Arsan F. 23/06/2022

1/2 Mon objectif : égaler un jour les Parisiens

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Originaires de quartiers populaires, Arsan et Mariame ont décidé de faire mentir les statistiques en accédant aux études de leurs rêves. Arsan voit les maths comme une compétition, et il est bien décidé à ne pas se laisser faire. Mariame lutte pour prendre confiance en elle et intégrer une école de commerce, malgré les prix exorbitants des prépas.

J’ai été accepté au stage « Olympic’ Maths », dans le 5e arrondissement de Paris. C’est le jour où j’ai appris la différence de niveau entre un élève de lycée parisien et un élève de banlieue.

J’étais en terminale quand mon professeur nous a parlé de ce stage de maths. J’ai donc postulé avec une lettre de motivation et j’ai été pris. Nous étions dans un petit amphithéâtre à l’entrée de l’établissement, c’était très impressionnant. Il y avait plein de conférences chaque semaine, avec des gens du monde entier. L’ambiance était centrée sur la passion des mathématiques. Ce stage consistait à résoudre un maximum de problèmes olympiques et nous étions encadrés par deux élèves de l’X polytechnique, la meilleure école d’ingénieurs de France.

Seulement cinq originaires de banlieue

J’étais avec un ami. Dans notre amphithéâtre, j’étais au milieu de vingt élèves, de la seconde à la terminale. Nous nous sommes tous présentés et ça se voyait qu’on était que cinq de banlieue. Leur vocabulaire était comme le mien, de « banlieue » avec des mots de base comme… « de base ». Ça ne se dit pas à Paris. Mais aussi, ça se voyait par rapport à notre couleur de peau.

La journée était divisée en deux. La matinée, c’était leçons et, l’après-midi, nous devions résoudre les problèmes olympiques affichés sur le tableau. Vingt problèmes au total. La première matinée, on nous a demandé qui connaissait le « théorème des chaussettes ». J’ai cru que c’était une blague, mais non : presque tous les Parisiens ont levé la main, mais pas nous. J’ai regardé mon ami, surpris. On n’avait jamais entendu parler de ce théorème et pourtant on avait tous les deux un très bon niveau en maths.

Une différence d’ambitions

Les après-midis du stage, nous étions avec un élève parisien de seconde pour résoudre ces problèmes. Et, malgré son âge, il était clairement plus fort que nous. Alors qu’on était en terminale ! Lui, comme tous les Parisiens de ce stage, connaissait notre programme. Il était très rapide et trouvait facilement les réponses. J’étais étonné, amusé et surpris. Je ne savais pas qu’il y avait un tel niveau à Paris.

Puis, nous n’avions pas les mêmes ambitions. Des élèves sont venus pour le stage uniquement car ils visaient l’X, donc pour parler avec les deux étudiants de là-bas. Alors que moi, j’étais juste là pour apprendre quelques méthodes et pour améliorer mon dossier post-bac…

Depuis ce stage, motivé comme jamais, avec une envie de me surpasser, je vise un parcours plus ambitieux. D’abord pour rattraper mon retard, et avec comme but d’égaler, un jour, les Parisiens.

Arsan, 18 ans, lycéen, Le Bourget

Crédit photo Pexels // CC Yan Krukov

 

Le déterminisme, c’est quoi ?

Le déterminisme part du principe qu’une personne est définie par le milieu socio-économique dans lequel elle a grandi. Elle n’aurait pas le choix sur ce qu’elle fera et sera dans la vie.

Changer de classe sociale, un exploit

En France, il faut six générations pour que les descendant·es de quelqu’un en bas de l’échelle des salaires atteignent le revenu moyen. Il n’y a que la Hongrie qui fait pire que nous, parmi les pays dits « développés ».

Ça commence à l’école

L’école renforce les inégalités : elle a tendance à transmettre les codes des classes dominantes. Tous et toutes les élèves sont traité·es de la même manière, alors qu’elles et ils n’ont pas la même culture familiale, les mêmes moyens, ni des parents avec le même niveau de formation.

Ça continue pendant les études

En 2017, le taux de réussite au bac des candidat·es issu·es de l’immigration était de 85 %, contre 91 % pour les autres. Les élèves dont les parents ne sont pas diplômé·es sont 84 % en filière pro, contre 50 % en générale.

Des inégalités qui se retrouvent dans l’accès à l’emploi et le niveau de formation. Elles influent directement sur les conditions de vie, l’accès aux soins, et donc, sur l’espérance de vie.

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