Azumi S. 31/03/2025

Israël-Palestine dans ma cuisine

tags :

Azumi a grandi dans une famille multiculturelle qui a toujours bien composé avec le brassage. Jusqu'à ce que la question du boycott d'Israël sème la discorde.

Dans ma famille, la question de Palestine-Israël est très discutée. Mes frères et sœurs et moi, on se positionne avec la Palestine et on fait le boycott. Ça veut dire qu’on arrête volontairement d’acheter les marques des sociétés liées à Israël. Du genre Coca-Cola, McDo, Fanta, SFR et Carrefour. Ma mère est aussi très boycott, mais mon père joue un peu moins le jeu.

Comme excuse, il dit « désolé, j’avais oublié » ou « ah, je savais pas ». Ça a créé des quiproquos entre mes parents, surtout quand ils étaient en train de divorcer. Mais rien de grave, ma mère est juste saoulée du fait que mon père ne tient pas les boycotts tout le temps. Moi et mes frères et sœurs, on ne rentre pas dans ça, c’est juste une petite dispute entre eux.  

À part ça, en temps normal, dans notre famille qui est tellement brassée, nos origines et nos croyances ne sont pas sources de tensions. Nous nous entendons toutes et tous assez bien et faisons couramment des dîners ensemble.

Je suis franco-marocaine, d’origine arabe, allemande et française. Du côté de ma mère, ils sont suisses, allemands, français, et athées ou catholiques, et du côté de mon père, arabes et musulmans. Je suis musulmane, comme mon père et aussi ma mère, qui s’est convertie à l’islam avant de se marier avec lui.

« Je mange pas au McDo, ch’ui pour la Palestine ! »

Un beau jour, pendant les vacances, mon petit frère de 7-8 ans a passé une semaine chez ma grand-mère maternelle. Elle est suisse et française, mariée à un Allemand. Rien de spécial jusqu’à ce qu’un soir, elle décide de le ramener avec des cousins au McDo. Il s’est alors exclamé, en toute innocence et toute naïveté : « Mais mamie, moi je mange pas au McDo, ça soutient l’Israël. Moi ch’ui pour la Palestine ! » Ça n’a pas du tout plu à ma grand-mère qui s’est énervée car, pour elle, on doit soutenir Israël. Du coup, elle a forcé mon frère à manger chez McDo, alors qu’il ne voulait pas.

Quand mon frère est rentré, il a raconté tout ça à ma mère. Il était confus de la situation, il ne voulait pas rendre sa mamie triste et, à cet âge-là, on ne peut pas s’opposer à un adulte. Une grosse dispute a alors éclaté car ma mère s’est énervée de la situation et de l’immaturité de sa propre mère. Elles n’étaient déjà pas les plus proches du monde, mais à cause de ces choix politiques différents, la famille s’est un peu brisée. 

Une famille divisée

Moi et mes frères et sœurs, on a choisi de respecter le choix de notre mère, qui était triste, et de ne plus avoir de contact avec notre grand-mère. On trouve injuste ce qu’elle a fait à notre petit frère, sachant que nous, on a toujours respecté ses croyances. Par contre, elle, depuis que ma mère s’est convertie à l’islam, elle a un problème avec le fait qu’on soit musulmans. Je pense qu’elle a toujours eu du mal avec l’islam, mais on ne sait pas vraiment pourquoi. Et en plus, maintenant, il est inconcevable pour elle qu’on soutienne la Palestine… 

Je trouve ça complètement insensé et fou qu’un conflit d’une si grande ampleur divise une simple famille. On a des appartenances à des partis politiques et des visions différentes, mais à aucun moment, on ne doit imposer sa vision des choses à des gosses ou même à une autre personne. Aujourd’hui, ma famille et moi on continue le boycott.

Azumi, 14 ans, collégienne, Nouvelle-Aquitaine

Crédit photo Hans Lucas // © Raphael Kessler – Photo issue de la série « Rassemblement en soutien aux peuples palestiniens et libanais à Paris ». Paris, le 15 octobre 2024.

 

À lire aussi…

Des infos en boucle à la télé, par Halima, 18 ans. À la télé française, elle trouve que les infos ne reflètent pas la réalité de ce qui se passe dans le monde. Alors elle se rend sur Instagram pour tenter d’en savoir plus sur les conflits actuels en Palestine et au Congo, notamment.

Partager

Commenter