Martine N. 05/05/2022

La mezzanine du salon, mon espace à moi

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Martine, sa mère et son oncle ont habité dans la même pièce. Perchée sur son lit, elle a vécu au milieu du bruit et sans intimité, mais dans sa bulle.

Quand j’avais 4 ans, ma mère a eu des problèmes financiers, ce qui nous a conduit à demander à ma grand-mère de nous héberger. Dans un premier temps, nous avons dormi sur des chaises de jardin en plastique dans le salon, pendant trois semaines. Puis, nous avons dormi à trois sur un canapé convertible avec mon oncle. Enfin, le mois suivant, ma grand-mère m’a acheté une mezzanine qu’on a mise dans le salon.

Si nous en sommes arrivés là, c’est en grande partie à cause des nombreux problèmes que devait gérer ma mère. Entre son travail, sa vie amoureuse chaotique, son fils en famille d’accueil et devoir vivre chez sa mère à 36 ans… Maintenant, elle devait aussi se soucier de retrouver un logement. Elle n’était pas vraiment active dans ses recherches de logement, en tout cas de mon point de vue. Je la voyais aller au taf très tôt le matin, puis revenir épuisée en fin d’après-midi.

Nous vivions à cinq dans une maison de deux pièces. Puis, le mari de ma grand-mère est mort, donc nous nous sommes retrouvés à quatre. Moi et ma mère dormions dans le salon, mon oncle a hérité de la chambre de son père, et ma grand-mère dormait dans sa petite pièce de deux mètres carrés. C’est comme ça que je me suis retrouvée à dormir dans le salon avec ma mère, jusqu’à mes 9 ans.

Seule dans mon « perchoir »

Personnellement, je ne l’ai pas mal vécu, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Je pense que je ne voyais pas le mal de dormir avec ma mère, et même le fait d’avoir dormi un temps sur une chaise de jardin ne m’a pas particulièrement perturbée.

Quand j’ai eu ma mezzanine, ce fut un peu comme si j’avais ma bulle, mon espace à moi. Lorsque l’on a un peu d’imagination, il est simple de se dire qu’on est seule. Dans mon lit, j’avais des boîtes avec mes livres et mes jouets. Pas tous, mais j’en avais quelques-uns. Je passais beaucoup de temps dans mon lit, j’en descendais très peu car je m’y sentais bien. Je n’avais pas le droit de sortir de chez moi car ma mère me l’interdisait, tout simplement, ni même dans le jardin de ma grand-mère. Du coup, je restais seule dans mon « perchoir » à lire ou à jouer à la DS. « Perchoir », c’est le surnom que ma grand-mère a donné à mon lit.

En grandissant, je me suis quand même demandé pourquoi je ne pouvais pas sortir comme tous mes camarades. J’ai perdu beaucoup d’occasions de sortie ou même le goût de fêter les anniversaires avec des amis. Lorsque j’étais en CP, une amie à moi m’avait invitée à son anniversaire mais ma mère a refusé sans aucune raison valable. Depuis ce jour, je me contentais juste de dire à mes amis que « non ma mère ne veut pas » et ce, pour toutes les sorties que l’on me proposait. À force, plus personne ne me proposait plus rien, je ne le prenais pas mal car je comprenais (ce qui est toujours le cas). Cette situation m’a confortée dans mon goût pour la solitude et je me sentais franchement bien.

Devoir réveiller ma mère à 1 heure du matin

J’ai appris à dormir sur ma mezzanine dans le bruit, car même si je voulais aller dormir tôt (car le lendemain j’avais école), ma mère n’éteignait pas pour autant la télé ou les lumières du salon. Elle travaillait le matin très tôt donc elle se levait à 1 ou 2 heures du matin. Elle n’entendait pas son réveil sonner, donc je me levais pour tenter de la réveiller. Puis, elle se rendormait et se réveillait plus tard, donc en retard. C’était un des seuls désavantages de dormir dans le salon.

En soi, ces désavantages m’ont permis de m’habituer à peu dormir et à quand même réussir à me réveiller le matin, même s’il est vrai que certains après-midis je m’endormais à l’école. Je faisais partie de ces élèves qui n’estiment pas que la maison est un lieu de travail, du coup je n’ai jamais eu le goût de travailler chez moi. Il est vrai que je n’avais pas non plus d’espace dans le calme et seule, ce qui m’empêchait de travailler. J’ai pris goût à travailler de nuit très tôt grâce ou à cause de ça. Car, la nuit, j’étais sûre que personne, à part peut-être mon oncle, n’allait me déranger.

Beaucoup trop de bruit

Mon oncle criait devant sa console lorsqu’il jouait à Fifa, jusqu’à 5 heures du matin parfois. En fait, la seule chose qui me dérangeait vraiment chez moi c’était le bruit. J’ai toujours aimé être seule dans mon propre univers. La nuit n’étant pas vraiment un temps de repos, tout du moins pas tout le temps.

