Didi S. 07/09/2021

Fausses Adidas, vrai harcèlement

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Porter de la contrefaçon a valu à Didi de se faire harceler, en CM1, par les garçons de sa classe. En s'achetant des baskets de marque, elle a vu sa popularité remonter.

Je ne me souviens pas trop du modèle de mes Adidas. Je sais juste qu’elles étaient bleues avec une touche de vert et les bandes blanches. Je voulais juste une belle paire de chaussures, même si en y repensant elles étaient vilaines à mort… Bref, c’est ma mère qui me les avait achetées, du coup, je ne me doutais de rien. En réalité, elles les avaient achetées au marché, mais je ne le savais pas.

J’étais en CM1 à Émile Zola, à Stains. Un jour, je suis arrivée à l’école avec cette paire dont j’étais super fière. À cette époque-là, la mode, ça ne m’intéressait pas. Les garçons de ma classe se sont moqués de moi. Ils m’ont dit que mes chaussures étaient des fausses parce qu’elles avaient quatre traits, au lieu de trois comme les vraies. Ils étaient à peu près huit, c’était plutôt intimidant.

Ils chuchotaient : « Quatre traits ! Quatre traits ! »

Sur le moment, je me suis dit que ce n’était rien, que même si elles étaient fausses au moins j’avais des chaussures, en sachant que beaucoup d’enfants dans le monde n’ont pas cette chance. Les garçons, ils n’étaient pas de cet avis-là. Du coup, ils ont continué à se moquer, à me rabaisser encore et encore en m’appelant « quatre traits ». Comme je n’en ai jamais parlé à personne, ils ont continué.

Après deux ou trois mois, ils ont fini par me pousser à bout. Ce jour-là, je devais passer au tableau pour réciter ma poésie, j’avais mes fameuses chaussures, que j’aimais bien d’ailleurs, mais que j’ai fini par détester à cause de cette expérience. Déjà que je suis assez stressée quand il est question de parler devant tout le monde… ils n’ont clairement pas arrangé la situation. Ils chuchotaient « quatre traits ! Quatre traits ! » et rigolaient, ce qui m’a complètement déstabilisée. J’étais au pied du mur, au bout du bout du rouleau. J’avais les larmes aux yeux. Ce fut le pire jour de ma vie.

Harcèlement scolaire : j’étais soulagée du poids des moqueries

Quand je suis rentrée chez moi, j’ai foncé dans la cuisine et je me suis mise à crier sur ma mère : « À CAUSE DE TOI, LES GARÇONS DE MA CLASSE SE MOQUENT DE MOI, TU M’AS ACHETÉ DES FAUSSES CHAUSSURES ADIDAS ! » Elle m’a tout de suite demandé qui ils étaient. Elle m’a dit qu’elle connaissait la plupart de leurs mères et irait leur parler. Elle m’a ensuite dit d’arrêter de mettre ces chaussures.

À l’école, les élèves les plus populaires sont souvent celles et ceux qui portent des vêtements de marque. Le Monde a publié une série de témoignages de jeunes qui racontent comment le fait d’être populaire ou pas impacte leur scolarité, jusqu’au harcèlement scolaire.

Il faut savoir que j’ai BEAUCOUP de frères et sœurs qui sont toutes et tous là pour m’aider, peu importe le problème, en particulier mes grandes sœurs. L’une d’elles est venue me voir pour me demander si je voulais une nouvelle paire. Bien sûr que je n’allais pas dire non à une telle offre ! Elle a fait ça parce qu’elle sait que mettre de la marque, même en primaire, est important, sinon on risque d’être la cible des harceleurs.

Une semaine plus tard, j’ai reçu mes Air Force One toutes noires. Quand je les ai mises pour la première fois, je me suis sentie différente, comme si j’étais soulagée d’un poids. Le poids des moqueries. J’étais tellement contente et pressée d’aller à l’école avec. Quand je suis enfin arrivée en classe, bizarrement les garçons étaient silencieux, ce qui ne leur arrivait jamais. Je me suis rendu compte que c’était parce qu’ils n’avaient plus aucune raison de se moquer. Au contraire, ils ont même commencé à rigoler AVEC moi plutôt que SUR moi, et j’ai fini par ne plus y penser.

Subvenir à nos besoins, pas à nos envies

Aujourd’hui, quand j’y repense, de se mettre à huit sur une personne pour se moquer, c’est vraiment super méchant. Si ça avait continué, je pense que j’aurais perdu le peu de confiance en moi que j’avais, et c’est ce qui m’a le plus marqué. Parfois, je me demande si ces personnes ont changé et si elles sont devenues plus matures.

Acheter des marques, attendre les soldes, chercher des bons plans en ligne : l’habit ne fait pas le moine mais il en dit long sur notre niveau de vie. Antonin et Marcus ne sont pas les plus aisés de leur quartier alors, quand vient le moment du shopping, il faut compter ce qu’on a dans le porte-monnaie.

Le harcèlement scolaire peut détruire certaines personnes, même si pour ma part, ça n’a pas été jusque-là. Pour moi, la marque importe peu. Le plus important, c’est de subvenir à nos besoins, pas à nos envies.

 

Didi, 14 ans, collégienne, Bobigny

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1 réaction

  1. Bravo Didi. Tu es intelligente et tu comprends à quel point le harcèlement de ces garçons est immature.
    Eux aussi sont victimes du harcèlement de la consommation des marques!
    Il faut juste avoir de bonnes godasses pour marcher et avancer dans la vie. Dans tous les sens du terme.
    Genevieve Lefebvre

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