Nicolas 16/01/2021

Je suis passé des steacks surgelés aux fins de marché

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Flexitarien, puis végétarien, et maintenant « détritivore ». Au fil de mes études, j'ai pris le chemin de l'engagement en changeant ma façon de consommer.

Ma vie d’étudiant commence comme beaucoup d’autres. Je suis seul dans mon appartement à Poitiers, un garage réaménagé, je vis à cinquante mètres d’une grande surface, j’y fais mes courses et n’oublie pas mes pizzas congelées, mes steaks premier prix et mes blancs de poulet. À ce moment-là, je suis peu sensibilisé aux questions d’écologie. J’évite juste de faire couler de l’eau quand je me brosse les dents.

Nouvelle année, j’apprends au détour d’une recherche internet que, peu importe les économies d’eau que je fais, le gaspillage dans l’agriculture écrase totalement ce que je peux économiser, il est peut-être temps de réinterroger la manière dont je consomme.

Des calendriers type Dieux du stade mais… avec des fruits et légumes

Déménagement à Lyon, première colocation avec un inconnu pour découvrir la vie en petit collectif. J’intègre une association de développement durable où je m’investis dans des projets de calendrier type Dieux du stade mais… avec des fruits et légumes. Je m’initie à la récupération alimentaire de fin de marchés. Mes collègues de formation, engagés, questionnent ma manière de vivre et sa légitimité.

Je réalise que mon corps n’a pas besoin d’autant de viande, j’acte mon flexitarisme. Je mange maintenant de la viande seulement en de rares occasions et la remplace par du poisson sans pour autant créer un manque.

Un jour, une amie passe chez moi, me voit repasser, me questionne sur cette pratique et me fait réaliser qu’un vêtement non repassé donne juste l’impression d’être porté depuis une heure… Depuis, je n’ai pas l’air débraillé et je ne gaspille ni énergie ni temps, ressource si précieuse.

Mon pouvoir d’achat comme bulletin de vote

Ma déception lors de l’élection présidentielle de 2017 me pousse à porter ma voix autrement que par les urnes. Maintenant, j’utilise mon pouvoir d’achat comme bulletin de vote : je fais mes courses dans les magasins bio et je débute le vrac. Au détour d’un projet de groupe, je découvre, HORREUR, l’impact de la pollution invisible du numérique. C’est terminé, maintenant, je ne peux plus l’ignorer.

Regarder des vidéos, scroller sur son téléphone et envoyer des mails ont un impact négatif sur l’écologie. Dans cette vidéo consacrée à l’écologie de MAJ, l’actualité jeunesse de Radio Canada, Thomas nous explique ce qu’est la pollution numérique.

 

Je passe en deuxième année de cycle ingénieur, super ! Nouveau niveau : vivre dans une colocation à quatre. Un équilibre doit se faire dans nos modes de vie où le bio, le local de saison et le vrac se font une place importante mais pas dominante. Mes amis sont investis sur la question écologique mais se laissent aller à la facilité des grandes surfaces à proximité, donc je m’adapte. Je découvre les joies de faire les poubelles non alimentaires et les fins de marchés lors de mes balades à vélo jusqu’à mon école. J’acte mon végétarisme chez moi et avance mon flexitarisme à l’extérieur.

Dans ma vie d’étudiant, je dois partir faire un stage à l’étranger. Je décide de partir le plus loin possible, en Nouvelle-Zélande, pour cinq mois et étaler l’impact du voyage en avion sur une longue durée. J’ai conscience que ce voyage est unique et sera probablement mon dernier. Du moins aussi lointain. De plus, je réalise que les paysages français sont tout aussi riches et je décide que, tant que je n’aurais pas découvert toutes les richesses qui se cachent dans mon pays, je ne reprendrai plus l’avion.

Ecologie : de végétarien à « détritivore », je mange de tout si cela doit être jeté

De retour dans mon école d’ingénieur pour six mois. Avec une amie, nous créons notre coloc avec son petit nom : « La Benne », car beaucoup des meubles dans l’appartement viennent des poubelles. Chaque semaine, je cours en ramassant des déchets, je remplis mon frigo de fruits et légumes issus toujours de fin de marchés que je ramène à l’aide d’un Caddie de grand-mère que je tracte en vélo. Cette année, je fais le repas de Noël de l’école, je récupère la nourriture des plateaux repas des autres étudiants avant qu’elle soit jetée. Je finis le repas repu avec la sensation d’avoir trop mangé. J’officialise mon évolution de végétarien à celui de « détritivore » qui peut manger de tout si cela doit être jeté.

Marion est étudiante. Quand les placards sont vides et que les plats préparés par sa mère sont finis, il faut faire les courses. Mais entre les supers promos et les packagings alléchants, difficile de penser à l’écologie et de ne pas céder aux tentations de la société de consommation…

Dernière ligne droite avant la vie active, le stage de fin d’étude. Je réalise que trente minutes de vélo pour aller au travail c’est plaisant et ça défoule. J’intègre un jardin partagé, j’ai toujours sur moi plusieurs sachets de vrac pour des achats de croissants non anticipés. Cette année, je mange mes premiers éclairs au chocolat et plante mes premiers légumes issus de la poubelle d’une grande surface. Je découvre le lobbying citoyen et la désobéissance civile.

Cela fait maintenant cinq ans depuis le début de mes études. Ça y est, je suis formé à rentrer dans la vie active. Je regarde en arrière et vois le chemin de l’engagement que j’ai pu faire grâce à un premier pas, qui dans son élan a permis le second, le troisième et qui maintenant me fait courir et m’anime. Je réalise que tous ces petits changements que j’ai aisément acceptés ont changé ma vie, à jamais.

 

Nicolas, 25 ans, jeune diplômé, Niort

Crédit photo Unsplash // CC Caleb Stokes

Ce témoignage a été écrit dans le cadre d’une formation de « Fertîles », un projet immersif et pédagogique pour s’engager autrement et en commun pour l’écologie. Découvrez cette « école de la coopération et de l’engagement, au service des transitions écologique, sociale et démocratique. » sur leur site.

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