Melinda L. 12/07/2021

4/4 Un boulot en foyer, une vocation à la clé

tags :

Melinda a découvert sa vocation lors d’un remplacement d’été, après des années à tenter sans succès d’intégrer une école d’infirmière.

« Tu es faite pour ça, continue dans cette voie ! », m’a dit mon chef au bout d’un mois de travail au foyer pour jeunes. J’avais toujours eu pour projet de travailler dans la santé et de devenir infirmière. Mon job d’été m’a permis d’élargir mes horizons et de découvrir qu’il n’y avait pas que les métiers de la santé. Alors que j’étais persuadée que je ne travaillerai jamais avec des enfants !

Depuis mon bac, j’essayais désespérément d’intégrer une école d’infirmière. Mais il faut croire que Parcoursup ne transmet pas la motivation des étudiants… Trois ans que j’enchainais échec sur échec. N’ayant plus d’emploi et plus d’école, j’ai essayé de trouver un petit job d’été pour dépanner financièrement. Mais, avec le premier confinement, ce fut presque impossible. J’ai envoyé une centaine de CV. Heureusement, ça n’a pas duré longtemps.

Une semaine après avoir commencé, j’ai reçu un appel de ma belle-sœur. Elle me proposait un emploi dans un foyer d’accueil d’urgence pour enfants de 7 à 17 ans. Elle y travaillait en tant qu’ASH (agent des services hospitaliers). J’avais un contrat d’un mois, juste en remplaçante, mais j’y suis restée tout l’été !

Ce job d’été tous les matins, c’était une bulle d’oxygène

J’ai commencé au Charmeyran en tant que femme de ménage. Je m’occupais de l’entretien des locaux et des chambres. Je rencontrais les enfants très souvent mais j’appréhendais beaucoup de passer du temps avec les adolescents ; la plus difficile période de la vie. Mais, surprise, le contact est très bien passé. J’avais envie d’aller au travail tous les matins, c’était une bulle d’oxygène. Je n’avais même pas l’impression de travailler.

Un jeune de 15 ans un peu solitaire était toujours enfermé dans sa chambre. Au bout de deux jours seulement, en fumant sa clope habituelle du matin, il est venu me parler. Il était intrigué par mon arrivée au foyer et ma coupe de cheveux le faisait beaucoup rire (j’avais des tresses violettes). « Tu travailles ici ? Mais t’es super jeune non ? » Il pensait que j’étais une nouvelle jeune du foyer. Il s’est très vite confié à moi sur sa vie, assez difficile. L’âge a permis de créer du lien rapidement. Tous les repas ensemble ont fini par devenir une routine, on s’entendait très bien et on riait beaucoup.

Je m’entendais très bien avec mon patron qui a décidé de prolonger mon contrat. J’étais super heureuse et j’ai donc continué à travailler pour le mois d’août où je suis passée maîtresse de maison. Cette profession m’a permis d’être encore plus en contact avec les enfants.

Mon orientation professionnelle s’est éclairée

En plus de l’entretien des locaux, je les divertissais. Je jouais avec eux aux cartes, m’occupais du temps d’ordinateur et je leur préparais le repas. J’intervenais souvent lors des disputes et bagarres. Essayer de savoir d’où venait le problème, trouver une solution, les séparer et, le plus important : discuter avec eux. J’étais étonnée du potentiel que j’avais à apaiser les disputes. J’avoue, j’en étais assez fière. J’avais presque un rôle d’éducatrice spécialisée !

Face au manque de jobs étudiants lié à la crise de la Covid, des jeunes ont dû ruser pour continuer de toucher un revenu. Vente d’alcool après le couvre-feu, nettoyage de sneakers… des étudiant·e·s ont décrit à Vice leurs gagne-pains alternatifs  :

J’ai vécu des scènes difficiles mais très instructives. Plusieurs enfants ont eu des vies traumatisantes et avaient des gros troubles psychologiques qui amenaient parfois à des crises incontrôlables. Une fois, deux filles de 8 ans devenues meilleures amies allaient être séparées car l’une d’entre elles partait en famille d’accueil. Avec la colère, celle qui restait au foyer a caillassé plusieurs fenêtres du foyer. Il a fallu au moins une heure pour qu’elle se calme. Je l’ai enlacée fort pour la canaliser. Puis, je me suis occupée des autres enfants qui s’en mêlaient. Ça dépassait mes compétences et les éducs spé formées sont intervenues.

Les moments de joie, et parfois ceux plus compliqués, m’ont fait comprendre que je voulais travailler dans ce domaine. Mon orientation professionnelle s’est enfin éclairée. En septembre 2020, je me suis engagée en tant que volontaire à l’AFEV, en éducation aux médias et à l’information. Je ne sais toujours pas ce que je vais faire après mon service civique : oui, éduc spé, ça me plait, mais j’ai envie d’être sûre à 100 % de mon choix et d’y réfléchir correctement. Je viens à peine de découvrir les métiers du social alors je me laisse le temps de faire mon choix tranquillement.

 

Melinda, 20 ans, volontaire en service civique, Grenoble

Illustration © Merieme Mesfioui (@durga.maya)

Partager

Commenter