Louis S. 27/10/2021

1/4 « On vous recontactera… »

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Le TDAH (trouble de l’attention avec hyperactivité), personne ou presque ne connaît. Louis peine donc à se faire embaucher, malgré ses démarches. Les employeurs, ça leur fait peur.

80 % des handicaps connus sont invisibles, et les employeurs ne les connaissent pas tous, loin de là. Le mien, le TDAH, personne ne le connaît. Alors, quand je l’ai évoqué lors d’un entretien d’embauche, j’ai senti que j’avais jeté un froid.

J’ai 28 ans, je vis à Paris depuis quelques années et je recherche un emploi. Je suis atteint d’un trouble de l’attention avec hyperactivité (TDAH), ce qui me ralentit sérieusement dans ma vie professionnelle. Ce trouble neurologique, qui se manifeste chez les enfants, persiste à l’âge adulte. Il se traduit par des problèmes d’attention, d’hyperactivité, et d’impulsivité. Dans mon cas, j’ai toujours eu du mal à porter une attention soutenue à quelque chose. Sauf quand elle me passionne.

Cela donne l’impression aux non avertis que je n’en fais qu’à ma tête. J’ai appris plus tard que cela s’appelait l’hyperfocus. L’information n’est pas traitée de la même manière par le cerveau d’une personne TDAH que par celui des autres. À l’école, par exemple, je rêvais souvent et je me perdais dans mes pensées. Je suis toujours en mouvement : je peux être assis sur une chaise, très calmement et remuer les jambes, et je possède aussi toute une collection de tics nerveux. Je peux me tordre les doigts ou me toucher les sourcils souvent.

Ballotté de structures en structures, j’étais comme coincé en mer

J’ai été suivi par plusieurs structures d’accompagnement à l’embauche : une mission locale, Pôle emploi, Cap emploi, la MDPH (maison départementale des personnes handicapées). Se retrouver dans tout ça, c’est comme être coincé en mer au milieu d’une tempête. Une chance pour moi que j’ai réussi à retrouver mon cap.

Une conseillère Pôle emploi m’a dirigée vers Cap emploi en me disant que ce serait plus adapté pour moi. Une impression confirmée la première fois que j’y suis allé. Elle m’avait dit : « Là-bas, les conseillers sont formés pour accompagner les personnes en situation de handicap. » La réunion d’information m’a rassuré. Le référent connaissait mon trouble, ce qui est rare.

Le trouble n’a été découvert que dans les années 80 aux États-Unis et exporté dans les années 90 en Europe. Peu de gens sont formés à diagnostiquer et gérer le TDAH. Moi, par exemple, j’ai été diagnostiqué à 24 ans, quand j’étais à l’université. Si on avait découvert mon trouble plus tôt (quand j’étais enfant), j’aurais pu avoir une scolarité adaptée et mieux su gérer mon trouble au quotidien. Depuis que le diagnostic est tombé, j’ai l’impression de voir le bout du tunnel.

Quand j’ai parlé de mon trouble, j’ai senti que j’avais jeté un froid

Une fois à Cap emploi, il fallait chercher un travail. Sauf que j’ai toujours eu du mal à trouver des domaines qui m’intéressaient. J’avais bien quelques idées, comme le tourisme. J’avais l’habitude de faire des visites guidées dans une maison familiale. Suite à un bilan de compétences, certaines pistes ont émergé et on m’a proposé de postuler dans plusieurs bibliothèques.

Là, je me suis heurté à la méconnaissance des employeurs. La première fois, l’entretien était très court, il a duré environ deux minutes (à vue de nez). Quand j’ai parlé de mon trouble, j’ai senti que j’avais jeté un froid. Ils m’ont dit « on vous recontactera »… et ne l’ont jamais fait.

La deuxième fois, ça semblait mieux parti… Ils ont finalement préféré quelqu’un d’autre, je n’ai jamais su pourquoi. Cette situation s’est répétée plusieurs fois par la suite.

Peu de structures d’aide, avec un manque d’organisation

J’ai aussi eu l’occasion de constater le peu de structures consacrées à l’accès à l’emploi des gens en situation de handicap et leur manque d’organisation. Par exemple, il n’y a qu’une seule MDPH par département. C’est pourtant là que je trouve des renseignements sur mes droits et les aménagements de poste. Sinon, je me débrouille avec internet… Et dans d’autres structures, j’ai parfois du mal à comprendre le langage des gens à qui je m’adresse quand je recherche des infos. J’ai souvent entendu des termes techniques, dont je comprends un pourcentage assez réduit.

Série 2/4 – Lilia prendrait n’importe quel boulot, si on lui laissait sa chance ! Les employeurs lui disent de postuler ailleurs… dès qu’ils découvrent son épilepsie.

Sur la droite de l'image, une jeune fille écroulée sur son bureau, comme épuisée, on voit juste ses cheveux, son front et ses mains. Sur la gauche, le haut d'une silhouette nue, de dos, la personne se tient la nuque et le bras, des feuilles volent derrière elle.

Je ne sais toujours pas s’il faut que je parle de mon handicap à la signature du contrat ou d’emblée pendant l’entretien d’embauche. En tous cas, je suis toujours déterminé à travailler. J’ai conscience de ma différence, mais je ne perds pas espoir qu’un jour un employeur me donnera ma chance.

Louis, 28 ans, en recherche d’emploi, Paris

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

 

Handicap et recherche d’emploi

Un taux de chômage deux fois plus élevé

Le nombre de chômeurs chez les personnes en situation de handicap est deux fois plus élevé que chez les personnes valides : 14% en 2020, contre 8% pour le reste de la population active.

 

Une recherche d’emploi deux fois plus longue

Les jeunes en situation de handicap restent beaucoup plus longtemps au chômage que la moyenne de la population, puisqu’ils et elles mettent près de 8 mois à trouver un travail, contre 4 mois pour le reste des jeunes.

 

Plus d’un tiers cachent leur handicap

Par peur d’être discriminé·e·s par un employeur, 39% des jeunes en situation de handicap ne l’indiquent pas sur leur CV. D’un point de vue légal, rien n’oblige une personne en situation de handicap à le mentionner, que ce soit dans son CV, sa lettre de motivation ou pendant l’entretien d’embauche.

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