Jamais tranquille !
Je suis Espagnole et Marocaine. Je suis née en Espagne et je suis venue en France à l’âge de huit ans.
Quand j’habitais encore en Espagne, on me surnommait la fille de la « mora ». « Mora », c’est un mot utilisé par les racistes pour viser un arabe, un peu comme le n-word en France. Il suffisait juste d’une embrouille pour me faire comprendre que j’étais pas à ma place, ou pas assez européenne pour eux.
Lorsque je suis partie en France, j’ai subi ce que j’ai surnommé « le harcèlement de l’immigrant ». J’étais la « blédarde », on me collait plein de clichés : mon accent devenait un critère, on fantasmait mon origine, ma langue paraissait plus excitante ou exotique aux gros porcs… Et j’en passe.
À l’école, j’étais la fille dont on se moquait parce qu’elle ne parlait pas, qui s’emmêlait avec les mots, qu’on laissait à l’écart. Pour créer des liens, il fallait que la parole suive. Pendant une embrouille, un « retourne dans ton pays » pouvait retentir.
Mais en vrai, j’ai jamais compris où était ce fameux pays. C’est quoi mon pays, du coup ?
On me rejette un peu partout dans chacune de mes racines !
Parce que même si on me traite mal en Espagne et en France pour être l’enfant d’une arabe, certains membres de cette même communauté me font aussi croire que je ne suis pas légitime de faire partie des leurs.
Ma mère est traitée comme une « vendue »
Je suis issue d’un métissage : mon père est blanc et ma mère arabe, et quand c’est la femme qui se marie avec un homme qui n’est pas de sa communauté, elle est traitée comme une « vendue ».
Je ne peux pas me sentir arabe, parce que mon père ne l’est pas. J’ai beau parler la langue, partir au Maroc, suivre toutes les traditions et la religion du pays, je ne serai jamais assez « arabe » pour eux.
Où que je sois, quoi que je fasse, je ne suis jamais tranquille. Il y a toujours quelqu’un pour me coller un cliché.
Par Nicole, 19 ans, en formation, Soisy-sur-Seine
Crédit Pexels
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