Jean Z. 26/10/2021

2/2 Ma mère, cette caméra de surveillance

tags :

Qu'elle vienne des parents ou des profs, la pression à la réussite commence très tôt. Deux collégien·ne·s, Diane et Jean, s'entendent dire au quotidien que leur avenir se joue maintenant, à 14 ans. Conséquences : Jean n'a plus une minute pour lui, entre l’œil inquisiteur de sa mère et ses nombreuses activités extrascolaires, et Diane enchaîne les crises d'angoisse.

Il est 20 heures, je viens de faire mes devoirs. Je suis fatigué, j’ai envie de me reposer, de regarder un peu mon téléphone. Soudain, ma mère me tombe dessus, elle me demande si j’ai fini mes exercices. Je pensais enfin être tranquille… Mais elle me dit de réviser les cours que j’ai eu aujourd’hui et de regarder les leçons suivantes, pour anticiper les cours du lendemain. Je suis en troisième au collège Pasteur de Neuilly-sur-Seine et, tous les jours, mes parents me mettent la pression pour intégrer un grand lycée.

Ils sont tout le temps sur mon dos et ne cessent de me demander si j’ai reçu des notes, si j’ai bien fait mes devoirs, si j’ai fait ci, si j’ai fait ça… Je subis pas mal de pression, surtout de la part de ma mère.

Elle est obsédée par ma réussite scolaire. Elle est souvent dans ma chambre en train de me surveiller car elle sait que, dès qu’elle part, j’en profite pour envoyer des messages à mes potes, jouer un peu et lire mes mangas préférés. Ça m’agace pas mal car, après une longue journée de collège, j’ai envie d’être seul pour me reposer…

Comme si j’étais surveillé par une caméra invisible

Tous les jours, en rentrant chez moi, je dépose mes affaires et je regarde un peu mon téléphone avant d’attaquer le travail. Je pense avoir un peu de temps pour me détendre quand, soudain, ma mère arrive dans ma chambre et me demande de faire mes exercices, de réviser mes leçons… J’obéis, donc.

La pression scolaire est devenue un business lucratif. C’est le constat dressé par le Parisien : les angoisses des élèves et de leurs parents ont été entendues par le secteur du soutien scolaire. Résultat, les offres de cours de soutien fleurissent, et ce business représente aujourd’hui près de deux milliards d’euros en France.

Lorsque j’ai fini, je joue un peu à mon téléphone et répond à quelques messages. Je pense être enfin libre, mais c’est sans compter sur ma mère qui arrive de nouveau dans ma chambre et me demande de réviser les cours que j’ai eu aujourd’hui. Je révise pendant environ trente minutes, puis j’en ai marre donc je décide de jouer un peu. Comme si j’étais surveillé par une caméra invisible, ma mère arrive peu de temps après que j’ai commencé à jouer. Elle me prend mon téléphone, mon pc portable, mes livres préférés (mangas, BD). Elle prend tous les objets susceptibles de me perturber pendant mes révisions.

« Je vais te supprimer ton téléphone et tes jeux »

Puis, elle me réprimande. Elle me fait la morale, soit disant que si je ne travaille pas maintenant, je ne pourrais pas faire les métiers que je veux plus tard, que le temps que je passe à jouer est du temps de perdu pour mon avenir, pour mon futur. Elle me dit aussi que si je travaille maintenant, je pourrais jouer autant que je veux quand je serai grand, que si je travaille bien au collège, je pourrais voyager autant que je veux, acheter ce que je veux… Donc finalement, si je travaille dur maintenant, j’aurai une vie de rêve quoi.

La morale dure généralement vingt minutes. À la fin, j’abandonne, j’obéis à ma mère et je fais les devoirs supplémentaires qu’elle me demande.

 

Il y a quelques temps, ma mère m’a acheté un « Zap Book » : c’est un énorme cahier de format A4 épais comme un tronc d’arbre. Elle me demande d’y écrire chaque jour du chinois, de l’anglais, du français et du dessin. Les matières que j’ai le plus de mal à réussir, surtout le dessin. Je proteste en lui disant que je n’ai pas le temps et, là, elle me sort sa phrase qu’elle dit tout le temps, sa phrase emblématique : « Si tu as le temps de regarder ton téléphone et de jouer, alors tu as du temps pour faire le « Zap Book ». Et si tu n’as vraiment pas le temps de le faire, je vais te supprimer ton téléphone et tes jeux, comme ça tu auras le temps de faire ton travail. » 

Je reste là sans rien dire, je ne réagis pas, mais ma mère a compris qu’elle a gagné. Je me mets au travail sous son regard insistant.

Option grec ET aviron, modélisme, cours de piano et programmation

Je ne sais pas pourquoi ma mère se comporte ainsi, enfin… Je n’en suis pas sûr. Je pense que ma mère veut absolument que je réussisse dans la vie, que je vive heureux et n’ai pas de difficultés plus tard… En ce moment, ma mère ne travaille pas. Elle est « femme au foyer » et s’occupe de mon petit frère, même s’il va à la maternelle. Je ne pense pas qu’elle ait réussi sa vie, mais elle me fait tout le temps la morale en disant que ses parents ne s’occupaient pas beaucoup d’elle, parce qu’ils travaillaient beaucoup, et que c’est pour ça qu’elle n’a pas pu faire ce qu’elle voulait. Donc elle me « supervise » dans mes études. Elle me reproche souvent de ne pas être assez concentré ou de ne pas assez travailler.

En plus du collège (8 heures – 17 h 30 presque tous les jours parce que j’ai pris – enfin ma mère a pris – option grec), j’ai beaucoup d’autres activités dans mon quotidien. Piano : une heure de cours par semaine, plus environ trente minutes par jour. Cours de programmation : une heure trente par semaine. Aviron : trois à quatre fois par semaine, et deux heures trente à trois heures trente par cours. Et modélisme : deux heures trente par semaine.

Malgré la pression que je subis de la part de ma mère, nos relations sont restées intactes, enfin… Presque intactes. Car, parfois, j’en ai marre d’elle. J’ai envie de prendre mes distances et qu’elle me laisse tranquille.

 

Jean, 14 ans, collégien, Neuilly-sur-Seine

Crédit photo Unsplash // CC Damien Tait

Partager

Commenter