Lola K. 27/04/2022

4/5 En fait, il habitait juste à côté

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Son père est parti quand Lola est née. Douze ans plus tard, elle l’a retrouvé par hasard. Il vit juste à côté.

Je n’ai jamais vécu avec mon père. Il est parti à mes 3 mois, donc je n’ai pas eu le temps d’être bien consciente pour pouvoir le connaître. J’ai eu l’occasion de le voir pour la première fois par hasard chez une amie. J’étais encore au collège, je devais avoir environ 12-13 ans. Son père connaissait le mien, et il l’avait invité à manger.

En descendant les escaliers pour dire bonjour aux fameux invités, je l’ai vu et je l’ai reconnu tout de suite, car j’avais quand même pu voir des photos de lui. J’étais un peu sous le choc et perturbée. Je ne savais pas trop quoi faire : c’est mon père, mais ça reste quand même un inconnu. Je lui ai juste dit bonjour.

Son numéro, puis plus rien

Quand il m’a vue, j’ai vu que lui aussi était choqué : comme moi, il ne s’attendait pas à ce que je sois ici en même temps que lui. Je ne sais pas comment il a fait pour me reconnaître, il devait sûrement avoir vu des photos de moi mais d’où, je n’en ai aucune idée.

Dans la journée, on s’est parlés mais j’étais un peu distante, car j’étais timide. Puis, je ne m’étais pas préparée à le voir comme ça. Je ne me rappelle pas très bien des discussions qu’on a eues, mais je sais qu’on n’a pas parlé de nos vies. Avant que je parte, on s’est échangés nos numéros, puis plus rien. Il ne m’a pas recontactée.

La semaine après l’avoir vu, j’ai attendu qu’il me contacte. J’étais confuse : c’est lui qui m’avait donné son numéro. Mais ça ne m’a pas plus attristée que ça, étant donné que je ne l’ai jamais connu. Je me suis dit que s’il voulait vraiment me recontacter, il n’aurait pas attendu aussi longtemps.

J’attendais plus de sa part

En 2020, pendant le confinement, j’ai décidé de demander à ma demi-sœur le numéro de mon père, car je ne l’avais plus, pour essayer de le recontacter. Je connais ma demi-sœur depuis mes 8 ans environ, on s’était déjà vues au centre aéré, on restait beaucoup ensemble, mais on avait perdu contact entre-temps.

Je ne m’y attendais pas, mais il m’a répondu positivement. On a bien parlé pendant deux semaines. Il m’a dit qu’il voulait bien qu’on se voit à la fin du confinement, puis, du jour au lendemain, plus rien. On a arrêté de se parler, encore une fois.

Pour le peu de fois où je l’ai contacté, c’est vrai que j’attendais un peu plus d’investissement de sa part, comme par exemple qu’il propose qu’on se voit. Mais c’est une chose qui n’a pas abouti.

Demande d’ami sur Facebook

Et là, le 29 mars 2022, il m’a demandé en ami sur Facebook. Je l’ai accepté et, pour l’instant, il n’a pas l’air de vouloir me contacter ou quoi, donc j’attends.

Alors que quand je lui avais envoyé des messages, il n’avait pourtant pas l’air contre le fait de me parler. Au contraire, il était très ouvert à la discussion, donc je ne comprends pas vraiment ce qu’il veut. Il m’ajoute : je pensais qu’il voulait reprendre contact mais je vois que, pour l’instant, je me suis trompée, donc je suis vraiment confuse.

Je ne lui en veux pas. Je sais que je serai totalement capable de commencer une relation père/fille avec lui s’il m’en donnait l’occasion. Mais j’essaie d’y croire encore : qu’un jour, il reviendra peut-être. Même si, dans le fond, je ne pense pas.

Avec ma mère, on a déjà parlé de pourquoi il était parti. Il n’y avait pas vraiment de raison particulière. Elle est un peu fermée sur le sujet, donc on n’a pas eu de vraie discussion sérieuse là-dessus. C’est vrai qu’en parler avec elle pourrait m’aider un peu, pour qu’elle me donne aussi des conseils.

Lui seul peut me dire pourquoi

Ma mère n’a pas toujours été seule pour m’élever. Ma mamie aussi s’occupait de moi, et toujours aujourd’hui. Et mon tonton a un peu joué le rôle de mon père pendant une partie de ma vie. Il venait à la maison, il venait me chercher de temps en temps à l’école. Pendant les activités pour la fête des pères, à l’école, je faisais des choses pour lui donner, je le considérais vraiment comme mon père.

Série 5/5 – Lucas a grandi avec un père derrière les barreaux. Malgré les obstacles et contre l’avis de sa mère, il a réussi à garder le contact.

Capture d'écran d'un autre article, illustration avec un homme qui enlace son fils a coté de chaises au premier plan; il y a des mains qui se tienne

Mais il a eu un premier enfant et, à partir de ce moment-là, on s’est beaucoup éloignés. Aujourd’hui, il a trois enfants. On se voit toujours car on fait des repas de temps en temps avec ma famille, mais on n’est plus proches comme avant. Limite, on ne se calcule pas, alors que j’aimerais bien qu’on retrouve notre complicité d’avant. J’ai eu l’impression d’être abandonnée, encore une fois.

Si j’avais des questions à poser à mon père, je pense que je lui demanderais juste pourquoi il est parti. Et je voudrais savoir où il habite exactement aussi. Il doit sûrement habiter dans une ville aux alentours de chez moi, il connait des personnes de mon entourage, mais ce n’est pas pour autant qu’il veut me parler.

Lola, 18 ans, étudiante, Paris

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

Pousser sans tuteur

Sans repères

De Sniper à JoeyStarr en passant par Guizmo, les rappeurs ont été nombreux à évoquer le sujet du père déserteur. Une situation qui touche autant les femmes que les hommes. Dans l’émission Woman Talk That Talk, Emma témoigne de l’impact qu’a eu l’absence de son père sur sa vie.

Des foyers souvent pauvres

Les familles monoparentales, c’est une famille sur quatre en France. 19 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté, soit 1,3 million de personnes. Dans ces conditions, la débrouille, le soutien de l’entourage et le système de protection sociale jouent un rôle capital.

Passer outre les barreaux pour garder le lien

Visiter un·e proche au parloir est une épreuve. Les enfants sont plus de 95 000 à compter un parent derrière les barreaux, le plus souvent le père. À Marseille, l’AFP s’est rendue aux Baumettes, à la rencontre de ces familles disloquées par la prison.

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