Diane N. 26/10/2021

1/2 Une mauvaise note peut gâcher mon avenir

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Qu'elle vienne des parents ou des profs, la pression à la réussite commence très tôt. Deux collégien·ne·s, Diane et Jean, s'entendent dire au quotidien que leur avenir se joue maintenant, à 14 ans. Conséquences : Jean n'a plus une minute pour lui, entre l’œil inquisiteur de sa mère et ses nombreuses activités extrascolaires, et Diane enchaîne les crises d'angoisse.

Hier, j’ai fait une crise d’angoisse. Comme tous les jours. Ça arrive d’un coup, ça ne prévient pas. C’est comme se cogner la tête contre un placard, on ne s’y attend pas et ça fait mal. J’ai beaucoup pleuré, tremblé et eu un mal de tête affreux. Des flashback qui me reviennent en tête et qui me remémorent des souvenirs : des souvenirs heureux où l’on se dit que c’est fini, ou des souvenirs tristes qui le deviennent encore plus. Du coup, j’ai écrit, beaucoup écrit, encore et encore, ça me calme. C’est ma technique pour arrêter cet enfer.

Mes parents me demandent de mettre la barre haute

Tout ce stress, il vient d’où ? D’un peu partout. Le collège, et la pression qui vient avec. Il faut avoir des bonnes notes, ne pas en avoir ferait de nous quelqu’un d’inférieur. Rien qu’avec une mauvaise note, on a l’impression de gâcher notre avenir. Toujours faire mieux. Rien n’est jamais assez. Il en faut toujours plus, pour mes parents notamment, mais pour la société surtout. Mettre la barre la plus haute possible, pour tout, tout le temps : le travail, le sport, les amies, la vie en fait. Et ne pas l’atteindre est frustrant, bien plus frustrant que si je la baissais, cette barre. Je n’y arrive pas et je ne le veux pas, d’une certaine façon.

Mes parents m’ont toujours demandé de mettre la barre haute. Depuis toute petite, j’ai pris l’habitude de le faire moi-même. J’ai pris le relais lorsqu’ils me faisaient du mal sans s’en rendre compte : ils veulent que je réussisse à tout prix, et que je les dépasse peut-être, que je réussisse ce qu’ils n’ont pas fait, avoir la vie que je veux. Ça part d’un bon sentiment, ils m’aiment, mais ne se rendent pas compte d’à quel point ça peut avoir des répercussions sur ma vie. Ils ont peur, je crois, que ne je réussisse pas.

Je n’ai pas le contrôle sur mes pensées

Penser c’est bien, mais trop c’est trop. Et c’est ce que je fais, mais je ne le contrôle pas, malheureusement, et parfois ça prend le dessus. Je ne peux pas arrêter cet engrenage qui tourne constamment dans ma tête et qui m’empêche de décompresser. Quand j’y arrive, c’est un moment de bonheur à l’état pur. Malheureusement, cela n’arrive pas si souvent, et ça non plus je ne le contrôle pas. En fait, je n’ai pas le contrôle, ou du moins c’est mon impression, sur mon esprit et mes pensées.

Selon un récent rapport de l’Unicef, la moitié des élèves sont « angoissé·e·s de ne pas réussir dans la vie », et 76 % estiment qu’avoir des bonnes notes est important.

Un dessin représentant un enfant juché sur les épaules d'un adulte, de dos, devant le fronton d'une école. Sous l'inscription "école", l'enfant déploie une banderole disant "mais pas que !"

 

Une crise d’angoisse, c’est compliqué à expliquer. Encore pire, ça peut arriver n’importe où. La plupart du temps, c’est chez moi, et tant mieux, c’est plus simple à gérer toute seule. Il n’y a pas toujours de raison, mais il faut quand même un terrain de stress. En général, il y a des pleurs et des tremblements. Je me fige et n’arrive plus à parler et à marcher. La plupart du temps, je suis obligée de m’asseoir ou de m’allonger : si je ne m’appuie sur rien, c’est possible que je m’écroule, comme si les crises m’écrasaient.

Des cicatrices sur mes avant-bras

Pour lutter contre ça, une idée s’est développée et s’est mise à exécution, sans vraiment que je le réalise. Une idée noire qui n’aurait jamais dû m’effleurer l’esprit. Et maintenant, je me retrouve face à ces cicatrices sur mes avant-bras. Elles sont là et vont le rester un peu de temps. Cela fait aujourd’hui huit jours que je résiste, et ça peut paraître peu pour quelqu’un qui ne le comprend pas, mais je peux vous assurer qu’une petite victoire comme ça peut être une grande source de fierté. Les crises d’angoisse étaient déjà dures ; ça en plus, c’est la cerise sur le gâteau. En pensant me soulager, je n’ai fait qu’empirer la chose, sans même le réaliser. Heureusement, j’ai la chance d’avoir encore des amis qui me soutiennent, me comprennent et m’aident du mieux qu’ils le peuvent.

Pour ceux qui veulent se débarrasser de leurs crises d’angoisse, c’est un conseil bête mais efficace : trouver une chose simple que l’on peut faire n’importe où. Une chose qui soulage, et qui calme la respiration et les battements de cœur. Pour moi, c’est l’écriture, mais cela peut être la parole, la musique, se défouler sur un objet, déchirer une feuille de papier ou taper sur un coussin. Et trouver la cause profonde pour essayer de la régler, et si ce n’est pas réalisable, au moins l’identifier et essayer de l’apprivoiser pour arriver à gérer ou du moins essayer de tout atténuer. C’est dur, mais personne n’est seul dans ces moments. Il y a beaucoup de gens dans ce cas, et beaucoup de solutions, il ne faut jamais abandonner.

Je ne sais pas vraiment ce que j’attends, moins de pression peut-être… Mais ça se calme en ce moment. Ce qu’il faut que j’arrive à faire, c’est me mettre moins la pression toute seule et arriver à relativiser. Voir une psychologue, c’est prévu. Ça améliorera sûrement les choses, en espérant arriver à m’ouvrir et à tout balancer. En attendant, je fais ce que je peux, comme je peux et de mon mieux. Je survis jusqu’à ce que vivre suffise.

 

Diane, 14 ans , collégienne, Neuilly-sur-Seine

Crédit photo Unsplash // CC

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