Un compagnon toxique
Mon téléphone, c’est mon compagnon de vie.
Il est beau, tout clean avec un joli fond d’écran de surfeurs au coucher du soleil. C’est moi qui ai pris la photo. Et ma coque est transparente et rose. Je la trouve belle. Je l’ai tout le temps avec moi : aux toilettes, dans la douche, dans mon lit, quand je cuisine, quand je me repose, quand je mange. Il connaît tous mes secrets. Plus je reste avec lui, plus je m’y attache.
C’est un tout petit objet auquel je me suis tellement attachée que je m’ennuie quand je ne l’ai pas avec moi. Même quand je révise, je le laisse à côté, juste au cas où.
Je suis prise dans un cercle vicieux. Il me fait perdre des heures sans que je m’en rende compte, comme s’il cherchait à m’isoler des autres. Ça m’est arrivé de préférer rester avec mon téléphone pour regarder une série ou scroller plutôt que de sortir.
Il peut aussi décider quand je mange, quand je bosse, quand je dors, quand je m’ennuie. Quand je regarde un film, j’attends qu’il finisse avant de manger. Comme un mec toxique qui chercherait à t’enfermer dans une routine, et à ce que tout tourne autour de lui.
Mon téléphone contient tous mes souvenirs. J’ai l’impression que je dois toujours l’avoir avec moi et que c’est lui qui me représente. Il y a toute ma vie dedans : mes discussions, mes photos… Si je le perdais ou si on me le volait, ce serait un drame. J’en pleurerais.
Je vis ma vie à travers mon téléphone
Quand j’essaie de m’en détacher, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. J’ai déjà perdu mon téléphone pendant deux semaines, j’ai senti comme un vide. Je m’ennuyais, il me manquait tant. Comme dans une rupture.
Je sais très bien que ce n’est pas bien. Mais quand je crois être sortie de cette boucle et que mon temps d’écran devient inférieur à trois heures par jour, je finis par rechuter.
Alors je vis ma vie à travers mon téléphone, les yeux scotchés à l’écran. J’ai beau vouloir faire ce que je veux, je peux rester dans ce déni confortable ou en sortir inconfortablement.
En fait, mon téléphone est un pervers narcissique. Lui et moi on a une relation toxique. Comme avec un mec bien relou…
Lou, 16 ans, lycéenne, Paris
Crédit Pexels
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