Jason P. 08/07/2022

3/5 LSD, MDMA, kétamine, Tramadol… J’ai tout testé

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Jason a essayé beaucoup de drogues. Une descente dans le monde du high entre les soirées et les cabinets de médecin, là où les drogues sont facilement accessibles.

Je peux commander de la kétamine en vingt minutes, acheter du LSD de façon entièrement légale sur internet, et mon médecin est un de mes dealers. Les réseaux logistiques de livraison de drogues sont limite meilleurs que ceux de Uber Eats. Dans l’imaginaire collectif, acheter de la coke est un processus dangereux. On doit sortir de chez soi pour aller rencontrer quelqu’un dans une allée sombre.

Pourtant, avoir son gramme livré en moins de vingt minutes à l’adresse qu’on veut est entièrement possible. Le Snap ou le num, c’est juste le gars qui prend ta commande : derrière un Snap, t’as six, sept livreurs. Ils utilisent des programmes pour optimiser les trajets entre les livraisons. Ça permet de choisir quel livreur doit livrer qui, c’est une vraie logistique.

Ma descente dans le monde du high

Fraîchement sorti du lycée, 17 ans, bac S mention bien, les seules substances psychoactives que j’avais essayées étaient l’alcool, la nicotine et le THC. J’avais bu mon premier verre un an auparavant, fumé mon premier joint deux ans plus tôt.

Direction la fac, un monde de soirées étudiantes avec plein de nouvelles personnes à rencontrer. Mon rapport avec l’alcool a instantanément changé, un verre est devenu trois, c’était un peu une sorte de fierté. Boire plus pour… boire plus. Rentrer alcoolisé chez moi ne plaisait pas énormément à mes parents. Cette soif de « toujours plus » est ce qui a démarré ma descente dans le monde du high.

Été 2018 : un joint, deux joints, trois joints, pourquoi est-ce que je fais ça ? Je n’aime même pas fumer. Prendre de la drogue pour prendre de la drogue. Cette mentalité a commencé avec une série de soirées entre 2018 et 2019. Elle m’a contrôlé jusqu’au début 2021, et même encore un peu aujourd’hui. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi.

Ma vraie addiction est l’acte de prendre de la drogue, en trace plus spécifiquement. J’ai tracé (tracer : inhaler des lignes de drogue sous forme de poudre. Ex : j’ai tracé un rail de coke) basiquement tout ce qui peut être réduit en forme de poudre, même des Dolipranes…

Si facile d’envoyer un Snap

Ce monde de la nuit, les bars, teufs, soirées et bâtiments en construction, est un peu différent de ce que les gens pensent. Les lieux des teufs sont publics. Les drogues sont très simples à avoir et, en général, personne ne garde les bâtiments sous vidéo-surveillance. La grande consommation des substances psychoactives dans ce milieu est ce qui a promu leur simplicité d’accès. Mais cette simplicité d’accès augmente leur consommation. C’est une boucle à feedback positif.

L’effet sur moi a été déplorable. J’ai abusé de la MDMA pendant presque un an, j’ai arrêté de façon sèche car ce n’était juste pas vivable. Prendre quasiment la DL50 [dose létale, ndlr] à chaque soirée a eu des effets très visibles sur le reste de ma vie et sur ma santé.

La première fois qu’on prend de la MDMA, c’est comme si on venait de recevoir le meilleur cadeau de Noël x 100 000. La MDMA vide les neurones de leurs réserves de sérotonine. Donc, le lendemain, on est beaucoup, beaucoup moins content. C’est la « redé » [redescente, ndlr] dont les gens parlent. Mais quand on est en terrasse, dans un bar, en train de penser à comment continuer la soirée, on ne pense pas vraiment au lendemain. C’est si facile de sortir son téléphone, envoyer un Snap, et recevoir de quoi embellir sa soirée en trente minutes pour 40 euros. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais vu un Snap de livraison qui ne vend pas de MDMA ou de coke.

