il y a moins de monde qui les voient, ils se gênent moins : ils volent des vélos, se battent entre eux, agressent les passants. La dernière fois, ils étaient peut-être trois, et il y a en a un qui était par terre. Les deux autres prenaient des bouteilles et les éclataient sur sa tête. J’ai filmé parce que ça m’a choqué.

En face de chez moi, il y a un truc où les gens attachent leurs vélos. Deux gars sont venus et les ont volés. Un autre leur a dit d’arrêter, mais le complice du voleur l’a poussé par terre. J’étais chez moi, je ne pouvais rien faire. Les gens ne disent rien du tout parce qu’ils ont peur.

Ils ont mis le feu à une poubelle

C’est très rare que je sorte la nuit. Je sors que si je dois aller récupérer quelque chose en bas de chez moi, si j’ai oublié un truc dans la voiture. La plupart des trucs, je les vois de ma fenêtre, dans l’allée où j’habite parce qu’il y a moins de monde qui passe. C’est vraiment bizarre. C’est pas qu’il n’y a pas de monde, mais les gens restent moins sur place. Les toxicos restent dans ces endroits car ils savent que les passants ne restent pas longtemps.

Habitant des quartiers Nord de Marseille, Oryan vit au milieu du commerce de shit. Règlements de compte, descentes de police… Il observe les conséquences du trafic sur son quartier.

Une fois, des toxicos s’étaient installés dans le hall de mon bâtiment avec leur chien et ils fumaient du crack. Ils étaient dans leur coin, allumaient leur briquet. Ils essayaient de se cacher et, une fois qu’ils avaient fini, ils ont mis le feu à une poubelle et se sont fait virer par un de mes voisins. Je me réveille souvent la nuit à cause d’eux : des bruits de bagarres, de bouteilles, des cris. Et comment ils salissent le quartier avec les morceaux de bouteille, le vomi, leurs seringues… Et comme ils sont souvent SDF, ils font leurs besoins partout par terre.

J’aime bien mon quartier car c’est là que j’ai grandi, là où il y a tous mes potes mais, des fois, ça m’énerve que les toxicos soient toujours en bas de chez moi.

Leo, 15 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Hans Lucas // © Hervé Lequeux

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