Thiam M. 21/09/2021

L’interview de minorité, c’est ma vie qui est en jeu

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Thiam a fui son pays pour la France. C'est un entretien d'une heure pour attester de sa minorité qui a scellé son avenir.

« On est là pour t’aider donc n’aies pas peur, je vais te poser des questions et tu réponds. » J’étais assis dans une salle d’attente à la Croix-Rouge à Couronnes quand j’ai entendu mon nom. Je me suis levé et je suis allé m’asseoir dans un bureau, en face d’une femme qui travaillait là. C’était la première fois que je la voyais. Elle était jeune, elle m’a encouragée. Je me sentais vraiment stressé parce que je ne savais pas si je me sortirais de mon interview de minorité.

Elle voulait savoir ma situation, comment, pourquoi et quand je suis venu en France, est-ce que j’ai ma mère, mon père ou un frère en France ? J’ai répondu à toutes ses questions. Je lui ai dit que je n’avais pas mon père à Paris, ni ma mère, ni même de frère ici. Que j’étais venu en France pour avoir de l’aide.

J’avais juste un extrait de naissance

Avant, j’étais en Italie, pendant presque six mois, mais je ne comprenais pas la langue, je ne pouvais pas travailler parce que j’avais seulement 16 ans. Je vivais avec mon oncle, mais il avait sa famille, ses filles et pas beaucoup de place chez eux. En restant, je lui compliquais la vie. C’est un jeune Sénégalais que j’avais rencontré en Italie qui m’a expliqué qu’en France, les mineurs étaient accueillis.

L’entretien a duré trente ou quarante minutes. Je ne m’attendais pas à ça, je pensais que ce serait rapide. C’était bizarre, il y avait trop de questions et ça a duré, duré… Il fallait que je réponde à tout, forcément, sinon ils n’allaient pas me croire. J’étais en France depuis quatre jours et j’avais juste mon extrait de naissance avec moi.

C’était un peu compliqué pour moi d’expliquer en français. La dame m’a dit qu’elle pouvait appeler un gars qui parle Wolof pour que je puisse mieux comprendre, mais je me suis débrouillé en français. Elle était très gentille, parlait doucement et m’expliquait si je ne comprenais pas.

On attendait nos résultats dans la peur

Après cet entretien, un homme que la Croix-Rouge avait appelé pour venir me chercher m’a amené dans un hôtel à Pigalle. C’était cool, j’étais avec un ami qui parlait anglais et, à l’hôtel, on nous donnait à manger comme il faut. Tous les deux, on attendait nos résultats dans la peur. On y pensait beaucoup. Je me disais, si on me refuse, qu’est-ce que je dois faire ?

J’avais aucune idée de ce que j’allais faire. Je pensais à ça toute la journée, à ce qui allait se passer si j’étais refusé. J’ai passé presque deux semaines dans cet hôtel. Avec mon ami, on ne parlait que de ça, on se demandait « Alors, tu as eu le résultat ? » Heureusement, il y avait la wifi à l’hôtel et, sur nos téléphones, on pouvait regarder des films pour ne pas y penser.

Au bout de deux semaines, l’homme de la Croix-Rouge qui venait souvent nous donner des tickets de métro est arrivé pour nous donner nos résultats. Il m’a juste dit : « C’est ok, ton résultat est bon. » C’était trop parfait, j’étais trop content ! Je me suis dit : « J’espère que ça finira bien. »

Ici, il y a la paix

Depuis ce jour, ma situation a beaucoup changé, en bien ! J’ai patienté deux ou trois jours et ensuite des personnes sont venues me donner un plan de métro pour aller au Bureau de l’aide sociale à l’enfance, Boulevard Diderot, parce qu’il fallait que je parte de l’hôtel. Là-bas, ils m’ont posé un peu de questions et puis, ils m’ont amené à Archereau.

Ici, il y a la paix. Tout le monde est très gentil, me traite bien et me donne tout ce dont j’ai besoin. J’ai même rencontré d’autres jeunes dans la même situation que moi, on joue au football, on fait des photos, on rigole, c’est bonne ambiance. J’ai aussi commencé les cours de français, je me débrouille bien.

Plus tard, j’aimerais bien être chauffeur de voiture, ce serait mon rêve parce qu’au pays, j’apprenais à conduire, donc je sais conduire un peu, mais j’aimerais bien passer mon permis en France. Alors que, si à l’interview ils avaient dit que j’étais majeur, ça aurait été difficile, je n’aurais pas su quoi faire après.

 

Thiam, 17 ans, en formation, Paris 

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2 réactions

  1. Je suis très content vraiment je vous remercie parceque à cause de vous que j’ai pu faire une telle chose je vous souhaite bonne continuation
    Merci

  2. Merci à toi !

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