Mon rêve ? Sortir seule
J’aimerais avoir le droit de faire des soirées pyjama chez mes copines. J’aimerais aller au centre commercial des 3 Fontaines sans mes parents. Juste avec des copines, ce serait une vraie sortie. J’aimerais avoir le droit de partir en voyage avec le collège : le voyage au Mont Saint-Michel de la primaire, je n’ai pas pu y aller.
Mes parents me répètent tout le temps que le monde est devenu dangereux. Ils ne veulent pas que je sorte ou que je fasse des activités avec mes copines, mon grand frère, mes grandes sœurs ou mes cousines s’ils ne sont pas là.
Bien sûr, il y a quelques exceptions, mais elles sont rares. Vendredi dernier par exemple, j’ai eu le droit de manger à Pontoise pour aller à un concours. C’est tellement rare, ces autorisations, que je m’en souviens à chaque fois.
À chaque fois que des amis me proposent de faire une sortie, je leur dis « non, je ne peux pas, mes parents ne veulent pas ». Souvent, ça m’énerve. J’essaye de comprendre mes parents et d’en parler avec eux. Ça fait des longues discussions. Et, à chaque fois, ça ne sert à rien. Je sais que je ne peux pas forcer, ils ne vont pas changer d’avis.
Même mes tantes acceptent que mes cousins sortent !
Parfois, je désobéis
Comme je ne peux pas voir mes copines en dehors de l’école, j’ai l’impression de louper quelque chose. L’année dernière, ma classe a fait un goûter. Je n’ai même pas pris la peine de leur demander si je pouvais y aller, je savais qu’ils diraient non. Les gens de ma classe envoyaient des photos et des vidéos du goûter sur le groupe Snapchat de la classe. J’étais triste et déçue. Je me disais « un jour, peut-être… »
Quand il était au collège, mon frère pouvait sortir avec ses amis. Mais pour ma sœur et moi, c’est pas la même : on est des filles. Quand mes parents m’expliquent leurs inquiétudes, je leur réponds que je sais que la vie est dangereuse et que je peux faire attention. Mais ils me disent quand même « non ».
Ils pourraient me faire confiance plus souvent. Je ne dis pas que faire des sorties avec eux c’est pas bien, au contraire ! j’aime bien, c’est amusant. Mais avec les potes, c’est pas pareil !
Alors parfois, je désobéis.
Je suis déjà sortie sans leur demander. Une fois, j’avais un trou de deux heures de cours. Au lieu d’aller en permanence, j’ai accompagné mes amies qui sortaient. On est parties au Leclerc acheter de la nourriture, puis on est allées au parc. C’était la liberté !
À notre retour au collège, je me suis sentie coupable. Je me disais que ce n’était pas bien.
Ma sœur m’a vue. Comme elle a vécu la même chose et qu’elle est déjà sortie sans prévenir mes parents, elle ne m’a pas poucave. Donc ils n’ont rien su. S’ils apprennent que je suis sortie sans leur dire, ils vont être déçus de moi. J’ai pas envie qu’ils n’aient plus confiance en moi.
Marcher au hasard
Tout ce que j’espère aujourd’hui, c’est que le stage de troisième va les obliger à me laisser un peu de liberté. Il faudra bien que j’aille dans l’entreprise .
En tout cas, je sais déjà que le premier jour où je pourrai sortir sans mes parents, je resterai juste dehors avec mes copines en marchant au hasard.
Juste pour le plaisir d’aller quelque part, même si je ne sais pas encore où.
Par Elena, 14 ans, collégienne, Pontoise
Crédit Unsplash
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