Alicia M. 12/10/2021

Battue puis virée de chez moi, je suis enfin libre

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La famille d'adoption d'Alicia l'a battue et virée de chez elle à 18 ans. Avec le soutien moral et matériel de son copain, elle a pu rebondir.

Un dimanche matin, vers 7 heures, mon beau-père monte dans ma chambre et me réveille avec un coup de poing. Je saigne du nez et ma lèvre s’ouvre. Mais il ne s’arrête pas, il y a du sang sur le sol et sur mon sac. Il me dit : « Tu as intérêt à nettoyer tout ça avant que je revienne », et il part. Je m’effondre sur le sol et je pleure. La raison de ses coups ? Je n’en ai pas la moindre idée.

Ma mère est réveillée, je l’entends s’activer en bas. Je descends et elle me dit : « Je n’ai pas voulu monter car je ne voulais pas voir les dégâts. » Dans ma tête, ça disjoncte et je me dis que je me vengerai. Depuis ce jour, je leur fous la misère et ils me le rendent bien. C’est crise sur crise. On ne se supporte plus. Et puis, à l’été 2020, tout part en vrille. C’est l’année de mes 18 ans, et je pars de chez moi.

Née en Thaïlande, adoptée, je suis arrivée en France à 3 ans. Mon frère adoptif était déjà là. Ça se passait mal. Martyrisée par mon frère, mal vue par mon père, je ne me sentais pas à ma place. Mes parents ont divorcé. Ma mère s’est installée avec un nouvel homme, mon frère est parti vivre avec mon père. On n’était plus que trois : mon beau-père, ma mère et moi. Ma vie s’effondre petit à petit.

Je perds mes amis, je suis en décrochage scolaire au lycée. Ma mère m’insulte, mon beau-père me bat. Il est impulsif et s’en prend à moi chaque fois qu’il passe une mauvaise journée ou qu’il est stressé par son travail.

Je ne dors plus mais je m’en fous, je suis libre

Puis, mes parents ont la bonne idée de partir loin de Lyon et de tout ce que je connais. Ils achètent une maison à Préfailles, en Loire-Atlantique, au bord de la mer. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

StreetPress a rencontré Laura, Thomas et Nina. Ils et elles ont été abandonné·e·s deux fois : à la naissance par leurs parents biologiques, puis par leur famille adoptive.

Mes parents ne me voient plus, je consacre mon été à travailler et à sortir. Je trouve un emploi de femme de ménage dans un hôtel. Ça me va, je me débrouille bien. Je rencontre des potes, ils habitent à Pornic, à côté de Préfailles. On s’entend bien, on fait soirée sur soirée, je passe la plupart de mon temps avec eux. Mon sommeil et ma santé en prennent un coup. Je ne mange presque plus, je dors max quatre ou cinq heures par nuit. Mais je m’en fiche, je suis libre.

Je rencontre quelqu’un via les réseaux. Antoine. On parle bien, je l’apprécie. Il habite à Saint-Jean-de-Monts, à une heure de chez moi en voiture. On prévoit de se rencontrer en vrai.

« Il ne veut plus te voir »

En août 2020, je viens de finir ma journée à l’hôtel, j’arrive chez moi, et ça part en engueulade. Mes parents me reprochent de ne jamais être à la maison et veulent savoir ce que je fais. Ils sont violents dans leurs mots et m’interdisent de sortir.

Deux jours plus tard, ma mère vient me voir : « Eric est au bord de la crise de nerf. Tu as été trop loin, il veut que tu partes de la maison. Si ça ne tenait qu’à moi, tu resterais. Soit tu pars seule, soit je pars avec toi. » Je l’interromps et je lui dis que je pars seule. Dans tous les cas, elle ne serait jamais partie avec moi, car elle dépend de lui pour vivre.

Je ne suis même pas étonnée. Ils m’avaient déjà mis en garde, je crois même que je suis enthousiaste. Je fais mes affaires dans la hâte : un sac à dos, ma valise, mon sac à main. Il faut prendre l’essentiel car je n’ai presque pas de place : des sous-vêtements, des maillots de bain, quelques pantalons, des tee-shirts, une robe et une paire de baskets. Je regarde les bus et trains qui vont à Saint-Jean-de-Monts. Je suis bien décidée à y aller, même si je n’ai pas de plan B. Le lendemain, je prends mes affaires, je dis au revoir à ma mère et je pars. Je vais chez Antoine, depuis le temps qu’on devait se voir !

Je stresse un peu à l’idée de le rencontrer, car on ne se connaît que depuis un mois, mais j’aime le risque. Le feeling passe tout de suite. Je lui explique ma situation, il me propose de rester, le temps de trouver une solution. On passe le reste de l’été ensemble. Il travaille la journée. Pendant ce temps, je fais du tourisme à Saint-Jean-de-Monts, j’essaie de chercher des aides, je contacte des assistantes sociales. Le soir, on sort beaucoup. On va voir ses potes, on va au bar.

Je ne regrette pas mon choix

Je reprends un BTS en alternance à Saint-Nazaire mais j’arrête un mois après, car je n’ai pas les moyens. Alors, je m’inscris à Pôle Emploi et je fais quelques missions d’intérim. Mes parents ne m’aident pas financièrement, je perçois seulement les 400 euros de la garantie jeunes. La famille d’Antoine m’héberge et je les aide quand je peux pour payer les courses.

Née en Corée du Sud, Marjorie est arrivée en France à l’âge de trois mois. En tant qu’enfant adoptée, elle a entendu beaucoup de remarques en grandissant. Elle a décidé de raconter avec humour ces petites maladresses ou grosses incompréhensions.

 

À la fin de l’année, je retourne voir mes parents pour récupérer des affaires, mais ça se passe mal. Ils me font des reproches et on s’engueulent. Bref, c’est toujours la merde avec eux.

On est en mars 2021 et avec Antoine on vit toujours ensemble. On veut voyager et trouver notre voie. Peu importent les barrières sur nos chemins, peu importent mes parents et leurs foutus choix. Je ne regrette pas le mien. Ça m’a même libérée. J’ai enfin trouvé le bonheur auprès d’Antoine.

 

Alicia, 18 ans, en formation, Saint-Jean-de-Monts

Crédit photo Unsplash // CC Milo Bauman

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1 réaction

  1. Bonjour Alicia
    Ce type de récit ne m’est, hélas, pas étranger.
    En tant que Médiatrice j’ai plusieurs fois été confrontée à des adoptants qui auraient mieux fait de s’abstenir…
    Cela t’appartient mes tes “parents adoptifs” méritent d’être poursuivis en justice. Ce qu’ils t’ont fait relève du pénal. Ce sont des prédateurs.
    Prends soin de toi et choisis toi des adultes de substitution qui soient vraiment adultes et aimants. Ça existe!

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