Clémentine D. 27/05/2026

Kanak et fière de l’être

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Clémentine est souvent la cible de réflexions insinuant qu'elle n'est pas une "vraie" Kanak. Deux ans après les révoltes populaires à Nouméa, elle le réaffirme : elle est bien kanak, et fière de l'être !

Un pied dedans, un pied dehors, c’est un peu mon histoire.

Je suis kanak. Pourtant, cette identité, je l’ai souvent interrogée au cours de ma vie.

Mes deux parents sont originaire des îles et sont tous les deux kanak. Ma mère est originaire de Maré et d’Ouvéa, mon père vient de Lifou et du nord de Koné. Ce qui fait de moi une « fille des îles ».

Toute ma vie, j’ai vécu dans des quartiers « chauds » : ma mère, ma grand-mère, ont toujours habité ces endroits reculés du grand Nouméa que l’on ne présente jamais aux touristes. Nos moyens financiers n’ont jamais permis de partir en grandes vacances ou d’acheter plusieurs vêtements de marque.

Pourtant, j’ai fait ma scolarité dans les établissements privilégiés de l’île. J’ai évolué dans un lycée qui a un parking réservé pour les voiturettes des élèves, tellement ces élèves et leurs parents ont de moyens. Je suis allée jusqu’à Verdun en voyage scolaire et j’ai ensuite intégré « le » Lapérouse – notre Sorbonne locale !

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours entendu cette phrase, qui me hante presque : « Tu parles bien pour une kanak. » Une phrase d’enseignants, de copains ou de copines, qui se voulait douce pour me complimenter, mais que j’ai toujours trouvée sale et implicite. Elle creusait la distance entre les autres Mélanésiens et moi.

À ce moment-là, en tant qu’adolescente, il m’était difficile de trouver une place.

Je me sentais doublement en marge : de ceux qui peuplaient ce lycée où j’étais une curiosité, et du groupe auquel j’étais censée appartenir. D’un côté, cette phrase répétitive : « Tu parles bien pour une Kanak », et de l’autre, sa réplique symétrique : « Tu fais trop comme les Blancs ».

Je ne suis pas une demie kanak

Pourtant, ce n’est pas une volonté de coller au monde blanc qui m’a éloignée de mes racines, mais des problèmes de famille.

Même si mes quelques amies kanak avaient cette phrase en bouche, elles n’ont jamais été méchantes ou hostiles avec moi. Certaines s’évertuaient à faire le boulot de mes parents, et à m’apprendre les mœurs et les langues de chez moi. J’enviais leur savoir et leur maîtrise de notre culture.

Mais en classe, c’est elles qu’on blâmait de ne pas bien parler français. On ne les félicitait jamais de pouvoir parler deux langues, voire trois, comme on félicite quelqu’un qui parle anglais.

Pourtant je n’aspire pas à être une demie kanak.

Qu’est-ce qui me différencie des autres Kanak ? Pourquoi je ne me fais pas contrôler quand mon copain se fait arrêter tout le temps ? Pourquoi mes cousins se font suivre dès qu’ils entrent dans un magasin, alors que moi je ne suis jamais suspectée de rien ? Pourquoi est-ce que c’est avec moi que les gens se permettent d’être « légèrement » racistes ?

C’est bien que je ne dois pas bien correspondre à ce que l’on attend du stéréotype d’une Kanak. Je dois affronter le dilemme d’une métisse alors que je ne le suis pas.

En mai 2024, mon quartier de Kaméré était en feu. Ça faisait bizarre de se trouver dans le chaos. L’ex-Super U était éventré et chacun venait s’y servir pour se ravitailler. Moi, je regardais avec le sourire les petites mamies qui avaient poussé leurs caddies jusqu’ici.

Ma mère nous avait interdit de participer aux révoltes, mais je me sentais solidaire. Je suis kanak, et fière de l’être.

Clémentine, 21 ans, en formation, Nouméa

Crédit Hans Lucas // © Théo Rouby

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