Zora B. 28/09/2020

2/2 Harcelée par les garçons sur Discord

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Sur les réseaux comme dans la rue, les filles se font harceler par des garçons. Charlotte est influenceuse et se passerait bien des dragueurs et manipulateurs dans sa communauté. Zora, elle, est quasiment la seule fille sur Discord et subit un cyberharcèlement assidu qu'elle a du mal à ignorer.

Je vis un cauchemar depuis des mois sur Discord, une plateforme qui mélange interactions sociales et gaming. Je m’étais inscrite pour parler de jeux vidéo et me faire des amis, et simplement des amis.

Il y a un an, j’y ai rencontré des personnes qui partageaient la même passion que moi pour les jeux vidéo et les lives Twitch. Dont un garçon que j’ai énormément estimé et avec qui j’ai communiqué presque tous les jours pendant sept mois. Pourtant, j’ai fini par comprendre que nous ne recherchions pas la même chose. Il n’a pas supporté que je le repousse et lui dise « non ».

Ils profitent d’internet pour obtenir des faveurs

De ce refus, il a propagé sur moi une réputation non justifiée de fille qui laisse espérer les mecs sur internet, d’aguicheuse, de véritable dévergondée virtuelle, de « femme à mecs ». Cela a pris des proportions énormes : il faisait des remarques désobligeantes à chacun de mes faits et gestes, il commentait toutes mes relations avec d’autres personnes virtuelles, il cassait mes délires avec certaines personnes ou tentait de rompre ces relations. Il me provoquait et m’insultait devant d’autres internautes.

J’ai subi des propos rabaissants et complètement démesurés : « Tu as osé parlé avec un adolescent de 16 ans ? Tu es une pédophile », « Va baiser ce type » ou « C’est comme si j’allais me suicider et que tu ne me retenais pas mais que tu me poussais par la fenêtre. » D’autres utilisateurs se sont laissés influencer sous prétexte que je suis une fille et eux des mecs. Ils ont répandu ces propos, et comme le bouche-à-oreille est quelque chose qui marche beaucoup trop, beaucoup m’ont tourné le dos.

Cette situation m’a complètement échappé et a eu un impact sur ma santé. Je ne mangeais plus ou très peu. J’étais complètement dévastée, car j’avais donné ma confiance à des personnes malveillantes. Je me suis rendu compte que certains profitaient d’internet pour obtenir des faveurs de la part de la gent féminine, ou pour se rapprocher amicalement puis amoureusement d’une fille. J’ai refusé plusieurs fois des avances et j’ai tenté de rester amicale avec certaines personnes qui voulaient davantage. Certains étant plus subtils que d’autres avec des techniques comme : « Passe ton Snap et envoies des nudes », « T’as pas de copain pourtant t’es bonne. »

Il n’y a pas énormément de filles

Je me suis retrouvée avec cette réputation de « femmes à mecs » alors même qu’à 22 ans, je n’ai jamais eu de copain, je n’ai jamais eu de rendez-vous amoureux, je n’ai jamais tenté de draguer qui que ce soit. Vivre l’enfer d’une réputation véhiculée par des garçons remplis de fierté et de haine qui jouent les Casanova derrière un écran, c’est difficile. Et c’est une véritable épreuve mentale et physique. On se sent trahie et seule, comme si plus personne n’allait nous voir de la même manière. Sur Discord, il n’y a pas énormément de filles, et le peu de copines que j’ai pu me faire ont fini par me décevoir. Je n’ai réussi à trouver que quelques filles sincères et qui m’épaulaient vraiment.

Peu à peu, grâce à des vrais amis virtuels qui ont su ne pas croire les propos de ce gars, j’ai appris à ne plus donner d’importance aux commentaires négatifs et aux rumeurs. J’ai réussi à vaincre ces moments de tristesse et de désespoir et, aujourd’hui, dans mon groupe d’amis virtuel on se répète souvent : « Je n’entends pas les haters. » Je bloque toute opinion venant d’eux, tout commentaire, je ne réponds jamais et je ne provoque jamais en retour. L’ignorance est le plus beau des cadeaux et le « non » une arme redoutable pour les filles sur internet.

Zora, 22 ans, étudiante, Rennes

Crédit photo © Clarke Films // #NightOut (court métrage, Nikon Festival 2019)

 

Être une fille sur les réseaux

Plus de 7 femmes sur 10 victimes de harcèlement en ligne

73% des Françaises déclarent avoir été victimes de cyberharcèlement. Des agressions en ligne qui commencent très tôt : à 13 ans, une adolescente sur deux a déjà été harcelée sur internet.

Le podcast Yesss célèbre les victoires de femmes ordinaires contre le sexisme. Le 23ème épisode met en lumière les gameuses qui ont envoyé leurs agresseurs et harceleurs au tapis.

Facebook, pire réseau pour les femmes

C’est sur Facebook que les jeunes femmes se sentent le plus vulnérables : 39 % d’entre elles ont été victimes d’abus sur ce site. Suivent dans l’ordre Instagram (23 %), WhatsApp (14 %), Snapchat (10 %), Twitter (9 %) et TikTok (6 %). Et souvent, ces plateformes n’agissent pas : 92% des contenus sexistes signalés n’ont jamais été supprimés.

Des conséquences psychologiques importantes

61 % des femmes victimes de harcèlement en ligne ont affirmé que cela avait provoqué une baisse de l’estime de soi ou une perte de confiance en soi. Plus de la moitié (55 %) ont souffert de stress, d’angoisse ou de crises de panique après avoir été la cible de violences ou de harcèlement en ligne.

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2 réactions

  1. C’est touchant

  2. C’est triste, j’espère que tu vas mieux depuis.

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