La revanche dans la paume d’une main
L’année dernière, il m’est arrivé quelque chose d’incroyable. Non pas le mariage d’un cousin, ni la naissance d’un neveu, mais bien l’arrivée d’un téléphone dans ma vie.
Je faisais partie des derniers à ne pas en avoir : il était temps, j’ai envie de vous dire. Après une bonne centaine de moqueries à mon égard, j’allais enfin avoir un portable ! À ce moment-là, c’était une revanche sur la vie, j’allais surprendre tous mes détracteurs.
Car avant d’avoir ce smartphone, j’avais déjà eu deux téléphones. Mais alors, vous allez me dire : « Sohel… tu nous avais dit que c’était ton premier téléphone… » Certes, mais je ne suis pas sûr que vous compreniez ce que j’entends par « téléphone » : j’ai eu de ma cinquième à ma troisième un téléphone à touches. Eh oui. J’avais un Nokia 3310. Lorsque mon téléphone était allumé, une alarme s’activait toutes les cinq minutes, et je n’arrivais jamais à l’éteindre. La solution était d’enlever la batterie pendant les cours, et de la remettre à la cantine et à la fin des cours.
Sauf qu’un jour, un terrible accident a eu lieu. Comme à mon habitude, j’avais mis la batterie dans la petite poche de mon sac, mais rapidement, je me suis rendu compte d’un problème : ma batterie, coupée en deux. J’ai décidé de la recoller et de la remettre dans mon téléphone, quand soudain ! il y a eu une étincelle, une explosion ! J’ai été moqué tout le reste de la journée par mes camarades. Ce jour-là, mon téléphone a fini sa vie en fumée, tout comme ma dignité.
Alors quand est venue ma première journée au collège avec un téléphone, j’ai enfin pu prendre ma revanche sur le monde. Je vous raconte.
Comme Napoléon après Austerlitz
Mon nouveau téléphone en poche, j’arrive devant le collège. L’air frais me frappe, mais c’est l’excitation qui me fait trembler. Je me sens comme un empereur, Napoléon après Austerlitz : la bataille a été gagnée, je vais pouvoir me vanter. Je traverse la cour, un léger sourire en coin. Les regards se tournent, les conversations s’arrêtent. Je rentre dans l’établissement, je traverse la cour, et je croise une des mes camarades – qui fait partie de mes plus grosses détractrices. Elle ricane à mon passage : « Hihi, Sohel, sors ton téléphone, sors ton téléphone ! »
Sans un mot, je plonge la main dans ma poche. D’un geste rapide, je dégaine mon iPhone 13 Pro Max, plus vite que Lucky Luke. Son rire se fige. Le silence s’installe. Et je monte les escaliers lentement, savourant chaque pas, comme un prince.
La vengeance a un goût sucré et ce jour-là, c’est moi qui suis roi. Chaque reflet de l’écran est une couronne sur ma tête. Les moqueries d’hier se changent en admiration muette. Je ne marche plus, je plane. Je suis le phénix revenu des cendres de mon Nokia. Et pendant un instant, je me dis que la victoire, parfois, tient dans la paume d’une main.
Par Sohel, 15 ans, lycéen, Paris
Crédit Unsplash
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