J’ai testé toutes les drogues mainstream

En teuf, la MDMA et la coke ne sont pas les seules que l’on peut rencontrer, de loin.

On peut trouver quasiment tout, du THC jusqu’à l’héroïne. C’est là que j’ai déjà été exposé à de nouvelles drogues. Avec un jugement déjà altéré à cause de l’alcool et/ou de la MDMA, quelqu’un me proposait un nouveau truc et… j’acceptais. Si cette nouvelle substance me plaisait, je me demandais : « Où peut-on la retrouver ? » Sur les mêmes réseaux où j’avais déjà acheté mes trois pilules d’ecsta, ou sur le Snap où mon pote avait acheté son gramme de coke. Tu peux même juste demander à la personne qui t’a fait essayer, elle sera ravie de te partager le pseudo Snap ou le num qu’elle a utilisé. En général, les amis qu’on se fait dans ce monde t’aident pour trouver ce dont tu as besoin.

Le résultat est que je me suis retrouvé à tester toutes les drogues mainstream, sauf la meth et le crack. J’ai failli commander de la meth un jour car le dealos n’avait plus de kétamine mais, au final, j’ai pris du speed à la place.

Le crack n’est pas super accessible si tu ne le fais pas toi-même dans ta cuisine avec de la coke et du bicarbonate… C’est l’exception qui confirme la règle, ou peut-être que les gens aiment juste cuisiner leur crack seuls, je ne sais pas.

Le monde des research chemicals

J’ai fait bac S (comme mentionné précédemment), j’aime la science, surtout la physique et la chimie. Mon intérêt à vouloir tout tester était aussi beaucoup motivé par la science derrière ces molécules : motivé par l’expérimentation, je voulais comprendre comment les molécules des drogues fonctionnent. J’ai donc un certain savoir par rapport à ces substances psychoactives, je n’en avais pas peur car je savais d’avance les risques que j’encourais, ce qu’il ne fallait pas mixer et ce qui m’attendait. Cet état d’esprit m’a amené un peu plus loin que la plupart des gens : je suis entré dans le monde des research chemicals.

Un research chemical, c’est une molécule, un produit chimique, destiné à la recherche et surtout « pas pour la consommation humaine ». C’est comme ça que les sites qui en vendent peuvent être sur le clearnet. Pour faire simple : le LSD (diéthyllysergamide) est interdit par la loi. C’est la molécule explicitement décrite atome par atome dans le texte de loi qui est interdit. Un chimiste malicieux s’est dit : « Mais si j’ajoute un tout petit atome à la fin de la molécule, elle est légale maintenant ! » C’est comme ça que les drogues comme le P-LSD sont nées, ainsi que le B-LSD, le 1P-LSD, et une infinité d’autres variations de molécules qui sont des analogues du LSD, mais entièrement légales, tout en maintenant les mêmes effets.

D’une simple recherche Google à la pharmacie

Oui, c’est bien ça : il y a des sites qui vendent des molécules psychoactives en toute légalité, trouvables sur Google en une simple recherche. J’achète de la drogue comme si j’achetais un bouquin sur Amazon. Livrée en trois jours avec colis assuré, bien sûr. Le revers de la médaille ? Ces sites ne vendent pas que des analogues de drogues mainstream. Il y a maintenant de nouvelles molécules qui sont synthétisées, appelées designer drugs, ces molécules n’ont pas d’historique d’effets sur les humains. J’en ai testé quelques-unes, je ne le conseille pas.

Au final, malgré toutes ces expériences, malgré la MDMA, la kétamine, les RC, etc., ce qui m’a le plus impacté, ce ne sont pas les drogues qu’on m’a filé en teuf, ce n’est pas ce que mon dealos m’a livré hier.

J’allais chercher ça en pleine journée dans un endroit où il y a souvent la queue, et plein de vieux.

