Goundo T. 10/06/2021

8 à la maison, 5 de moyenne à l’école

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Adolescente, Goundo a vécu dans un petit logement délabré... avec sa famille de huit personnes. Partir à l'internat, c'était une question de survie.

Déménager m’a vraiment fait chier. Je suis passée du confort à la merde. Je vivais à Villemomble mais, lorsque ma grand-mère est rentrée au pays, ma mère a dû vivre dans le quartier de Cambrai, dans le 19e, pour s’occuper de ses très jeunes frères et sœurs même pas majeurs. La maison était remplie d’enfants avec peu d’adultes pour les surveiller. On était huit au total, avec seulement quatre chambres.

Logement : des lits superposés avec un grand matelas par terre

J’ai perdu toute intimité avec ce déménagement. L’appartement était un vrai taudis. Pas qu’il soit sale, mais complètement délabré. Les fenêtres ne pouvaient pas se fermer. Les fauteuils étaient déchirés. Il n’y avait pas d’endroit pour m’isoler et c’était tout le temps bruyant. Des tantes à moi passaient à la maison et restaient à parler fort jusqu’à minuit certains soirs. À croire qu’elles allaient dormir sur place.

Trouver un logement à Paris est un parcours de combattant·e·s, surtout qu’on est précaire. Dans le 19e arrondissement, un marchand de sommeil a récemment été condamné. Il louait des logements insalubres à des familles sans alternative et à des prix exorbitants, comme le raconte Le Monde.


Dans ma chambre, il y avait des lits superposés avec un grand matelas par terre sur lequel je dormais avec une de mes sœurs et mes deux frères, des jumeaux âgés d’une dizaine de mois. C’est moi qui m’en occupais le soir car ma mère travaillait. Elle est auxiliaire de vie auprès des personnes âgées. Du coup, quand ils se mettaient à pleurer, moi, je ne fermais pas l’œil de la nuit. J’allais parfois chez des copines pour me reposer en journée, mais ce n’était pas suffisant.

En cours, je dormais la plupart du temps

À l’école, ça se voyait que j’étais fatiguée. Je n’arrivais pas à suivre en cours. Je dormais la plupart du temps. C’est ce qui a alerté l’assistante sociale. Elle m’a proposé d’aller en internat et je dois l’avouer, pour moi, ça a été un soulagement. J’avais des 5 de moyenne à l’école parce que je n’arrivais pas à rester éveillée en cours, alors que je suis loin d’être bête. Là, en internat, j’allais avoir une chambre seule. Une douche seule. En fait… j’allais être enfin seule. Et c’est ce dont j’avais besoin pour me concentrer sur mon travail et avoir mon intimité.

Trouver un appartement qui convienne à ses besoins s’avère compliqué et peut-être long. La famille de Aykel attend un logement depuis 10 ans.

J’ai très bien vécu l’internat et j’y suis restée cinq ans. Certes, ma famille me manquait, mais j’avais plus de facilité à faire mes devoirs. Je les voyais les week-ends, mais le lundi j’étais pressée de retourner à l’internat.

C’est grâce à cette intimité retrouvée que j’ai pu avoir tous mes diplômes et mon bac. Aujourd’hui, ma mère a de nouveau son propre appartement et je vis avec elle. J’ai une chambre seule, mais j’ai quand même hâte de partir de chez moi… Cette fois, pour me marier.

 

Goundo, 21 ans, en formation, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Tony Tran

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