Amanda M. 11/01/2021

Le cancer de ma mère a bouleversé mes plans de carrière

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Amanda avait des projets professionnels à l'étranger. Traumatisée par le cancer de sa mère, elle n'envisage plus d'être loin d'elle.

Ma seule passion dans la vie c’est voyager et ainsi découvrir de nouvelles cultures et des personnes de tous horizons. En 2019, dans le cadre de mes études de chimie, je suis partie vivre seule au Japon pour 3-4 mois. J’étais super heureuse, j’ai fait plein de belles rencontres, je sortais tous les jours même si je travaillais pour découvrir un peu plus de ce magnifique pays ! C’était comme un rêve… Mais ma famille me manquait et j’étais tout de même assez contente de rentrer en France.

À mon retour, j’ai été étonnée de voir que seul mon père et mon frère étaient venus me chercher. Quand je suis arrivée chez moi, ma mère m’a dit qu’elle avait quelque chose à me dire. On s’est assis tous les quatre. J’ai un peu de mal à mettre des mots sur ce que je ressentais à ce moment-là. Ma mère ne disait rien… Mais je pouvais ressentir sa douleur à travers ses larmes. J’étais dans l’incompréhension totale. Ma première réaction fut donc de demander si ma mamy et mon papy allaient bien. Et c’est là que ma mère me dit : « J’ai le cancer du sein ». Ces mots ont retenti dans ma tête et m’ont littéralement assommé.

On pense toujours que ce genre de choses n’arrivent qu’aux autres et quand ça nous arrive… On trouve ça injuste. J’ai trouvé ça injuste. Je ne comprenais pas que ça puisse arriver à ma mère… J’aurais tellement voulu porter ce fardeau à sa place car j’avais tellement peur qu’elle ne soit pas suffisamment forte.

Après ça, tout s’est passé très vite. Elle était déjà à sa deuxième chimiothérapie et elle commençait petit à petit à perdre ses cheveux. Ses si beaux cheveux que j’avais toujours envié… Quelques jours plus tard, j’ai dû lui tondre. C’était horrible… Mais je ne voulais pas laisser paraître ma tristesse car mon rôle était de la soutenir et non pas la rendre encore plus triste ou encore qu’elle se fasse du souci pour moi.

J’avais l’impression de fuir quand ma mère avait le plus besoin de moi

Le plus dur pour moi c’était de me trouver loin de ma mère car quelques jours plus tard j’ai dû m’envoler pour la Norvège pour un semestre académique… Pour quatre mois. J’avais l’impression d’être lâche… De fuir quand ma mère avait le plus besoin de moi. Mais je ne pouvais pas renoncer à cette opportunité. Alors, j’ai essayé d’oublier ou plutôt de ne plus y penser. J’en ai un peu honte mais je ne voyais pas quoi faire d’autre. Chaque week-end, mes parents me téléphonaient pour prendre de mes nouvelles et là encore j’essayais de temps en temps d’esquiver ces appels… d’esquiver cette confrontation à la réalité.

En d’autres termes, mon séjour en Norvège n’a pour ainsi dire pas été impacté par la maladie de ma mère. Je savais bien que c’était ce que mes parents attendaient de moi. J’arrivais à suivre les cours sans difficultés et j’ai bien profité. Je sortais beaucoup et j’ai également eu la chance de partir pour un ferry trip à travers la mer baltique en passant par Stockholm, Helsinki, St-Petersburg et Tallinn. C’était comme si je vivais ma meilleure vie. Une vie dans laquelle je faisais abstraction de ce qui se passait chez moi, en France.

C’était par choix car le simple fait de regarder des photos de ma mère avec ses cheveux qu’elle avait perdu était si douloureux et j’avais tout simplement personne avec qui en parler et ainsi soulager ma peine… J’aurais aimé avoir quelqu’un avec qui en parler mais même lorsque mes amis m’envoyaient des messages pour prendre de mes nouvelles je préférais éviter le sujet et penser à autre chose parce que je savais que si je pleurais personne ne serait là pour me réconforter.

Je ne me sens plus capable de partir travailler à l’étranger

Aujourd’hui, ma mère va mieux, elle est en rémission. Elle s’est battue et a bénéficié du soutien de ma famille, de ses amis, de ses collègues et même de sa cheffe. Je leur en suis tellement reconnaissante car moi je n’étais pas là. C’est grâce à eux qu’elle s’en est sortie !

Mais cette maladie m’a complètement bouleversée, mes plans de carrière aussi. Diplômée il y a 10 mois, j’envisageais de débuter ma carrière d’ingénieur chimiste à l’international. Travailler dans différents laboratoires un peu partout à travers le globe. À présent, je ne peux plus. Je ne m’en sens plus capable. Six mois après ses derniers traitements, je suis partie avec une amie en Espagne pour une semaine. Seulement une semaine… Et pourtant ça m’a déchiré le cœur. J’avais l’impression de partir et que je n’allais plus retrouver ma mère à mon retour.

Cette prise de conscience de la mort… Que nos parents ne sont pas éternels et qu’un jour sans crier garde, ils peuvent nous quitter. C’est horrible et je n’arrive pas à m’y résoudre, alors je ne veux plus quitter ma maman… Même si cela veut dire refuser des offres de postes.

 

Amanda, 24 ans, volontaire en service civique, Saint-Denis

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