Assta A. 15/10/2021

Je danse même si c’est haram !

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Assta est musulmane et danse depuis toujours. Sa religion le lui interdit, mais sa famille l'encourage. Parce que danser lui procure joie et liberté.

Je suis très croyante et pratiquante : je fais la prière cinq fois par jour, je prends des cours d’arabe, je fais le ramadan. Je ne compte ni boire ni fumer ni avoir de rapports sexuels avant le hlel (le mariage religieux). Je suis musulmane et je danse depuis que je suis toute petite. La danse est devenue une passion, mais ma religion réprouve cette pratique. Parce que dans la religion musulmane, la musique et les danses dénudées sont haram (interdites), et la danse sans musique, ça n’existe pas.

Avec ma famille, nous allions souvent à des mariages traditionnels lors de nos vacances au Mali. On dansait et j’adorais ça, même si c’était interdit par notre religion.

Je me suis vraiment mise à la danse il y a deux ans en m’inscrivant dans une association dans mon quartier qui s’appelle Pierre De Lune, à Pantin. On dansait pour récolter des fonds pour subvenir aux besoins des albinos du Mali. Là-bas, il y a beaucoup de soleil et il faut beaucoup de moyens pour pouvoir se procurer des casquettes, de la crème, tous les ustensiles pour se protéger.

On dansait pour récolter des fonds

On faisait de l’afro et du hip-hop et j’ai kiffé le concept. Un an plus tard, j’ai décidé d’arrêter pour aller à des cours de danse fusion sur Paris : c’est plusieurs styles de danse rassemblés. Encore une fois, j’ai kiffé ce partage, cette connexion avec les danseurs, et toutes les rencontres que j’ai pu faire.

Stéphanie Kurlow est une danseuse australienne dont la famille s’est convertie à l’islam quand elle était jeune. Elle porte le hijab et se bat pour pouvoir intégrer une école de ballet professionnelle. Son rêve ? Devenir la première ballerine voilée au monde et ouvrir sa propre école d’art à Sydney, pour réunir des danseurs, danseuses et artistes de différentes cultures et religions.

Je trouve ça un peu compliqué de m’organiser entre la danse et ma religion car, en allant à mes cours de danse, je loupe souvent mes prières. J’ai à peu près quatre heures de danse par semaine, mais ça varie. Ça peut aller jusqu’à deux heures trente par jour. Je peux les rattraper, mais c’est mieux de les faire à l’heure parce qu’après j’ai la flemme de les rattraper toutes… Ma foi fait que, généralement, je fonce prier en rentrant de mes cours.

Ils ne m’ont jamais dit que c’était contraire à ma religion

J’ai énormément de chance d’avoir une famille qui me soutient dans ma passion : ils m’encouragent, m’accompagnent à mes cours et me les payent. Ils s’enjaillent avec moi. Ils ne m’ont jamais dit que c’était contraire à ma religion car ma mère danse lorsque nous sommes à des mariages traditionnels. Mon père, lui, n’aime pas trop tout ce qui est mariages et fêtes. D’ailleurs, les darons ne vont pas trop dans les mariages, c’est plus un truc que font les femmes. À la base, dans ma religion, il ne devrait y avoir que les femmes aux mariages religieux, mais les générations ont évolué et les jeunes ont voulu ajouter leur touche : faire de grandes fêtes et inviter tout le monde !

Isaïe, lui, voudrait faire de la danse son métier. Mais sa famille n’est pas d’accord.

En noir et blanc, photo d'un homme qui fait du breakdance devant une foule de personnes qui tapent des mains.

Je connais tous ces interdits mais, quand je danse, c’est pour évacuer mon trop plein d’émotions ; quand je suis heureuse ou quand je suis énervée. Je fais des battles et ça me fait du bien ! Ça me permet aussi de vaincre ma timidité. En dansant, je deviens en quelque sorte « schizophrène » : la danseuse se libère pour quelques heures des règles de la religion.

 

Assta, 14 ans, collégienne, Pantin

Crédit photo Unsplash // CC Anna Frizen

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