Nadia I. 02/09/2021

Décrochage scolaire : en sortir quand le quartier y plonge

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En décrochant de l’école, Nadia a fait comme son frère et les jeunes de son quartier. Son lycée lui a donné une dernière chance, mais elle déplore le manque de moyens contre le décrochage scolaire dans les cités.

Mon frère a été en décrochage scolaire, il a arrêté au collège. Il était souvent absent et allait en cours pour s’amuser ou juste se poser. Il n’a jamais apprécié l’école, mais je trouve aussi que l’école n’a jamais rien fait pour aider les jeunes en décrochage, ou pour les motiver davantage à participer aux cours ou à des activités d’intervenants.

Malgré tout, j’ai toujours cru en lui et je me suis toujours dit qu’il réussirait avec ou sans études. J’étais la seule à croire en lui. Ses éducatrices et les conseillères d’orientation lui disaient qu’il était une cause perdue. Mis à part qu’à l’école ça n’allait pas, il avait des objectifs de vie, même s’il traînait dans les rues. Le quartier empire la situation car les jeunes ne se motivent pas entre eux, ils prennent l’habitude de ne rien faire, de ne pas se lever le matin, et de l’argent facile aussi.

Dans ma cité, les jeunes sont souvent posés au parking en bas du bâtiment. Je suis très proche de certains. Leur rituel, c’est dormir jusqu’à 15 heures, sortir, s’asseoir dans des voitures, fumer du shit, aller voir des meufs, faire de la moto, sortir dans les chichas et les hôtels, guetter que la police n’arrive pas, faire de l’argent sale en allant voler, arracher des sacs, vendre de la drogue. Le quotidien n’est pas facile mais, surtout, ils risquent la prison tous les jours.

Décrochage scolaire : ça a commencé par des insultes aux profs

D’autres jeunes vont à l’école et sont scolarisés, mais chacun a sa bande de scolarisés et de non-scolarisés. Quand j’en croise et que je leur dis « wesh pourquoi tu travailles pas ? », leur réponse est « je ne trouve pas, personne ne m’aide ». Ils sont démotivés et se tirent vers le bas.

Au collège, je n’aimais pas du tout l’école non plus. J’ai commencé à décrocher au collège et je voulais faire comme mon frère, ne plus aller en cours et rester chez moi avec mes copines. J’étais jeune et je ne voulais plus apprendre ou m’asseoir dans une salle à écouter. Je ne voulais pas que mon frère se sente mal chez moi et soit le seul à décrocher. J’avais envie que ma mère nous voit de la même façon et qu’elle soit autant déçue par moi que par lui.

Selon une étude menée en 2016, le simple fait d’être né·e dans un quartier populaire diminue les chances de réussite scolaire et professionnelle des jeunes qui y habitent. Conditions de vie défavorables aux études, manque d’informations sur l’orientation… Explications par L’Étudiant.

L'orientation contrariée des jeunes des quartiers prioritaires

Ça a commencé par des insultes aux profs, l’absence de travail fourni, des exclusions temporaires de sept jours, des punitions à faire, des commissions éducatives et j’en passe. Mon frère me disait que ce n’était pas une fierté, et ma mère criait et me disait que je faisais n’importe quoi et que je finirais par le regretter.

On s’est lancé un défi : réussir dans la vie

À la moitié de mon année de troisième, mon collège a voulu m’exclure définitivement, mais ils n’ont trouvé aucune place pour moi dans un autre. Alors, ils m’ont finalement laissée une dernière chance parce que je n’avais pas l’âge d’être déscolarisée.

Ma mère a expliqué à mon frère, avec de la peine dans les yeux, ce que j’avais fait. J’ai eu le déclic quand j’ai vu ma mère dans cet état : elle ne croyait plus en nous. À la suite de ça, mon frère et moi on s’est lancé un défi : réussir dans la vie et faire la fierté de notre maman. Lui, avec une formation ou un travail, et moi dans mes études.

Aujourd’hui, mon frère est conducteur de bus à la RATP. Ma mère est très fière ! Moi, j’ai eu mon brevet, un CAP Agent de prévention et de médiation, et je suis en terminale. Je passe mon bac cette année pour poursuivre vers un BTS. Mon frère a été ma motivation dans ma vie personnelle et professionnelle pour réussir et toujours croire qu’on peut s’en sortir.

Je pense que tant que l’envie est là, tous les jeunes des cités peuvent réussir, avec ou sans aide. Mais il devrait y avoir des aides quand même parce que, compter sur soi-même ou sur sa famille pour réussir… ça ne suffit pas !

La Covid a eu des grosses répercussions sur l’orientation de Jimmy. En décrochage scolaire pendant le confinement, il n’a pas obtenu son brevet.

Il pourrait y avoir plusieurs activités de réinsertion professionnelle. Les collèges devraient motiver davantage leurs jeunes en les accompagnant, mais surtout en croyant en eux. Les éducateurs de quartier devraient faire des sorties dans des formations et parler aux jeunes sans les démotiver. Ça ne vaut pas que pour ma ville, Saint-Denis, mais pour toutes les cités.

 

Nadia, 18 ans, lycéenne, Saint-Denis

Crédit photo Unsplash // CC Ramsha Asad

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