Mamady K. 18/06/2019

En Afrique, si t’as pas la santé, t’as pas de travail donc… pas accès aux soins

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Après avoir connu la précarité et les défauts du système de santé au Mali, j'espère trouver un emploi qui me plaît en France.

Si on a pas de santé, on peut rien faire. J’ai pas besoin de quelqu’un pour m’aider à chercher de l’argent. Je veux me débrouiller tout seul. Donc je fais attention à ma santé. Je fais du sport, je mange bien, je bois de l’eau. Tout ça pour pouvoir travailler. Sans travail, je peux pas vivre. J’aime trop le travail. Le travail, c’est mieux que toute chose. C’est pour gagner ta vie. Le travail, c’est pour acheter de la nourriture, payer le loyer.  

Là, je suis en menuiserie… mais j’aime pas. Ça donne pas de santé. Si tu fais menuisier, à 30-50 ans tu meurs ! Je veux pas continuer après mon CAP. J’aimerais faire quelque chose de bien parce que toute la journée, toute la vie on travaille. Si tu travailles pas, si tu fais que « manger, dormir, manger, dormir », c’est pas bon pour la santé. Tu es malade. Donc après la menuiserie, je vais chercher un autre travail. Un travail que j’aime. J’aime bien la cuisine parce que j’aime que les gens aient une bonne santé. Si je trouve un travail, l’école, c’est fini ! Ça me soûle des fois ! Tu travailles comme un con et y a pas d’argent. J’ai envie de faire un travail qui me plaît, en cuisine.

Ici, c’est cher, mais c’est pas toi qui payes

Chez nous, si t’as pas la santé, que t’as pas les moyens, tu vas rester malade jusqu’à la mort. Là-bas, ça coûte cher de se soigner. Ici, c’est cher, mais c’est pas toi qui payes. C’est 500 Francs CFA rien que pour rentrer dans un hôpital. Tout le monde doit faire ça pour entrer. Ensuite, si t’as pas les moyens pour payer les médicaments de l’ordonnance, ils donnent pas. Y a beaucoup de monde qui a pas les moyens. Y a des gens qui tournent dans les rues pour donner des médicaments, mais t’es jamais sûr que ça fonctionne ! J’ai déjà acheté pour quelqu’un de ma famille, mais ça marchait pas.

Pour un job étudiant, mais surtout en alternative au chômage, les Benskins – les peaux qui tremblent – arpentent par milliers les rues de Douala, capital du Cameroun. Elliot a suivi le quotidien de ces motards qui jouent la solidarité contre la crise.

Depuis que je suis en France, des fois j’ai un rhume, je suis malade, je vais à l’hôpital, ils me donnent une ordonnance. Et après, je vais récupérer des médicaments gratuits ! Et même quand tu travailles pas en France, y a beaucoup de moyens de trouver l’argent. Tu sors le matin, tu cherches toute la journée jusqu’à des fois minuit. Y a plein de business ici en France. Quand j’aurai de l’argent, moi aussi je vais préparer mon avenir. Ouvrir un magasin, une boulangerie, une boucherie. Je vais économiser !

Là-bas, quand t’as pas la santé tu peux rien faire et donc tu peux pas gagner d’argent. Personne va t’aider, tu vas rester en galère, jusqu’à la mort. C’est ça l’Afrique, ça tourne en rond…

 

Mamady, 19 ans, lycéen, Paris

Crédit photo © Elliot Clarke

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