Marie U. 11/02/2022

1/2 Je suis d’origine laotienne, pas chinoise

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Marie est d’origine laotienne et espagnole, Pierre est sri-lankais. Dans la bouche des passant·e·s, de leurs camarades, et même de leurs ami·e·s, leurs identités se résument souvent à « Pak-pak » ou « Chintoks ». Lorsqu’il et elle contestent ces préjugés, on leur répond souvent que cela n’a rien à voir avec du racisme. Pour Marie, la venue d'un virus depuis la Chine a amplifié le phénomène. Selon Pierre, les campagnes de sensibilisation oublient trop souvent de dénoncer le racisme méconnu qu’il subit.

Premier jour de stage, on se retrouve dans le métro avec une de mes amies. On était trop contentes de commencer ensemble notre stage de seconde dans un skateshop à Paris. Un homme rentre dans le wagon. Il se surnommait « troubadour » et chantait ses musiques sur son quotidien. Il en vient à demander de l’argent au wagon, puis à nous. Le troubadour se rapproche de nous comme s’il voulait nous faire la bise et nous dit : « Je vous fais quand même la bise malgré que vous ayez le corona », et il part en rigolant. C’était il y a deux ans, en janvier 2020, au début de la crise sanitaire.

Je suis d’origine asiatique et ça se voit. Mon amie l’est aussi, mais ça se voit beaucoup moins. Nous étions si abasourdies par ses paroles que nous étions bouche bée et sans voix. Cet homme n’avait rien dit à personne sauf à nous. Le racisme anti-asiatique est beaucoup trop banalisé. Je le vis depuis toute petite mais il a explosé depuis l’arrivée du corona, et les violences envers les Asiatiques se sont multipliées. 

Depuis le corona, ce n’est qu’une de mes expériences parmi tant d’autres. Par exemple quand j’ai pris le bus pour rentrer des cours, je me suis assise à côté d’une femme parce qu’il y avait beaucoup de monde. Elle m’a dévisagée, a remis son masque (elle ne l’avait pas au début), a repris son sac et s’est levée pour changer de place. 

Des gens que je ne connais pas m’appellent « la Chinoise »

Le racisme anti-asiatique… Déjà avant, à chaque fois que je le vivais et que je voulais faire remarquer aux gens que ce n’était pas normal, on me disait : « Mais tu dis n’importe quoi, le racisme anti-asiatique n’existe pas. » Des gens que je ne connais pas me disent « hé la Chinoise » pour me qualifier. Les personnes, pour qualifier les Asiatiques, disent « les chintoks » (je n’abuse vraiment pas, c’est la réalité) ou juste « les Chinois », alors que l’Asie ne concerne pas que la Chine. 

C’est un continent magnifique avec des cultures variées et sublimes. Par exemple, j’ai fait une soirée il y a une semaine. J’étais assise avec mes potes quand j’ai entendu une conversation où un mec disait : « Tu te rappelles de ce Chinois-là ? » Comme si c’était péjoratif. Plusieurs fois quand j’étais plus jeune, les gens tiraient leurs yeux devant moi. Et si on faisait la même chose à des personnes d’autres origines ? Ça serait bizarre, non ? Alors pourquoi se le permettre sur les Asiatiques ? D’autant plus que suis d’origine laotienne et espagnole, et non chinoise !

Il faut faire attention à ce que vous dites et sensibiliser le maximum de personnes par rapport au racisme anti-asiatique. Il ne faut pas l’invisibiliser non plus. J’espère que, dans un futur proche, les choses s’amélioreront.

Marie, 17 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Jason Leung

 

Un racisme un peu à part

Le retour d’un virus

Le racisme visant les personnes perçues commes asiatiques s’est exacerbé en 2020 avec l’arrivée du coronavirus. En réponse, le hashtag #StopAsianHate s’est répandu sur les réseaux sociaux, et des manifestations ont permis à quelques personnes de parler de ce qu’elles subissent. 

Des stéréotypes a priori « positifs »

Si le racisme anti-asiatique est aussi peu souvent reconnu comme une forme de racisme, c’est parce qu’il véhicule aussi des préjugés qui se veulent inoffensifs : « “Bons” élèves, travailleurs et discrets », relève la Commission nationale consultative des droits de l’homme dans son dernier rapport sur la lutte contre le racisme. « Ces clichés a priori positifs peuvent engendrer des conséquences négatives importantes pour les personnes, qui éprouvent des difficultés à faire reconnaître qu’elles sont victimes de racisme », notent ses auteurs et autrices. 

Figure militante

Autrice, journaliste et militante anti-raciste, Grace Ly décortique depuis plusieurs années les ressorts du racisme anti-asiatique. Son travail a donné lieu à un roman, une mini-série et un blog food. Aux côtés de Rokhaya Diallo, elle anime aussi le podcast Kiffe ta race, dans lequel elle aborde les discriminations au sens large.

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