Arthur C. 31/01/2022

2/2 J’ai arrêté de dire « sale PD » après le coming-out de mon frère

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En quatrième, la moitié de la classe d’Alice l'a harcelée parce qu'elle est bisexuelle. Arthur, lui, a arrêté de dire des insultes homophobes et a pris conscience de sa propre homophobie quand son frère a fait son coming-out bi.

Dans ma famille, on est six. L’un de nous a une orientation amoureuse différente. Cette personne, c’est mon frère. J’ai toujours cru qu’un garçon devait être amoureux du sexe opposé. Mais mon frère est bisexuel.

Un jour, je rentre chez moi après les cours. Comme d’habitude. Je vais voir ma mère pour lui raconter ma journée. Comme d’habitude. Elle est dans la cuisine avec mon beau-père. Ils boivent un coup. Je les salue, puis je vais dans ma chambre pour jouer tranquillement à la Play. Comme d’habitude. Il doit être 18 heures quand j’entends mon frère parler tout bas avec ma mère. Ça attise ma curiosité, je m’approche pour écouter à la porte.

Sa voix est très calme, posée. Il vient d’annoncer à ma mère qu’il est bi. Il y a un grand blanc. Je crois que ma mère est sous le choc. Aucun mot ne sort de sa bouche pendant plusieurs minutes. Moi aussi, je suis choqué, je ne sais pas où me mettre. Personne ne s’y attendait.

La peur du regard des gens

Dans ma tête, il s’est passé beaucoup de choses ce jour-là. J’ai tout de suite pensé au regard et à la réaction des gens. Je craignais que mon frère se fasse harceler. J’avais entendu que des personnes s’étaient suicidées parce qu’elles avaient été rejetées. Puis, j’avoue, j’avais aussi peur que mes amis ne me parlent plus et me rejettent à cause de ça.

Moi, je n’ai pas accepté tout de suite la bisexualité de mon frère. Ça m’a fait un peu peur, j’avais l’impression qu’il allait devenir un inconnu pour moi, que je n’aurais plus de complicité avec lui. Déjà qu’on n’en avait pas beaucoup. J’avais peur qu’on ne se ressemble plus, qu’on ne se comprenne plus.

La réaction de ma mère a été totalement différente de la mienne : elle l’a rassuré et l’a soutenu. Mes parents assument le fait que leur fils soit bisexuel, ce n’est pas du tout tabou. Perso, je préfère ne pas en parler en dehors de mon cercle familial. Je pense que la sexualité de mon frère ne regarde que lui.

J’ai arrêté avec les insultes homophobes

Quand mon frère a fait son annonce, j’avais 14 ans et lui 17. Je n’arrivais pas à imaginer un garçon avec un garçon, pour moi ça n’était pas du tout « normal ». Ça me choquait même. Puis, avant, j’avais des préjugés sur la bisexualité et l’homosexualité. Pour faire comme les copains, je disais des trucs du genre « sale PD », mais sans le penser évidemment. Depuis l’annonce de mon frère, j’ai naturellement arrêté de dire des insultes homophobes, même pour rire. Mon avis a changé sur le sujet. Le monde a évolué aussi, on accepte plus facilement les communautés LGBT, et c’est tant mieux.

La bisexualité de mon frère n’a pas totalement changé nos rapports. On s’entend bien et parfois on se dispute, comme des frères. On n’a jamais vraiment parlé du sujet juste tous les deux. Je ne dois pas le rejeter ou je ne sais quoi car c’est mon grand frère, quoi qu’il arrive.

Dépasser les tabous et changer les mentalités

J’ai remarqué qu’il a changé depuis son coming-out : il évoque sans tabou ses relations amoureuses avec les hommes quand on est à table, tous ensemble en famille. Il raconte ses rencontres, ses déceptions, ses coups de cœur. Un jour, il a sorti cette phrase : « Je veux changer les mentalités de la génération de maintenant. » Ça m’a marqué.

Maintenant, quand j’entends des insultes homophobes dans la classe ou dans mon groupe d’amis, ça me fait un truc, comme un petit pincement au cœur. Je ne réagis pas, ça ne sert à rien de répondre aux idiots.

Arthur, 15 ans, lycéen, Lille

Crédit photo Hans Lucas // © Arnaud Le Vu

 

Faire son coming-out

Aller chercher du soutien

Selon les familles et les entourages, assumer son orientation sexuelle est plus ou moins une épreuve, comme le racontait la série documentaire de France.tv Slash, Son Coming-Out. Pour soutenir celles et ceux qui en ont besoin, l’association SOS Homophobie tient une ligne d’écoute anonyme, par téléphone (01 48 06 42 41) ou par discussion instantanée.

Vers plus de visibilité dans la musique…

Pour encourager les jeunes générations et faire évoluer les mentalités, quelques stars annoncent publiquement être queer. Après une adolescence passée à prier pour que son attirance pour les hommes ne soit qu’une phase, l’interprète d’Old Time Road, Lil Nas X, assume fièrement son homosexualité dans ses clips et ses textes.

… et dans le sport
Dans le monde du football professionnel masculin, où règne toujours la culture d’une certaine virilité, les joueurs sont encore rares à faire leur coming-out. En octobre 2021, Josh Cavallo, 21 ans, est devenu le premier joueur du championnat australien à déclarer publiquement son homosexualité. Pour lui, il s’agissait de « montrer à d’autres que s’identifier comme LGBTQ+ peut être bien accueilli dans la communauté du football ».

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