J’ai des douleurs chroniques au dos et aux jambes depuis que je suis enfant. Après plusieurs essais de traitements non fructueux, un médecin m’a prescrit du Tramadol. C’est un opioïde assez spécial : en plus des effets antalgiques, il a un effet sérotoninergique, un peu comme la MDMA. J’ai quasi tout testé, il n’y a RIEN de plus addictif que les opioïdes.

Des drogues gratuites et remboursées par la Sécu

Tous les mois, j’allais à la pharmacie récupérer mes deux boîtes de Tramadol LP 100 mg et je rentrais chez moi. J’écrasais les pilules deux par deux et je passais ma vie sur mon lit, comme un déchet, sans dormir pendant plus de cinquante heures de façon consistante, et tout me paraissait normal. C’est ce que les opioïdes font : ça hacke le système de récompense de votre cerveau. Le but, ce n’est plus de vivre, c’est juste d’en avoir plus. Du coup, j’en achetais plus, illégalement. Pendant ce temps, à cause des effets, mes réserves de sérotonine se vidaient.

SÉRIE 4/5 – Salimata s’est créée une autre identité en soirée. Ses nuits à enchaîner les rencontres et les verres ont d’abord été libératrices, avant qu’elle ne finisse par arrêter de s’alimenter.

Capture d'écran de la miniature de l'article "Sous les robes de soirée, les TCA". Illustration. On voit au centre de l'image une jeune femme. C'est Salimata,, elle se prends en selfie au milieu d'une foule de gens qui dansent. Elle est éclairée par le projecteur au dessus d'elle. A droite de l'image on voit l'écran de son téléphone avec l'image du selfie qu'elle vient de faire. Son portrait est déformé et trouble. Les murs de la boite de nuit sont en vert matelassé et le sol en rose.

La dépression est arrivée (évidemment), je suis allé chez le médecin. Il m’a prescrit du Xanax. C’est un benzodiazépine. Les symptômes de manque de ce type de molécules peuvent entraîner la mort, pas par suicide, juste la mort par AVC ou convulsion. Cette drogue a autant affecté ma vie que le Tramadol. Ce qui est important à retenir, c’est que je suis parti voir mon médecin, je lui ai dit « je suis en dépression », et je suis ressorti avec des drogues entièrement gratuites et remboursées par la Sécu, puis je suis simplement allé à la pharmacie avec mon ordonnance et… sans mauvais jugement.

Aujourd’hui, j’ai arrêté ma consommation de drogues. Enfin, j’essaie. Le fait que mes amis continuent ne m’aide pas. Quand je suis en soirée, qu’un gars commande de la ké, qu’elle est déjà là sur la table et qu’on me propose une trace, je ne dis pas non…

Jason, 21 ans, entrepreneur, Île-de-France

Illustration © Léa Ciesco (@oscael_)

 

En soirée, évitons le danger

 

Faire la fête, c’est cool. En limitant les risques, c’est mieux ! Si vous et/ou vos ami·es consommez des drogues en soirée, voici quelques recommandations pour réduire les risques :

 

– Boire régulièrement de l’eau, en petite quantité

– Éviter de consommer seul·e, plutôt avec des personnes de confiance qui prendront soin de vous en cas de problème

Espacer les prises / les verres

– Ne partager aucun matériel d’injection et utiliser du matériel stérilisé pour éviter la transmission de maladies

– Éviter de mélanger plusieurs substances. À noter : l’alcool amplifie l’effet des drogues

– Faire attention à la composition des produits : beaucoup de drogues sont coupées avec des substances dangereuses.

 

Et surtout : ne prenez pas de substances sous pression. Personne n’a le droit de vous forcer à vous droguer.

 

Pour avoir le détail des effets des différentes substances et obtenir des conseils pour réduire les risques, l’association Techno Plus vous informe ici.

Si votre consommation vous inquiète ou si vous avez des questions, vous pouvez appeler Drogues Info service : 0 800 23 13 13. Il existe aussi des consultations gratuites et anonymes. Voici la liste en Île-de-France.

 

En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 18

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