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Entre l'état du logement et le comportement des assistantes sociales, Athénaïs a mal vécu son séjour en foyer avec sa mère, même si c'était nécessaire.

Suite à des problèmes familiaux, avec ma mère, on a dû appeler le 115. Ça a pris six mois, mais on a fini par atterrir en foyer mère-enfant. Le matin même, on a eu seulement une heure pour mettre toute notre vie dans des grands sacs Ikea, emballer nos vies comme si elles ne valaient rien. Le jour de notre arrivée dans le foyer, les assistantes n’ont eu aucun mot gentil ou bienveillant. Et personne ne nous a aidées pour porter nos affaires dans les escaliers.

Être une ado de 16 ans dans un foyer mère-enfant, c’est parfois dur. On ne se sent jamais chez soi. Enlever la liberté à un ado, il n’y a rien de pire. Ce calvaire a duré deux ans, de mes 16 à mes 18 ans. Ma mère a eu le sentiment d’être sauvée de la violence de mon beau-père et de l’insécurité dans laquelle il nous mettait. Moi, j’avais l’impression d’être tombée en prison.

Presque jamais d’eau chaude pour nos douches

Notre premier logement était un taudis. Une seule chambre pour ma mère et moi, une cuisine avec juste un petit canapé et une salle de bain comme à l’hôpital, en plastique. Nous y sommes restées un mois avant de changer.

Le logement suivant qu’on a eu n’était pas bien grand. Nos plaques de cuisson ne marchaient jamais, on avait des fuites d’eau, et presque jamais d’eau chaude pour nos douches… Tout le temps des problèmes !

Dans ce foyer sur trois étages, il y avait plusieurs histoires, avec différentes familles (père-enfants, mère-enfants, couple…). Pour chaque habitation, il fallait un badge pour ouvrir la porte, que tout le personnel du foyer avait. Ils pouvaient entrer comme ils voulaient et quand ils voulaient.

« Après 19 heures, il faut sonner »

Je ne me sentais tellement pas chez moi que j’ai refusé de décorer ma chambre pendant ces deux ans. Aucune photo, aucune couleur, presque pas de décoration. Juste quelques affiches trouvées au hasard pour éviter de n’avoir que des murs blancs qui font penser à un hôpital psychiatrique.

Il y avait des caméras de surveillance à chaque entrée. Les assistantes sociales te demandaient sans cesse où tu allais et à quelle heure tu rentrais, et le fameux : « Après 19 heures, il faut sonner pour qu’on vienne vous ouvrir. »

Ce que j’ai le plus détesté, ce sont les rendez-vous individuels avec notre assistante sociale, qui nous suivaient toutes les deux avec ma mère. La mienne aimait me répéter que mon père ne voulait pas de moi et que je finirais mal si je ne me prenais pas en main.

Là-bas, on vous rappelle sans cesse que votre vie vaut moins que la leur. Vous demandez un lave-linge, on vous dit : « Ah mais toi tu veux vivre dans le luxe dis donc ! » Un jour où j’allais chercher mes pilules, on m’a dit : « C’est sûr que, quand on a une vie comme toi, vaut mieux pas avoir d’enfants. » Quand j’ai refusé de redoubler ma terminale, mon assistante sociale m’a comparée à son fils qui, lui, « faisait des études supérieures ».

Il n’y avait qu’une seule assistante sociale dans le foyer qui était gentille, c’était une pépite.

Nouveau logement, nouvelle vie

Aujourd’hui, ma mère a enfin trouvé un appartement. L’assistante sociale a monté un dossier avec ma mère pour que ça soit plus facile et rapide. C’est une telle libération ! Sortir sans rendre de compte à personne, rentrer après 19 heures, pas de caméras de surveillance.

Toute ma famille est venue nous aider pour le déménagement. Moi, j’ai immédiatement foncé dans ma nouvelle chambre pour mettre tous mes meubles et la décorer à mon image. Mon lit, mes tables de chevets, les photos accrochées au mur… J’avais le plaisir de retrouver un vrai salon, avec une vraie cuisine séparée un minimum. Une salle de bain en carrelage, avec un miroir, de l’eau chaude tous les jours et un balcon immense pour se reposer au soleil. J’ai pu me concentrer sur mon avenir sans personne pour me rabaisser derrière.

Écologie, harcèlement de rue, jobs étudiants, racisme, politique… les facecams de la ZEP sont à retrouver en intégralité sur le site et sur notre chaîne Youtube !

Cinq jeunes posent devant notre caméra, notre logo incrusté à leurs pieds.

Avoir mon chez moi m’a permis de remettre ma vie en ordre tranquillement. Je suis devenue plus calme, plus intégrée dans mes projets. Aujourd’hui, je m’en sors très bien. Je suis à la garantie jeunes à la mission locale, je suis en train de passer mon permis, j’ai eu mon bac et j’ai décroché un job cet été à Océanopolis. J’ai pu retrouver mes deux chats après deux ans sans eux. J’ai pu retrouver toutes mes libertés. Et je vis pratiquement seule dans l’appart. Autrement dit, j’adore ma nouvelle vie !

Ce foyer nous a sauvées ma mère et moi, je m’en rends compte maintenant, mais j’aurais voulu ne jamais avoir eu à vivre ça, surtout à un si jeune âge. Et je ne le souhaite à personne. Le foyer nous a sauvées oui, mais ce ne sont que des mauvais souvenirs.

Athénaïs, 18 ans, en recherche d’emploi, Brest

Musique : Kiala Ogawa

Réalisation : Elliot Clarke / © ZEP

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