En général, quand je n’arrivais pas à dormir, soit j’allais regarder mon oncle jouer, ou alors lorsqu’il n’était pas là, je jouais à la DS. J’ai aussi très jeune appris à m’inventer des sortes de scénarios dans ma tête, un peu comme si je me créais mes propres films et que j’en étais l’actrice principale. Cela pouvait aller de « Martine va sauver la terre en stoppant des éruptions volcaniques » à « Martine est dans le monde de DBZ et va sauver la terre avec Sangoku ». Parfois, les films que je me faisais avaient des fins tragiques et cela me rendait triste au point de pleurer. Mais, justement, après avoir pleuré, je dormais bien.

Vers mes 9 ans, ma mère est partie de chez moi définitivement. Je suis restée vivre avec ma grand-mère. Même quelques temps auparavant, elle partait pendant des semaines, voire des mois. Son absence, plus celle de mon oncle qui avait déménagé chez sa petite amie de l’époque, était plutôt bénéfique, je trouve. Je me reposais mieux la nuit, avec la réduction des bruits ambiants.

Pas vraiment d’intimité

Ce qui me dérangeait dans le fait de vivre sur ma mezzanine dans le salon, c’était aussi le manque d’intimité. Lorsque je voulais m’habiller par exemple ou lorsque je me réveillais le matin, j’étais tout de suite en contact avec, soit ma grand-mère qui regardait la télé, soit mon oncle qui passait. Le fait de ne pas avoir de chambre a commencé à vraiment me déranger lorsque j’ai eu 15-16 ans, parce que je voulais avoir ma bulle.

J’avais ce besoin parce que j’aime être seule et je n’aime pas être dérangée, mais aussi parce que je suis une artiste et que je ne pouvais pas dessiner, peindre ou coudre en paix chez moi. Je déteste être dérangée ou observée lorsque je travaille.

Pour éviter de se retrouver à la rue, Isaac et sa mère ont vécu neuf mois en colocation avec une femme qui leur a fait vivre un enfer.

Capture d'écran de l'article "sous locataires, on a vécu un calvaire", illustré par la photo de quelqu'un enfermé dans un carton géant, les mains posées sur le dessus.

Maintenant que j’ai ma propre chambre, je me rends compte que je suis plus productive artistiquement parlant. Je me sens moins dans le besoin de me cacher lorsque je m’habille ou que je m’adonne à une de mes passions… qui est d’essayer toute ma garde robe aux alentours de 3 heures du matin.

Dans un sens, je ne sais pas si j’aurais préféré avoir une chambre plus tôt : le fait de ne pas avoir eu ce lieu à moi plus tôt fait partie de moi. À l’heure actuelle, je vis seule en compagnie de ma grand-mère. Je pense que, dans quelques années, je vivrais seule avec ma peinture et mes chats : un peu comme la Folle aux chats dans les Simpson.

Martine, 18 ans, en recherche d’emploi, Montreuil

Crédit photo Pexels // CC SHVETS production

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2 réactions

  1. Moi j’ai 21 ans durant presque toute ma vie j’ai jamais eu de chambre à moi car mon père n’a presque jamais vécu avec nous et ma mère à du jouer le rôle de père et de mère en même temps et donc comme vous pouvez l’imaginer beaucoup de manque d’argent.
    Même aujourd’hui j’ai pas de chambre je vis chez ma sœur qui est marié avec deux enfants dans un appartement de deux chambres, du coup la deuxième chambre est occupé par ses deux filles de 2 et 1 an, parfois je lui demande si je peux déposer mon matelas dans la chambre par terre mais elle refuse je sais pas pourquoi elle me dit toi tu dors au salon pas dans la chambre et pourtant ça fait deux ans que je vis chez elle mais elle me considère comme un étranger
    Alors pourtant on a grandi ensemble et je me dis qu’elle pourrait comprendre mais elle s’en tape pour elle tout ce qui compte maintenant c’est elle, son mari et ses enfants.
    Certes elle à le droit de le faire mais elle me considère comme un moins que rien.
    Donc durant toute ma vie j’ai jamais connu ce que c’est que l’intimité

  2. J’ai longtemps dormi dans le même lit que la mère faitede place. Jusqu’à 11 ans à peu près. J’adorais ça car j’avais besoin de sa présence de sa chaleur de ses câlins. Un jour elle a acheté un lit « bateau » avec des tiroirs dessous et l’a installé dans le salon. J’étais très mal. J’entendais le bruit du frigo et les fenêtres de la cuisine sans volet, ouverte sur le salon , m’empêchait de me sentir bien. J’ai détesté. Jusqu’au jour où les voisins ont déménagé (HLM) et nous avons bénéficié du logement avec MA CHAMBRE. Je n’en sortait plus, ma mère ne me voyait plus du coup elle venait me chercher car elle se sentait seule devant la télé… J’étais crispée des qu’elle se postait sur le seuil de ma chambre. Je ne voulais pas qu’elle y entre, ni qu’elle y fasse le ménage . Comme quoi, on a vraiment besoin d’un coin a soi .. il était temps. Puis à 18 ans, j’ai quitté la maison pour vivre seule. Moi aussi ma mère m’interdisait de sortir jouer avec les petits voisins. Ça s’est arrangé puisque du coup je suis partie. Bac par le CNTE à l’époque avec boulot à mi temps j’habitais un loyer loi 48 et le l’avait devant l’évier de la cuisine. C’était les meilleures années !
    Voilà. Et qd j’allais la voir, ça se passait super bien .

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