Maïssa R. 11/07/2023

En stage, j’ai changé de regard sur les caissiers

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Maïssa a fait trois semaines de stage à la caisse d'un supermarché. Entre les gestes répétitifs, l'accélération de la cadence à midi et les bruits en continu, elle a découvert un métier éprouvant.

Ce n’est pas moi qui ai choisi d’être à la caisse. J’avais l’impression d’avoir beaucoup de responsabilités. Juste le fait d’être en caisse, c’était énorme pour moi, car je n’avais jamais fait ça auparavant et j’avais peur de faire quelque chose de mal.

Avec les clients, je n’étais pas très à l’aise. On voit les gens attendre et ça devient stressant de les voir impatients. Quand je scannais, des fois ça ne marchait pas. Lorsqu’on me demandait le prix d’un article ou de payer avec des Tickets Restaurant ou par chèque, j’étais un peu perdue. Des fois, j’y arrivais toute seule, d’autres fois non. J’appelais souvent un collègue pour m’aider. Les légumes, je ne savais pas toujours c’était quoi. Et, au début, je ne savais pas changer les rouleaux des tickets de caisse. Je devais appeler mes collègues, attendre qu’ils arrivent, et ça faisait aussi attendre les clients. Il y en a qui comprenaient car ils voyaient que j’étais une stagiaire qui apprenait le métier, mais d’autres s’en foutaient complètement et regardaient mal.

Lors de mon stage à Auchan, je me suis rendu compte que c’était la pression d’être caissière, qu’il fallait être rapide. Avant, je voyais ce métier autrement. Je trouvais que ça avait l’air plus facile… Je ne m’étais jamais posé la question de la pression en fait.

Douleurs et solitude

C’était l’année dernière, en stage de seconde obligatoire. Je n’avais pas vraiment choisi de le faire là-bas, tout s’était fait à la dernière minute.

J’encaissais souvent des gens que je connaissais car c’était dans ma ville, du coup c’était gênant. Parfois, il y avait mes voisins ou des anciennes connaissances. Parfois, on faisait comme si on ne se connaissait pas ou on avait des conversations inutiles comme « salut ça va… ». Il y avait aussi des clients avec lesquels j’étais intimidée, souvent quand c’était des groupes de jeunes, que ce soit des filles ou des garçons.

Mais je n’avais pas honte de faire ça, je m’en foutais. Par contre, je ne pourrais pas faire ce métier : c’est chiant. C’était de 9 heures jusqu’à midi, après je reprenais à 13 heures jusqu’à 14h30. Je ne faisais que scanner. Je ne pouvais pas bouger pendant toutes ces heures. Quand j’en avais marre d’être assise, je me mettais debout et inversement, mais c’est tout. T’es toute seule, à la même caisse toute la journée, sans pouvoir parler avec personne parce que tu ne connais pas les gens. Et quand il n’y avait pas de clients, je devais ranger les chariots. Tout ça pendant trois semaines, cinq jours par semaine, gratuitement.

Vers midi, il y avait beaucoup de monde et je devais accélérer. Ça faisait mal au bras ou au dos. La lumière, le bruit des bips, des enfants qui crient, les sons qui résonnent dans le magasin me donnaient mal à la tête.

C’était gênant parfois

Le premier jour, la responsable m’avait aussi fait ranger les rayons de surgelés pendant près d’une heure. Au début, elle ne trouvait pas de gants pour moi donc j’ai dû faire sans. C’était en hiver, j’avais très froid et les mains gelées.

Mon regard sur les caissiers a totalement changé après ce stage. Avant, j’étais impatiente. Maintenant, lorsque je suis de l’autre côté, pour faire les courses, bah je suis plus gentille avec la caissière. Je me mets à sa place. Je suis compréhensive car j’ai vécu la même chose.

Dans une semaine, j’ai encore un stage, mais je ne le referai plus là-bas, même si le personnel était très sympa avec moi. Ils m’ont même offert des fleurs et une boîte de chocolat le dernier jour. Quand je pense à mon futur travail, j’espère que je ne vais pas m’ennuyer autant que pendant ce stage. Je ne sais pas ce que je voudrais faire mais j’imagine quelque chose avec moins de pression, un rythme plus calme, et peut-être plus de temps avec les clients.

Maïssa, 16 ans, lycéenne, Créteil

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