Pierre P. 11/02/2022

2/2 Je suis sri-lankais, pas indien ni pakistanais

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Marie est d’origine laotienne et espagnole, Pierre est sri-lankais. Dans la bouche des passant·e·s, de leurs camarades, et même de leurs ami·e·s, leurs identités se résument souvent à « Pak-pak » ou « Chintoks ». Lorsqu’il et elle contestent ces préjugés, on leur répond souvent que cela n’a rien à voir avec du racisme. Pour Marie, la venue d'un virus depuis la Chine a amplifié le phénomène. Selon Pierre, les campagnes de sensibilisation oublient trop souvent de dénoncer le racisme méconnu qu’il subit.

« Poundé » ! « Pak-Pak » ! Toute ma vie, j’ai entendu ces mots. Les personnes qui disent ça ne savent pas ce que ça veut dire. Elles ne savent pas que ce sont des gros mots. Pour info, « poundé » est un terme vulgaire et raciste. Tout comme « pak-pak ». Mes amis le disaient beaucoup et j’ai dû leur expliquer pour qu’ils arrêtent. Mais ça me poursuit partout.

La dernière fois, c’était à un arrêt de bus avec ma mère et ma sœur. C’est arrivé d’un coup. Une fille, une inconnue qui dit tout haut à son amie : « Il y a un Poundé. » À l’école. Dans les transports. Ces mots sont partout, ils me suivent. À tel point que ça ne me touche plus. C’est devenu une habitude de les entendre même si ces derniers temps, ils sont moins présents. Peut-être que les gens sont devenus moins cons ?

J’aimerais qu’on prenne au sérieux les insultes que je subis

En France, le racisme, c’est toujours lorsqu’on parle de personnes noires ou arabes. Ça paraît plus important que toutes les autres formes de racisme qui touchent toutes les autres communautés. Je n’aime pas ça. J’aimerais qu’on prenne au sérieux les insultes que je subis, comme on prend au sérieux les insultes envers les Noirs et les Arabes. Pour les gens comme moi, le racisme est banalisé, alors que normalement c’est puni par la loi. Mais vu que dans les messages anti-racistes sur les réseaux ou ailleurs on ne voit que des choses sur eux, on oublie les autres communautés. 

J’en ai marre qu’on me range dans la même case que les Indiens ou les Pakistanais alors que je suis sri-lankais. Ce sont trois communautés différentes. Avec des cultures différentes. Des langues différentes. Des religions différentes. Je suis tamoul [peuple vivant en Inde et au Sri Lanka, parlant la langue tamoul, ndlr] et je ne parle pas hindi [l’une des langues principales de l’Inde, ndlr]. Chez nous, on mange du briani (un plat à base de riz, d’épices, d’herbes fraîches et de viande) et pas du curry d’agneau. Ce qu’il faudrait pour changer les choses, c’est davantage de gens célèbres de la communauté sri lankaise en France. Ou juste qu’on parle plus de nous dans les médias. Qu’on nous voit plus, pour savoir qu’on existe. Parce que la diversité en France, c’est pas juste les Noirs et les Arabes.

Pierre, 13 ans, collégien, Aulnay-sous-Bois

Crédit photo Pexels // CC Gihan Bandara

 

Un racisme un peu à part

Le retour d’un virus

Le racisme visant les personnes perçues commes asiatiques s’est exacerbé en 2020 avec l’arrivée du coronavirus. En réponse, le hashtag #StopAsianHate s’est répandu sur les réseaux sociaux, et des manifestations ont permis à quelques personnes de parler de ce qu’elles subissent. 

Des stéréotypes a priori « positifs »

Si le racisme anti-asiatique est aussi peu souvent reconnu comme une forme de racisme, c’est parce qu’il véhicule aussi des préjugés qui se veulent inoffensifs : « “Bons” élèves, travailleurs et discrets », relève la Commission nationale consultative des droits de l’homme dans son dernier rapport sur la lutte contre le racisme. « Ces clichés a priori positifs peuvent engendrer des conséquences négatives importantes pour les personnes, qui éprouvent des difficultés à faire reconnaître qu’elles sont victimes de racisme », notent ses auteurs et autrices. 

Figure militante

Autrice, journaliste et militante anti-raciste, Grace Ly décortique depuis plusieurs années les ressorts du racisme anti-asiatique. Son travail a donné lieu à un roman, une mini-série et un blog food. Aux côtés de Rokhaya Diallo, elle anime aussi le podcast Kiffe ta race, dans lequel elle aborde les discriminations au sens large.

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