Anaïs J. 26/05/2020

2/2 Mon frère aime les Barbies et les robes de princesse

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Maxence et le frère d'Anaïs ne se reconnaissent pas dans les modèles de masculinité normée. Ne pas s'y conformer leur a valu remarques et moqueries. Maxence a profité du confinement et de ses années lycée pour exprimer son genre à sa manière, tandis qu'Anaïs veille sur son petit frère de 10 ans pour que, lui aussi, s'épanouisse.

J’ai un petit frère de 10 ans. Depuis tout petit, il est considéré comme « différent » car il ne respecte pas forcément les règles genrées imposées par la société actuelle. Aimer le foot, jouer aux jeux vidéo, la bagarre… Son amour pour le rose, les Barbies, les princesses ou encore l’art lui fait honte. Je soutiens mon frère à 100 % jusqu’à l’acceptation de ses différences.

J’ai six ans de plus que lui et je suis toujours rentrée dans les cases en portant des jupes, des petits serre-têtes, en jouant aux poupées. Quand nous étions plus petits, nous jouions tous les deux avec mes Barbies ou mes Playmobil fées. Cela n’a jamais été dérangeant pour les membres de ma famille, car nos parents nous ont donné une éducation basée sur la tolérance et l’acceptation des différences, où une Barbie n’est pas forcément pour une fille et une voiture pour un garçon.

Mais dès que nous avons eu l’âge de regarder les dessins animés ou d’aller à l’école, nous avons très vite été obligés de comprendre les « normes ». Dans la cour, il préférait jouer à la marelle ou à la corde à sauter plutôt qu’au foot. Cela lui a valu des remarques désobligeantes de ses camarades qui le rejetaient.

Il me demandait de tenir sa Barbie pour lui

Quand il a commencé à avoir honte, vers 4 ans, je ne comprenais pas forcément. Il ne m’en parlait pas vraiment avec des mots, mais tout cela se traduisait par des comportements ou des réactions. Quand nous allions au magasin de jouets, il achetait une Barbie. Jusque-là, aucun problème. Mais il avait tellement peur du regard des autres et qu’on puisse se moquer de lui qu’il ne voulait pas la porter jusqu’à la caisse ou la voiture… Donc il me demandait de la tenir pour lui ! Au début je protestais, je voulais qu’il s’assume, puis j’ai compris qu’il n’était pas encore prêt, alors je lui portais sa Barbie.

Encore pire : pour mes 11 ans (lui en avait 4), j’avais invité mes copines. On jouait tranquillement dans ma chambre et d’un coup mon petit frère est apparu en robe de princesse. Mes copines se sont mises à rigoler et à se moquer de lui. Il l’a très mal pris et moi je l’ai défendu. Je ne comprenais pas le problème… Je leur ai demandé d’arrêter et, le soir, quand nous en avons parlé en famille, nous l’avons rassuré. Les années d’après, j’ai prévenu mes copines pour que cela ne se reproduise plus. Il est primordial qu’il se sente bien, surtout chez lui.

Il fait « genre » d’aimer le sport et les super-héros

Aujourd’hui, mon frère continue de se construire en cherchant sa personnalité, en explorant de nouveaux horizons comme le théâtre ou la musique. Même si c’est toujours compliqué, et qu’il reste des différences entre lui et ses camarades, comme son style vestimentaire ou ses goûts en matière d’activités, il a réussi à se faire des amis. Mais j’ai quand même l’impression que, devant eux, il joue un rôle.

Devant ses copains, surtout les garçons, il fait semblant d’aimer le sport, les super-héros ou encore les films violents. Avec ses amis garçons il veut paraître fort, et avec ses amies filles je sais qu’il se dispute beaucoup.

Il assume plus ce qu’il aime mais il a quand même encore du mal : il veut faire de la danse mais il n’arrive pas à franchir le pas. À la maison, avec ma mère et mon deuxième petit frère on le soutient. Je l’encourage à vaincre ses peurs et ses hontes. Pour la danse où j’essaie de le convaincre de s’inscrire. Même si je ne lui dis pas clairement, je suis très fière de lui et de sa façon d’être.

Anaïs, 17 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo Unsplash // CC  Sharon McCutcheon

Les « vrais » hommes n’existent pas

Virilité abusive 

La masculinité regroupe toutes les caractéristiques qu’on attribue culturellement aux hommes et aux garçons. La représentation de la masculinité la plus répandue est qualifiée de « toxique » car elle valorise la violence et la domination. Par exemple, on entend souvent que les hommes doivent être « forts », qu’ils ne doivent pas pleurer, et qu’ils doivent obtenir des postes de pouvoir.

On ne naît pas homme… on le devient 

Ces attentes à l’égard des hommes ne sont en vérité que des stéréotypes véhiculés socialement à travers l’éducation, la publicité, les films, les livres… Et ces représentations varient selon les cultures et les époques : pendant l’Antiquité on vantait la « virilité » des hommes, alors qu’au XVIIe siècle on valorisait leur délicatesse… Preuves que ce ne sont pas des vérités absolues et scientifiques !

Les lignes bougent

Ces dernières années, les luttes LGBTQIA+ et féministes ont participé à la déconstruction des normes de genre. De plus en plus de personnalités masculines les transgressent (Eddy de Pretto, Lil Nas X, Harry Styles…) et les questionnent, comme le vidéaste Ben Névert. Après ses vidéos « Entre mecs », il retrace son rapport à son genre dans son dernier livre « Je ne suis pas viril ».

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