Lounès R. 02/06/2021

Place des Fêtes : la pyramide c’était le centre du quartier

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La pyramide, la dalle, le city : au quartier, Lounès avait ses repères. Depuis la rénovation, il ne sait plus où traîner...

La pyramide c’était le centre de la place, on voyait tout. C’était un point de rassemblement, on se retrouvait tous ici. On pouvait rester du matin au soir sur cette pyramide. Maintenant qu’il n’y a plus la pyramide, on s’assoit aux escaliers. La pyramide était au centre du quartier de la place des Fêtes depuis 1995 et a été détruite en août 2019. Alors que pour nous, elle était magnifique.

Le quartier Place des Fêtes est situé dans le 19e arrondissement de Paris. Je suis ici depuis que je suis né. Je suis attaché à ce quartier car c’est là que j’ai grandi, que j’ai été à l’école, que j’ai rencontré mes potes. Dans ce quartier, j’ai tout fait… Mais petit à petit, je l’ai vu changer.

On escalade la porte du parc et on joue au stade

Ils ont fait des travaux sur toute la place et ils ont tout refait. Ils ont rajouté de l’herbe à la place des dalles. Le manège, ils l’ont enlevé et ils l’ont déplacé. Avant, il y avait un lycée, en face du collège, qui était devenu un centre de migrants. Maintenant, ils vont y faire une médiathèque. Derrière chez moi, il y avait un city, c’était un centre de terrain de foot ouvert toute la journée et même la nuit. On pouvait y aller quand on voulait. Ils l’ont remplacé par un bâtiment. Du coup, on va sur le terrain qui est au parc, mais il ferme à 21 h 30 en été et à 17 heures en hiver. Alors quand le gardien vient au parc, il nous fait sortir et nous on revient quand il part. On escalade la porte du parc et on joue au stade. C’est le seul endroit où on est qu’entre nous.

« Tu préfères l’argent ou l’amour ? » ; « Thon-mayo ou chicken-curry ? » Shaï, Djeneba, Aladi et Ismaël, ont 16 ans et vivent à Place des Fêtes. Dans leurs chambres, au sommet des tours ou sur un banc, leur adolescence est rythmée par leur jeu favori : « Tu préfères ». Une mini-série Arte.

En journée, sur la place, on ne peut rien faire, parce qu’il y a les mamans avec leurs enfants. Avant, on mangeait, on jouait au football, on dansait. Il y avait des clips de rappeurs du quartier comme Saamou Skuu, Ades, MDC, Lafrog, Cepla Gvng, Doomso Hood, HIB, Cartel Land, Awax Labot, Batara… Il y avait parfois des festivals sur la dalle. On y installait une scène avec un DJ…

Nous, les jeunes, on voulait garder la pyramide

La pyramide a été détruite car les gens la trouvaient moche, dégradée. La mairie l’a détruite pour enlever les tags, les lits de SDF, les cartons, les déchets. C’était une entrée de parking. Mon père m’a raconté qu’ils faisaient des sondages pour savoir si les habitants voulaient enlever ou garder la pyramide. Plus d’adultes ont dit non, mais nous, les jeunes, on voulait la garder.

Les rénovations urbaines impliquent aussi parfois des mouvements de population. Quand des quartiers populaires sont gentrifiés, les habitant·e·s sont souvent contraint·e·s à déménager. Aïman sait qu’il va devoir quitter la Savine à Marseille, mais pour aller où ?

Ils l’ont remplacé par une cabane qui n’est pas encore terminée. Ils ont dit que ça serait une sorte d’espace pour les jeunes où il y aurait des activités. Cette pyramide était un symbole pour nous les jeunes. Même pour les adultes du quartier ! On y était très attachés. Et là, ça va faire bizarre cette cabane.

 

Lounès, 16 ans, collégien, Paris

Crédit photo © Elliot Clarke

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